Le secteur pétrolier tend à se relever progressivement de la crise aiguë dans laquelle l’avait acculé la situation pandémique.

Par Feriel Nourine
Le regain de forme de la demande mondiale et l’encourageante progression des prix qui en résulte, depuis plusieurs mois, ont redonné des couleurs d’espoir au marché de l’or noir et, partant, fait sortir les entreprises de leur hibernation forcée en matière d’investissements. En amont pétrolier et gazier (exploration et production), ces investissements devraient progresser d’environ 10% par rapport à l’année dernière, indique l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un rapport sur les investissements énergétiques dans le monde rendu public hier.
Cependant, ces 10% de progression attendus pour l’année en cours restent nettement inférieurs aux taux réalisés par les deux activités citées avant l’arrivée de la Covid-19, souligne l’AIE, précisant que cette hausse revient grandement aux compagnies nationales, pendant que les dépenses des majors pétrolières privées restent stables.
Ces derniers semblent opter pour une attitude plutôt attentiste dans une conjoncture où la crise sanitaire est toujours menaçante. Du coup, les gros investissements qu’ils ont l’habitude d’opérer, notamment dans l’exploration et la production, constituent toujours un risque qu’ils préfèrent épargner à leurs équilibres financiers. Lesquels avaient été fortement secoués en 2020 lorsque le marché pétrolier avait connu l’une des plus sombres périodes de son histoire, sous l’effet d’une crise sanitaire mondiale ayant réduit la demande à son insignifiante expression et acculé le baril à des prix dérisoires.
Une année noire pour les plus grandes compagnies pétrolières dans le monde dont les cinq mastodontes que sont BP, Chevron, Exxon, Shell et Total ont, à elles seules, cumulé plus de 77,1 milliards de dollars, selon les chiffres publiés en début d’année courante.
La reprise des investissements par les géants du secteur est sans doute appelée à se faire progressivement dès que la situation sanitaire mondiale commencera à lancer des signes garantissant un réel retour à la normale. Il faudra, néanmoins, compter avec la migration qui est en train d’être opérée vers les énergies propres. Un terrain qui attire des investissements en hausse qui devraient se consolider cette année, selon les prévisions de l’AIE. Cette dernière a d’ailleurs invité le monde à oublier dès maintenant tout nouveau projet d’exploration pétrolière ou gazière. Elle l’a fait dans un récent rapport sur la neutralité carbone à 2050, soulignant que c’est le protocole énergétique à suivre pour garder une chance de limiter le réchauffement à 1,5°C.
Dans le cas de son rapport publié hier, l’agence constate que les investissements des grandes compagnies pétrolières et gazières «commencent» lentement à se diversifier vers les énergies propres, surtout en Europe. L’agence basée à Paris estime que cette tendance pourrait atteindre 4% en 2021, contre 1% l’année dernière, «et bien au-delà de 10%» pour certaines grandes compagnies européennes, souligne-t-elle.
La diversification relevée par l’AIE profite en premier lieu à l’électricité d’origine renouvelable, explique la même source, précisant que les entreprises européennes (comme BP, ENI, Shell ou Total) ont pris de l’avance sur leurs concurrentes américaines. «Les investissements dans l’électricité sont dominés par les renouvelables», se félicite-t-elle, «mais le charbon n’a pas disparu du paysage pour autant», note-t-elle. En ce sens, le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, appelle les gouvernements à «prendre des engagements clairs afin de réduire les incertitudes liées aux investissements dans l’énergie propre et fournir aux investisseurs la visibilité sur le long terme dont ils ont besoin». n