Les acteurs de l’industrie pétrolière mondiale se mobilisent pour sensibiliser sur les grands risques que fait peser le déclin des investissements sur le marché pétrolier.

Par Hakim Ould Mohamed
En plus des alertes émises par l’Opep, l’Opep+, le Forum international de l’énergie, IHS Markit et Moody’s se sont mis de la partie, mettant en garde contre des conséquences néfastes de cette baisse importante des investissements mondiaux dans l’amont pétrolier. Selon les termes d’un rapport publié par le Forum international de l’énergie et IHS Markit, les investissements dans l’amont pétrolier et gazier doivent atteindre les niveaux d’avant la pandémie, soit d’environ 525 milliards de dollars par an jusqu’à la fin de la décennie afin que l’industrie puisse assurer un équilibre entre l’offre et la demande. Cette année, l’investissement dans l’amont pétrolier et gazier a atteint à peine 341 milliards de dollars pour la deuxième année consécutive, un niveau inférieur de 25 % à celui de la dernière année «normale» en 2019, lit-on dans le rapport d’IHS Markit et de l’IEF, qui est la plus grande organisation internationale des ministres de l’énergie au monde, réunissant 71 pays, y compris les pays producteurs et consommateurs. Signe d’un risque de rupture imminent entre l’offre et la demande, alors que les investissements dans l’exploration et la production de pétrole et de gaz continuent d’être déprimés, la demande mondiale est «maintenant proche des sommets d’avant la pandémie et continuera d’augmenter au cours des prochaines années, en particulier dans les pays en développement», selon ledit rapport, intitulé «La crise des investissements menace Sécurité énergétique». Les rédacteurs du rapport assurent que les deux prochaines années seront critiques pour la concrétisation de nouveaux projets afin de s’assurer qu’il y aura suffisamment d’approvisionnement d’ici cinq à six ans. «Un investissement en amont insuffisant entraînerait une plus grande volatilité des prix et des conséquences économiques négatives», déclarent IHS Markit et IEF. Le rapport fait écho à l’inquiétude de nombreux professionnels de l’industrie qui ont déclaré ces derniers mois que le sous-investissement dans le pétrole et le gaz menace l’approvisionnement énergétique mondial. Moody’s est venue apporter de l’eau au moulin d’IHS Markit et de l’IEF, estimant que les dépenses annuelles mondiales en amont doivent augmenter de 54% pour atteindre 542 milliards de dollars si le marché pétrolier veut éviter le prochain choc de pénurie d’approvisionnement. Même son de cloche chez les membres de l’Opep+ et de l’Opep qui estiment que leurs organisations ont réussi, certes, à faire sortir le marché pétrolier de sa crise, mais le sous-investissement fait que le marché reste tendu compte tenu des menaces qui pèsent sur ses fondamentaux. «Les interventions de l’Opep+ sur le marché ces dernières années ont aidé l’industrie pétrolière à voir le début du retour de la confiance et des investissements», a déclaré, hier, le vice-Premier ministre russe Alexander Novak à la chaîne de télévision russe Rossiya 24. «Nous évaluons positivement les actions communes depuis 2016. Elles nous ont permis de rentabiliser les investissements et de restaurer la confiance dans l’industrie. C’est une période stratégiquement plus longue pour planifier nos activités», a déclaré Novak à Rossiya 24 dans une interview. Le secrétaire général de l’Opep, Mohammad Barkindo, se veut plus tranchant sur la question du déclin des investissements et ses conséquences sur l’approvisionnement mondial en pétrole brut. Il a ainsi averti, la semaine dernière, que la réduction des investissements dans la production de pétrole et de gaz est source d’imprudence. «Des investissements insuffisants dans de nouveaux approvisionnements en pétrole et en gaz entraîneraient des pénuries d’énergie, ainsi que des déséquilibres du marché et des prix plus élevés», a ajouté Mohammad Barkindo. <