Il est venu, on l’a vu et écouté, mais il n’a pas convaincu. Le sélectionneur de l’équipe nationale, Rabah Madjer, a manqué une belle occasion de rester muet et garder toutes ses dents. C’est le moins que l’on puisse dire. Invité de la télévision algérienne lundi soir, le driver des «Verts» a balbutié son oral.

Entre monologue, approximations et contradictions, il s’est égaré dans un passé de footballeur qu’il sort trop souvent pour essayer d’enrichir son maigre Pedigree d’entraîneur. Encore une fois, il a failli sur le plan de la communication. Même s’il a mimé un coup de fil passé à la direction de Porto. Allo maman bobo.
Un véritable one-man-show, c’est ce que Madjer nous a offert lors de son passage sur la Chaîne A3. Pour quelqu’un qui s’extasie devant la «bonne ambiance» qui règne au sein du «Club Algérie», il faut reconnaître que son entretien télévisé a détendu l’atmosphère dans les foyers algériens. Sur les réseaux sociaux aussi où ses répliques ont été parodiées faisant un énorme buzz. Le coach des «Fennecs» a donné des arguments aux Dz. Non pas pour qu’ils soient convaincus de ses aptitudes «à sauver la sélection», comme il l’a avancé, mais pour être la risée du Net. Revenons aux choses sérieuses et les déclarations du successeur de Lucas Alcaraz. Il dit avoir « hérité de la sélection nationale dans une situation difficile. Les joueurs étaient vraiment abattus. On avait perdu à domicile face à la Zambie, alors que cela ne s’était pas produit depuis de très longues années. Nous avons chuté lourdement au Nigeria et en Zambie. Les joueurs étaient touchés par l’échec de qualification en Coupe du monde. Il fallait donc tout un travail psychologique pour redresser la barre. Dieu merci, nous avons réussi notre mission. Aujourd’hui, j’en suis content et satisfait.»

Il comprend, mais demande du temps
Néanmoins, dans le jeu, ce n’est toujours pas trop ça et les supporters de l’EN ont montré leur mécontentement lors du match face à la Tanzanie malgré la victoire 4 buts à 1 des nôtres. Le staff technique, à sa tête Madjer, a été copieusement sifflé et conspué par le maigre public présent au stade 5-Juillet en cette occasion. Le technicien en chef d’«El Khadra» dit comprendre «parfaitement le public lorsqu’il nous siffle. Je comprends cela, notamment sa frustration parce qu’on a raté le Mondial, mais c’est du passé. Il faut plier la page» en rappelant qu’il est venu «pour redresser la barre. On a commencé à travailler dans des conditions difficiles avec les joueurs, car il fallait un travail psychologique. Nommé en octobre, une semaine après, il y avait un stage et un match officiel face au Nigeria. Dieu merci, nous avons réussi un bon résultat. Idem pour le match amical face à la RCA.» Un peu trop de redondance. Se répéter, c’est ce que l’emblématique joueur du FC Porto n’a cessé de faire tout au long de l’entrevue quand il n’a pas fait dans le monologue.

Ça va le CV ?
Croire en sa personne, c’est primordial pour réussir toute chose qu’on entreprend. Madjer semble convaincu de ses compétences pour mener à bien sa mission : qualifier l’Algérie pour la prochaine Coupe d’Afrique des nations prévue en été 2019 au Cameroun. «Il y a beaucoup de personne qui ne connaissent pas Madjer l’entraîneur. Notamment les jeunes. J’ai déjà était sur le banc de l’équipe «B» du FC Porto. J’ai aussi entraîné Al-Wakrah, Al-Rayyan et Al-Sadd sans oublier mon passage à la tête de notre sélection lorsque j’ai tenu la Belgique en échec (2/2). Ces mêmes Belges ont battu la France 2 buts à 1 à Paris, alors que les Français étaient champions d’Europe et champions du Monde sortants», rappelle l’inventeur de la talonnade qui a essayé de s’affabuler un CV à partir de… rien en déclinant des faits d’armes qui ne sont pas affutées. Poussant la bêtise un peu plus loin, il s’est même permis (impunément) de sortir une victoire de la sélection africaine qui a battu, sous sa coupe, celle d’Europe 2 buts à 1 dans un match… gala. Oui mesdames et messieurs, croyez-en vos yeux et vos oreilles ! C’est la carte de visite de Madjer l’entraîneur qui se vante d’avoir exercé dans le championnat qatari lorsque les chameaux étaient les seuls spectateurs aux abords des pelouses.
Ah oui ! Madjer donne l’impression d’avoir une bonne mémoire, mais il a oublié de citer sa prouesse de 1994 lorsqu’il a failli à qualifier l’équipe nationale à la CAN de cette même année. Un scénario qui n’est, d’ailleurs, pas à exclure pour l’édition 2019 vu ce qu’on a pu voir jusqu’à maintenant.

