A son investiture hier en tant que nouveau chef de l’Etat malien, le colonel Assimi Goïta a tenu un discours rassurant sur l’avenir de la transition dans son pays et a assuré que le processus politico-institutionnel devant conduire à l’organisation d’élections présidentielles sera respecté.

Par Anis Remane
«Je jure devant Dieu et le peuple malien de préserver en toute fidélité le régime républicain (…) de préserver les acquis démocratiques, de garantir l’unité nationale, l’indépendance de la patrie et l’intégrité du territoire national», a attesté le colonel Goïta au Centre international de conférence de Bamako (CICB).
L’homme fort de Bamako a déclaré que les militaires au pouvoir pendant ce nouveau chapitre de la transition passeront le relais aux civils selon le calendrier prévu, c’est-à-dire au début de l’année 2022. S’adressant en premier lieu aux Etats membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, la Cédéao, puis à ceux de l’Union Africaine (UA), il a indiqué que son pays respecterait tous ses engagements internationaux.
«Je voudrais rassurer les organisations sous-régionales, régionales et la communauté internationale en général que le Mali va honorer l’ensemble de ses engagements pour et dans l’intérêt supérieur de la nation», a, en effet, dit le colonel Goïta après avoir prêté serment en uniforme d’apparat devant la Cour suprême. L’ancien commandant de bataillon des forces spéciales a dit en particulier sa volonté d’organiser «des élections crédibles, justes, transparentes aux échéances prévues». Il insiste ainsi sur l’engagement exprimé après le coup de force du 18 août 2020 contre l’ancien président Ibrahim Boubacar Keita, dit IBK, d’organiser des élections présidentielle et législatives le 27 février 2022. Des propos qui devraient rassurer toutes les parties maliennes, africaines et internationales qui s’étaient inquiétées du sort de la transition après la décision du colonel Goïta et de ses hommes de «démissionner» le président Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane, dont le poste sera occupé par Choguel Maïga présent hier au premier rang des invités à l’investiture.
Cette cérémonie était attendue comme l’un des moments où M. Goïta pouvait fournir les garanties réclamées, c’est désormais chose faite en attendant la nomination officielle de son Premier ministre. Les chantiers qui attendent Choguel Maïga sont colossaux. Il va devoir se déployer sur plusieurs fronts à la fois : composer d’abord avec une classe politique malienne très divisée pour faire aboutir, avec un fichier électoral transparent et consensuel et dans les meilleures conditions possibles, la transition pour être au rendez-vous électoral crucial de 2022. Il devra ensuite ou dans le même temps s’appliquer à séduire les bailleurs de fonds et les investisseurs régionaux et internationaux pour relancer un tissu socioéconomique très tendu par les grèves et rendu plus exsangue par la crise politique interne et la méfiance des partenaires internationaux ainsi qu’à poursuivre le processus engagé dans le cadre de l’accord d’Alger pour assurer la cohésion et la sécurité dans le Nord-Mali. Les forces maliennes dans cette partie du territoire ainsi qu’au Centre font face à des défis considérables dans ce domaine, mais Bamako peut compter à ce sujet sur le soutien de l’Algérie, selon les déclarations du chef de l’Etat tout récemment et du chef de la diplomatie Sabri Boukadoum
Signal fort : le colonel Assimi Goïta a annoncé hier lors de son investiture la réduction du train de vie de l’État. «Les deux tiers des fonds de souveraineté de la présidence de la République seront supprimés», soit 1,8 milliard de francs CFA par an, qui «serviront désormais à la fourniture de l’eau et à la création de centres de santé pour les populations les plus démunies sur toute l’étendue du territoire national». n