Le PDG de la Sonatrach a présenté hier plusieurs aspects de la «stratégie» qu’il compte mettre en place pour «moderniser» et faire face aux défis que devra affronter l’entreprise nationale des hydrocarbures.

Par Nadir Kadi
Toufik Hakkar, longuement interrogé lors de son passage au «Forum de la Chaîne I», est en ce sens revenu sur les finances de la Sonatrach, «sorties du rouge» après une année difficile, mais aussi sur les projets d’investissements, de prospection dans les régions Est du Sahara, ou de diversification vers la pétrochimie.
Des programmes qui devront permettre, selon Toufik Hakkar, de conforter la place de la
Sonatrach en Algérie mais, également, à l’international. Le PDG se félicitant à ce titre, en déclarant : «Nos capacités de production sont importantes (…) Aujourd’hui, la demande est de nouveau présente et nous arrivons à assurer la demande intérieure et à honorer nos contrats. Depuis le premier trimestre de cette année, la Sonatrach est devenue le premier opérateur de gaz en Espagne et le second en Italie.»
Responsable qui rassure quant aux finances de l’entreprise et sa capacité à lancer ses programmes d’investissement. La Sonatrach «sort» toutefois de fortes difficultés, explique en substance Toufik Hakkar, évoquant les conséquences de la crise sanitaire et de sa gestion au détriment des économies à travers le monde : «Comme toutes les compagnies pétrolières, la Sonatrach a souffert en 2020, les revenus ont reculé de près de 40%. Ce qui a impacté les équilibres de l’entreprise.»
Une situation qui serait toutefois revenue à la normale grâce aux mesures d’austérité de la direction : «Nous avons travaillé à diminuer les dépenses, notamment celles d’investissement et d’emplois. Et à la fin de l’année 2020, nous sommes revenus à l’équilibre et sortis de la zone rouge. Le bilan a été positif, même si ce n’était pas énorme», se félicite le PDG. Et en ce sens, les dernières décisions de l’Opep+ auraient confirmé la tendance «positive» vers une certaine «aisance financière», «cela nous permet d’assurer les projets d’investissement de l’entreprise et notamment le programme de prospection».
Et à ce propos, détaillant longuement certains «projets» de la Sonatrach, notamment ceux à long terme pour une éventuelle production «d’hydrogène et de biocarburants», Toufik Hakkar explique à propos des capacités de raffinage : «Il s’agit de renforcer la production des différents types d’essence et gasoil (…) La demande nationale augmente chaque année, il faut limiter l’importation.» En en ce sens, soulignant que l’importation était déjà «en recul» depuis 2020 à cause de la crise de la pandémie : «Nous travaillons à poursuivre cette tendance (…) et à l’heure actuelle, nous n’importons plus d’essence ni de gasoil». Quant aux financements de ce type de projets de raffinage, le PDG ajoute : «Pour les projets de transformation, nous comptons aujourd’hui sur un financement assuré par les banques, et en priorité par les banques nationales.» Le financement par les banques extérieures ne serait, selon Toufik Hakkar, que l’option «secondaire». Quant aux projets de prospection de nouveaux gisements, l’idée est tout autre, Toufik Hakkar, annonce notamment «le recours» à des partenaires «pour partager les coûts» du «programme de prospection dans certaines régions de l’Est du Sahara».
Entreprise nationale des pétroles qui reste considérée comme la principale source de financement du pays, sa pérennité nécessitera par ailleurs de lourdes dépenses d’investissements et d’entretien, d’autant que les gisements sont anciens, explique expressément Toufik Hakkar. «Ils datent pour beaucoup des années 1960 ou 1970 (…) Jusqu’à aujourd’hui, ils continuent de produire, mais un gisement ancien nécessite une exploitation particulière et, à son tour, des investissements et de la technologie (…) C’est aussi pour cela que nous recherchons des partenaires qui maîtrisent les technologies que nous n’avons pas». En ce sens, le responsable, qui chiffre à 17 milliards de dollars le coût du «renouvellement des gisements», pas de nouvelles découvertes, mais surtout de l’entretien des installations, se montre plutôt rassurant quant aux réserves et capacités de production des hydrocarbures : «Chaque année, il est extrait entre 160 et 170 millions de tonnes pour la consommation interne et l’exportation (…) En 2020, malgré la crise, nous avons pu renouveler cette quantité à plus de 120%.» Même chose en ce qui concerne la capacité de modernisation des installations, pour «conserver le niveau actuel de production, couvrir la demande nationale grandissante et garantir les contrats d’exportation», Toufik Hakkar annonce que «plusieurs projets importants de modernisation sont en cours».
Quant aux projets considérés comme totalement nouveaux, et pour lesquels le PDG de la Sonatrach semble accorder une très grande importance, il s’agit entre autres de l’investissement dans la pétrochimie : «Depuis plus de 20 ans, aucun projet de pétrochimie n’a été réalisé, à part la transformation du gaz en ammoniaque et en urée (…) Depuis environs deux ans, nous avons lancé des projets et leur avancement est notable.» En ce sens, le principal projet actuel reste celui d’Arzew pour la production de polypropylène : «Sa capacité est de 550 000 tonnes par an, les études techniques ont été terminées en août, il nous restera, durant les prochains mois de l’année, à choisir le partenaire qui réalisera le projet. Nous nous attendons à la signature de ce grand projet durant le premier trimestre 2022», annonce Toufik Hakkar. Ce projet devrait, pour rappel, être financé en grande partie par des investisseurs étrangers : «Aucun projet de ce type ne coûte moins de 1 à 1,5 milliard de dollars, ce sont des sommes énormes (…) Il faut toujours des partenaires pour partager les coûts». <