La blague : Taïder testé à son insu par un tracker (LOL)
Si le championnat qatari est très relevé, la Major League Soccer (MLS) des Etats-Unis ne permettrait pas aux joueurs d’être en forme. Manifestement, au pays de l’Oncle Sam, il ne semble pas y avoir de centres de formation et les infrastructures requises pour pratiquer le foot à un haut niveau. C’est pour cela que Saphir Taïder a été jugé très court physiquement par le staff. Un constat fait après avoir analysé les performances de l’ancien sociétaire de Bologne et de l’Inter Milan enregistrées sur un «tracker GPS» qui fournit les données sur l’état physique des joueurs. Evoquant le «cas Taïder», Madjer a fait une «révélation» aberrante. «Je vais vous faire une confidence : on connaît Taïder, on l’a convoqué. Autrement dit, on ne lui a pas donné de garantie pour être titulaire. Je lui ai tendu la perche, je voulais le voir de très près sur tous les plans. On a vu le contraire de ce qu’on attendait. On l’a soumis à un test physique. On l’a soumis à des tests sans qu’il le sache avec un petit gadget qui se trouvait dans le gilet. Lorsqu’on a analysé les données, on a trouvé qu’il était hors forme. C’est pour cela qu’on a préféré ne pas le faire jouer», a raconté le champion d’Europe en 1987.

Les stat’ qui donnent tort
En décrypté, il voulait insinuer qu’un joueur professionnel, fort d’une carrière au plus haut niveau dans un championnat comme la «Serie  A», ne connaît pas ces accessoires que les footballeurs européens arborent, au moins une fois, à l’intersaison. Une vraie blague. Comme il sait bien en faire. Pour arrêter l’ineptie, on soulignera que Taïder avait joué trois rencontres de suite avec l’Impact Montréal où il est titulaire indiscutable. Il a même figuré dans l’équipe-type du championnat juste avant qu’il ne rallie le stage du mois de mars. «Juste avant d’arriver en sélection le 18 mars dernier, j’ai été élu dans l’équipe type du MLS. Voilà pourquoi je ne comprends pas les propos du coach concernant mon état physique.  Franchement, j’aurais préféré entendre autre chose, mais bon », précise Taïder. Eh oui Saphir, Madjer a le don de nous surprendre et il compte bien le faire dans le futur.

Le Père Noël des locaux
Nous impressionner (dans le péjoratif malheureusement et jusqu’à maintenant) sans cesse. Le vainqueur de la CAN 1990 avec l’Algérie compte bien «labéliser» la sélection en convoquant un maximum de joueurs du championnat national. La quantité prend le dessus sur la qualité. Il ne s’agit plus de greffer au collectif mais juste de poser n’importe qui. Le mérite dans tout ça ? «Auparavant, il n’y avait pas de joueurs locaux. Chacun a sa propre philosophie. Moi, j’ai la mienne. Avant, il y avait quelques locaux parfois mais qui prenaient place dans la tribune pour suivre le match. Avec Madjer, ils jouent, avec moi, ils marquent aussi. Regardez Chafaï, il a inscrit un but face à l’Iran et deux contre le Rwanda. Avant, les locaux n’avaient aucune ambition de progresser car les portes de l’EN étaient fermées pour eux. Mais depuis ma venue, ils travaillent tous dur pour être retenus et c’est comme ça que le niveau de notre championnat progressera », se vante Madjer. La fracture entre les «binationaux» et les «locaux», le sélectionneur ne fait que l’aggraver même s’il a clairement choisi son camp pour ce qui est des «chouchou». Notoriété oblige et rébellion crainte, c’est Riyad Mahrez qui le fascine. «Mahrez, je l’ai fait sortir face au Nigeria, c’est une star. Je lui ai parlé face au Nigéria et je l’ai laissé face à la RCA. Je lui ai donné aussi le brassard de capitaine. Face à l’Iran, il voulait réellement jouer, mais on a fait des choix pour voir d’autres joueurs. Il n’y a pas de capitaine actuellement, il y a quatre joueurs qui ont porté le brassard jusqu’à présent. Une fois la CAN arrivée, on choisira un capitaine», annonce Madjer. Une manière peu intelligente de s’asseoir entre deux chaises. Inconfortablement.

