Par Khaled Remouche
Sonatrach envisage de s’impliquer en Libye dans le développement ou l’exploitation de nouveaux gisements avec la compagnie libyenne NOC, de développer une découverte de pétrole au Niger dans le périmètre de Kafra, réalisée en 2018, et d’effectuer son retour en Mauritanie.
Sonatrach, en signant jeudi un protocole d’accord avec la compagnie nationale libyenne NOC, dont l’objet est la reprise des ses activités en Libye, suspendues en 2011 en raison de la situation sécuritaire, en clair le développement de ses découvertes réalisées auparavant en partenariat avec la compagnie libyenne dans les blocs 65 et 96/95 situés dans le bassin de Ghadames.
Il s’agit de découvertes de pétrole brut. Sonatrach investira 200 millions de dollars dans le développement de ses champs, a indiqué le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar. L’accord pourrait déboucher sur des partenariats entre les filiales de Sonatrach et celles de NOC dans les domaines de la géophysique, l’exploration, le forage des puits, la maintenance, la construction, la réalisation d’installation et la formation des compétences. Le PDG de Sonatrach a affirmé que Sonatrach envisage de développer de nouveaux gisements en Libye en partenariat avec NOC et d’autres compagnies internationales. L’accord pourrait déboucher également sur l’octroi de marchés aux filiales de Sonatrach, c’est-à- dire à Enageo, Enafor, ENTP, ENSP, GTP et GCB qui interviennent dans le créneau des services pétroliers et qui disposent d’une longue expérience dans ce domaine. Cet accord, bien qu’il soit préliminaire, c’est-à-dire qu’il doit être suivi d’un accord ferme qui définit les détails de ce retour de Sonatrach en Libye et du développement de ces gisements.
Le protocole d’accord constitue un feu vert à un retour prochain de Sonatrach en Libye. Il s’agit de savoir si ce retour constituera véritablement l’amorce d’une nouvelle dynamique partenariale, ralentie ces 7 dernières années par les difficultés de gestion qu’a connues la compagnie et le rétrécissement de ses capacités financières à s’impliquer dans de nouveaux projets importants dans le domaine de l’amont, notamment à l’international.
Il convient de rappeler que Sonatrach est également présente dans des périmètres d’exploration au Niger, où elle a réalisé une découverte de pétrole dans les blocs de Kafra qu’elle compte développer. Les périmètres obtenus par Soex en 2005 et en 2007 au Niger, au Mali et en Mauritanie, n’ont abouti à aucune mise en production de brut ou de gaz jusqu’à présent.
Toufik Hakkar a annoncé récemment le retour de Sonatrach en Mauritanie. La question est de savoir si la stratégie de Sonatrach, à l’époque de l’aisance financière, de focaliser sur l’exploration dans des pays de l’Afrique subsaharienne en Tunisie et en Libye était une bonne décision. Les résultats de ces efforts d’exploration menés dans ces pays sont très modestes. Les seules découvertes intéressantes jusqu’à présent sont celles de la Libye. Mais il ne s’agit pas pour l’heure de très gros gisements de pétrole à moins que l’extension des réservoirs de ces gisements donne une production très substantielle de brut. Ce qui ne peut s’effectuer à court terme.
Actuellement, seules les participations de Sonatrach dans les gisements de gaz de
Calmisea et dans le transport d’hydrocarbures tirés de ces gisements au Pérou, concernant l’amont, procurent à Sonatrach des revenus annuels en devises assez importants. Autrement dit, Sonatrach n’aurait pas dû tabler durant ces 20 dernières années sur des gisements matures, déjà développés ou en cours de développement, notamment en Irak, au Soudan et d’autres pays, au lieu de miser sur l’exploration qui demande un délai en moyenne de dix ans ou plus pour parvenir à une mise en production de pétrole ou de gaz. La question est de savoir également si la diplomatie économique algérienne a joué en utilisant à la faveur des bonnes relations de l’Algérie avec les pays d’Afrique, à l’instar notamment du Mozambique, de l’Angola, du Nigeria, de la Libye, pour saisir les opportunités de développement et d’exploitation de gisements déjà développés ou en cours de développement.
Il convient de rappeler que Sonatrach avait fixé l’objectif, en 2005, de produire 30 % de sa production d’hydrocarbures hors d’Algérie en 2015. Un objectif très loin d’être atteint aujourd’hui. Cet objectif a été finalement abandonné. Aujourd’hui, c’est la même problématique qui se pose à Sonatrach avec un handicap en plus : des ressources financières insuffisantes pour investir de gros montants dans le développement et l’exploitation de gisements à l’extérieur du pays à moins de rechercher des participations très minoritaires. La solution, nous semble-t-il, est de mobiliser des financements alternatifs à l’autofinancement, notamment le project financing, les crédits bancaires basés sur la forte rentabilité des projets, ou le recours aux financements notamment de la Banque africaine de développement, la Banque islamique de développement. En ce sens, il convient de rappeler ici la question que se posait feu Bouhafs, à l’époque où il était PDG de Sonatrach «faut-il se redéployer fortement à l’international alors qu’il y a tant à faire dans le domaine minier national ?». Des richesses hydrocarbures importantes découvertes qui demandent l’optimisation de leur exploitation ou d’importants efforts de développement. <