Synthèse de Salim Benour
Les législatives anticipées auxquelles étaient appelés quelques 25 millions d’électeurs pour choisir plus de 3.200 candidats en Irak ont été marquées par une forte abstention. Se basant sur les résultats dans 94% des bureaux de vote, dimanche 10 octobre en soirée, la commission électorale a annoncé un taux de participation de 41%, une abstention record depuis 2003 et la chute du dictateur Saddam Hussein dans le sillage de l’invasion de l’Irak par les troupes américaines. Selon les estimations qui restaient à confirmer définitivement hier en fin de journée, le taux de participation dans la capitale Bagdad a évolué entre 31% et 34%, selon les quartiers. En 2018, la participation s’est établie à 44,52%, un chiffre gonflé selon des opposants à l’époque.
« La faible participation était à prévoir », a expliqué à l’AFP le politologue Sajad Jiyad. « Les gens ne sont pas convaincus que les élections entraîneront un changement, et une amélioration des performances du gouvernement ou dans la prestation des services publics ». « Ce n’est pas seulement la légitimité du prochain Premier ministre qui sera remise en cause. Mais aussi la légitimité du gouvernement, de l’Etat et du système entier », selon lui. En attendant les résultats définitifs de l’opération électorale, les grands blocs traditionnels devraient préserver leur représentation dans un Parlement fragmenté, où l’absence d’une majorité claire devra obliger à négocier des alliances. Le turbulent mais influent clerc chiite Moqtada al-Sadr, dont le courant est considéré comme favori, s’est félicité du « succès » du processus électoral. En cas de victoire avérée, le courant sadriste devra encore composer avec les grands rivaux pro-Iran du Hachd al-Chaabi, entrés au Parlement pour la première fois en 2018 en surfant sur la victoire contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI). Si la scène politique reste polarisée sur les mêmes dossiers sensibles -que ce soit la présence des troupes américaines ou l’influence du grand voisin iranien-les partis entameront de longues tractations pour s’accorder sur un nouveau Premier ministre, poste qui revient traditionnellement à un musulman chiite.
Pour rappel, les élections de dimanche étaient initialement prévues en 2022. Elles ont été avancées pour calmer la contestation née fin 2019, expression d’un immense ras-le-bol populaire contre une corruption tentaculaire et une économie en panne. Réprimé dans le sang -au moins 600 morts et 30.000 blessés-, le mouvement s’est essoufflé après quelques mois. Des dizaines de militants ont été victimes d’enlèvements et d’assassinats, imputés aux factions armées fidèles à l’Iran, au rôle incontournable en Irak.