Face aux mauvaises statistiques sur l’évolution de la production des hydrocarbures et des quantités dédiées à l’exportation, le gouvernement fait montre d’une volonté de relancer l’investissement dans le secteur, en appelant les partenaires européens à s’y lancer. La question a été placée d’ailleurs au centre des débats de la 3e réunion annuelle du Dialogue politique de haut niveau sur l’énergie entre l’Algérie et l’Union européenne, organisée, hier, à Alger.

Le gouvernement sait que la relance de l’investissement dans le secteur de l’énergie est un impératif à multiple enjeux ; garantir la disponibilité en ressources, énergétiques d’abord, compte tenu de l’évolution à rythme soutenu de la consommation interne, à raison de 10% par an en moyenne. Et, financières, ensuite, étant donné que le secteur des hydrocarbures représente l’unique pourvoyeur en devises pour une économie dépendant presque totalement de la rente. La relance de l’investissement dans l’énergie permettra également au pays d’honorer les engagements conclus avec ses clients, européens particulièrement. Le gouvernement va prochainement dévoiler le contenu de la nouvelle loi sur les hydrocarbures qui fixera les nouvelles conditions d’investissements dans le secteur. Après l’échec de tous les derniers appels d’offres lancés depuis 2008, la réécriture des textes régissant l’investissement dans le domaine des hydrocarbures s’imposait comme une fatalité à laquelle le gouvernement ne pouvait s’échapper. Il y va à la fois de la sécurité énergétique et financière du pays.
La baisse des cours du brut, combinée à un déclin de la production, et donc des volumes exportés, ont entraîné l’économie algérienne dans des déficits chroniques que le gouvernement peine à endiguer depuis 2014. «La baisse des quantités d’hydrocarbures exportées, exprimées en tonnes équivalent pétrole (TEP), entamée au premier semestre de 2017, s’est poursuivie au cours des deux derniers semestres, passant de 54,96 millions de TEP au premier semestre de 2017, à 53,27 millions de TEP au second semestre de la même année et à 51,40 millions de TEP au premier semestre de 2018, soit une baisse de 6,48% entre les premiers semestres de 2017 et 2018», fait constater la Banque d’Algérie dans sa dernière note de conjoncture pour le 1er semestre de l’actuel exercice.
Dans un autre bilan établi par le ministère de l’Energie, il est indiqué que la production commerciale primaire d’hydrocarbures a atteint 44,3 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) à fin mars 2018, contre 44,7 M TEP durant la même période de 2017, marquant ainsi une légère baisse de -0,9%. La production de pétrole et de condensat a connu une baisse de -4,1% (14,2 M TEP), le gaz de pétrole liquéfié (GPL) de 3,9% (2 M TEP), tandis que la production commerciale primaire de gaz naturel a, en revanche, progressé de +1,4% (27,7 milliards de m3). En revanche, au plan des exportations, le même bilan fait ressortir une contraction de -2,8% (27,7 millions de TEP) des volumes. La consommation interne d’énergie ne connaît, quant à elle, aucun signe d’essoufflement, progressant de 7,1% au premier trimestre de l’année, à 16,7 millions de tonnes équivalent pétrole.
Ces mouvements baissiers tant au plan de la production primaire d’hydrocarbures qu’en matière des volumes dédiés à l’exportation s’expliquent par le désinvestissement que connaît l’amont gazier et pétrolier de l’Algérie.
Lequel déficit en investissements est lié quant à lui à l’échec des derniers appels d’offres et à une législation peu attractive. Le gouvernement semble se rendre compte que le temps des actions est venu. L’attractivité du domaine minier national serait désormais au centre des débats, voire pris en charge tant au plan réglementaire avec, comme élément palpable, la révision de la loi sur les hydrocarbures, qu’au niveau politique avec, comme levier principal, des consultations bilatérales et multilatérales avec les majors et les pays partenaires de l’Algérie. En témoignent les discussions d’hier avec les partenaires européens autour de l’impératif de relancer l’investissement dans le secteur énergétique.