PAR NAZIM BRAHIMI
En effet, les relations bilatérales entre Alger et Paris tendent à amorcer une «dynamique positive» sur fond d’apaisement, affirmée ce jeudi 5 mai à l’occasion de la communication téléphonique qu’ont eu le président Tebboune et son homologue français Emmanuel Macron.
Cet échange téléphonique intervient après le message de félicitations adressé par M. Tebboune à Macron au lendemain de sa réélection, le 24 avril dernier, à la tête de l’Elysée dont la cérémonie d’investiture a eu lieu hier.
Au cours de leur échange, MM. Macron et Tebboune ont «réaffirmé leur volonté de poursuivre la dynamique positive dans la relation bilatérale entre la France et l’Algérie», selon l’Elysée, une ambition qui atteste que les deux pays œuvrent à tourner – définitivement ? – la page de la brouille et de la crispation qui a marqué les relations algéro-françaises qui avait atteint son apogée avec le rappel de l’ambassadeur d’Algérie à Paris.
De son côté, le palais d’El Mouradia a indiqué que la communication téléphonique a permis aux deux Présidents de «passer en revue les relations bilatérales et les moyens de les développer dans nombre de domaines au mieux des intérêts des deux peuples, ainsi que des questions régionales et internationales d’intérêt commun».
Lundi 25 avril, lendemain de la présidentielle française, le président Tebboune a fait part à son homologue français de l’esprit sur lequel vont devoir s’appuyer à l’avenir les relations entre les deux pays. «Au moment où vous inaugurez un second quinquennat que je souhaite fort pour une relation algéro-française à refonder, je mesure l’importance de l’opportunité historique qui s’offre à nous deux d’envisager et de prendre en charge l’avenir avec ambition, courage et responsabilité», a signifié M. Tebboune à son homologue.
«Qu’il s’agisse de mémoire, de relations humaines, de consultations politiques ou de projections stratégiques, de coopération économique et d’interactions dans toutes les sphères de travail en commun, la vision rénovée, pleinement respectueuse des souverainetés et de l’équilibre des intérêts, que nous partageons, a le potentiel d’ouvrir à nos deux pays de vastes horizons d’amitié, de convivialité harmonieuse et de complémentarité mutuellement avantageuses», a relevé le président Tebboune.
Dans sa lettre de félicitations, Abdelmadjid Tebboune a quelque peu poussé plus loin le dégel, en se montrant confiant quant à l’avenir de la relation avec Paris. Mais ce sera le terrain et le sort qui seront réservés aux questions bilatérales, notamment celles qui sont marquées du sceau de l’aspérité, qui valideront cette confiance. Le terrain sera ainsi déterminant d’autant plus que le partenariat et la coopération économiques souhaités à la hauteur des atouts et des ambitions réciproques n’ont pas encore été réalisés. La tenue prochaine à Alger du Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN) devrait apporter des réponses sur la façon dont la relation économique et commerciale entre les deux pays va évoluer.
Pour le politico-mémoriel, soixante ans après l’Indépendance et à l’heure où l’Algérie a entamé, depuis hier, la commémoration des évènements du 8 Mai 1945, le dossier des essais nucléaires reste, lui, au cœur des questions à aplanir entre Alger et Paris. Dans ce registre, Alger demande la décontamination des sites où la France a réalisé, entre 1960 et 1966, 17 essais nucléaires au Sahara avec la quête que les commissions mixtes mises en place pour faire des propositions obtiennent enfin des résultats. Le président Tebboune a déclaré, en juillet 2020, quand le travail commun sur les questions mémorielles était encore à l’ordre du jour, que «la seule compensation envisageable est celle des essais nucléaires».
Dans le volet géopolitique, la présidence française a indiqué que les discussions qu’a eues Macron avec, en plus de M. Tebboune, les dirigeants de la Turquie, l’Egypte, l’Afrique du Sud et le Sénégal, ont notamment porté sur les «mesures à prendre pour prévenir et atténuer les effets de la guerre en Ukraine sur la sécurité alimentaire mondiale, y compris dans le cadre de l’initiative Farm proposée par la France et qui vise à apaiser les tensions sur les marchés agricoles, renforcer la solidarité vis-à-vis des pays les plus touchés, et continuer d’investir dans la production agricole locale». MM. Tebboune et Macron ont, par ailleurs, «évoqué les crises régionales, notamment au Mali et sont convenus de renforcer la coordination entre les deux pays sur ces questions», a précisé l’Elysée.
A noter que le président Tebboune a invité son homologue français à se rendre «prochainement en Algérie» pour «lancer ensemble une dynamique qui permet d’avancer dans le traitement des grands dossiers ainsi que dans l’intensification et l’élargissement des relations algéro-françaises». n