Un vestiaire mis à nu qu’il veut rhabiller
Le groupe, le vestiaire, l’ambiance et la convivialité, des termes revenus souvent lundi soir. Il y a un mot que le commandant des «Guerriers du Sahara» ne semble pas maitriser dans les sens propre et figuré : «vestiaire». Pour lui, cela se résume juste à l’endroit où les sportifs se changent avant d’entrée sur la pelouse.
« On ne cherche pas les leaders. Nous le staff, on est des leaders. On sait gérer le groupe et ça se passe bien. Je n’ai pas perdu le contrôle du groupe. Lors du stage, il y a eu une bonne ambiance entre les joueurs, le vestiaire ne sert que pour préparer le match. En fin de match face à l’Iran, Carlos Queiros s’est approché de moi pour me féliciter et me dire que nous avons une grande équipe», a déclaré le Ballon d’Or africain 1987. En parlant du match face aux Iraniens, Madjer est revenu sur le remplacement de Hanni dès la 30e minute. «Je l’ai fait sortir pour sauver l’équipe.
Si je l’avais laissé, on aurait pris quatre ou cinq buts, assure-t-il. J’ai fait sortir la pyramide (on dit triangle dans le jargon parce que le schéma est plat sur la maquette Ndlr) que j’ai inversée par la suite avec une sentinelle et deux milieux relayeurs, j’ai tout fermé. Au contraire, l’équilibre s’est retrouvée.» Des connaissances tactiques datant du temps des pyramides pour quelqu’un qui pense avoir accompli un résultat pharaonique en minimisant les dégâts face à un Mondialiste.

Les consternants parallèles
Aussi, le triple champion du Portugal avec le FC Porto a tenu à noter que «si j’avais fait plus de changements, on aurait perdu par quatre ou cinq voire un score plus lourd. C’est vrai, on avait droit à six changements, mais on en a fait que quatre. Je suis un entraîneur qui cherche le résultat et non pas autre chose, comme tous les autres techniciens dans le monde.»
Parallèlement, il n’a pas hésité à parler d’une tactique expérimentale pour laquelle il a optée contre les Tanzaniens : «J’ai voulu essayer le 3-4-2-1 face à une excellente équipe de Tanzanie qui a réussi un très bon match. C’est une excellente équipe qui est allée s’imposer juste après face à la RDC. Ce n’est pas rien. Je suis content de la réaction des joueurs. J’ai pris cette décision afin de pouvoir tester une stratégie», s’est contredit Madjer. Du contradictoire, il a sauté à l’illusoire en calquant les résultats réalisés face au Nigéria et au Rwanda avec ceux de ces deux derniers contre l’Argentine et le Congo. «Les Nigérians, contre qui on avait fait match nul, ont battu l’Argentine 4 buts à 2, alors que les Rwandais ont dominé la grande équipe du Congo», égrène le Ballon d’Argent africain 1985. Faire des matchs par procuration, Madjer s’y amuse. Lui qui minimisait l’exploit et n’a guère été impressionné par la bande de Vahid Halilhodzic lors de la Coupe du Monde 2014 au Brésil. Sachant que Sofiane Feghouli, qu’il a banni de la sélection, & cie étaient la seule équipe à avoir fait couler des sueurs froide aux Allemands, vainqueur du Mondial, on va les considérer vice-champion du Monde. Qui dit mieux ?