Les opérateurs économiques qui attendent, depuis plusieurs mois, la promulgation du nouveau code d’investissement, risquent d’attendre encore pour une bonne période si les responsables, chargés de sa présentation et sa promulgation, n’accélèrent pas la cadence. C’est du moins ce que pourrait laisser entendre la déclaration de Abdelmadjid Tebboune à propos du projet de ce texte de loi attendu pour faciliter et encourager les investissements dans les secteurs public et privé.
En effet, la première mouture dudit projet «n’a pas encore été présentée ni au Gouvernement ni au Conseil des ministres», a indiqué le président de la République, lundi, lors de son entrevue avec des responsables de médias nationaux. M. Tebboune a, à l’occasion, souligné que le nouveau code d’investissement «repose sur la suppression de tout ce qui a trait à l’idéologie pour ne maintenir que les aspects purement économiques».
Soutenant que ce projet vise à «faciliter l’investissement», il a mis en avant la suppression de la règle 49/51 relative à l’investissement étranger pour les secteurs non stratégiques, tout en accordant la priorité à l’investissement national.
Mais c’est surtout sur l’implication des opérateurs nationaux que le président de la République compte pour booster l’investissement au profit du plan de relance économique qui tarde à démarrer réellement. «Ce qui m’intéresse c’est l’investissement des Algériens», a-t-il déclaré, rappelant à ce propos les rencontres qu’il a tenues avec les représentants du Patronat. Ces derniers avaient, pour rappel, été conviés à formuler des propositions pour la relance économique escomptée. Et aujourd’hui, ils sont toujours dans l’attente du nouveau dispositif réglementaire qui leur a été promis. Sa présentation au Gouvernement et en Conseil des ministres échoit désormais au nouveau ministre de l’Industrie Mohamed Bacha, alors que son prédécesseur Ferhat Aït Ali avait, en août 2020, annoncé le passage du projet devant le Conseil des ministres pour octobre dernier.
Plus de quatre mois plus tard, les milliers d’opérateurs, porteurs de projet d’investissement, ne savent pas encore quand est-ce que cette étape va venir, M. Aït Ali étant parti sans dire si ce lourd projet, dont il a été chargé, a été finalisé ou non. Si c’est le cas, sa présentation devrait se faire très prochainement, sachant que la situation économique du pays devient préoccupante et interpelle les pouvoirs publics à aller dans les plus brefs délais vers un climat d’investissement incitatif et porteur de richesses.
Dans cette logique, l’environnement bancaire devrait, lui aussi, se mettre à jour en se dégageant de sa léthargie bureaucratique qui mène la vie dure aux investisseurs et tue dans l’œuf leurs ambitions. Et c’est le chef de l’Etat qui en fait, une nouvelle fois, la remarque en affirmant que «nos banques sont de simples guichets publics sans aucun esprit commercial» et que «la banque qui ne prend pas de risques n’est pas une banque».
Référence faite à l’accompagnement par les banques des dossiers de crédit déposés par les opérateurs et qui traînent sans que l’établissement sollicité n’ose jouer son rôle de financer tel ou tel projet d’investissement. C’est pourquoi d’ailleurs les banques publiques viennent d’être destinataires d’une note du ministère des Finances les instruisant à ne pas dépasser un mois dans le traitement des dossiers de crédit déposés par les opérateurs économiques.
«25 % d’importations pas du tout indispensables»
Outre un climat d’investissements assis sur un code nettement plus incitatif que celui en place, depuis 2016, la relance de l’économie passe par la rationalisation des dépenses, a estimé le président de la République face aux journalistes. Une rationalisation qui devra se faire essentiellement en matière d’importation, a souligné M. Tebboune, tout en rassurant sur la situation financière du pays. L’Algérie «n’est pas dans une situation d’aisance financière mais elle est toutefois en mesure d’honorer ses engagements financiers grâce à la maîtrise de ses dépenses, notamment celles des importations», a-t-il affirmé en ce sens. Et d’ajouter que «nos réserves de change oscillent entre 42 et 43 Mds USD» mais «nous avons réduit les importations et réalisé des recettes pétrolières de 24 Mds USD, en dépit de la pandémie».
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La rationalisation des dépenses pour les importations telle que prônée par le chef de l’Etat est réalisable, considère ce dernier, notant qu’à l’ère de la rente, la facture des achats outre-mer de l’Algérie «s’élevaient à 60 Mds USD, dont 15 milliards de surfacturation et 25 % d’importations pas du tout indispensables». Or, «en matière d’importation, les besoins du pays en produits alimentaires essentiels ne dépassent pas les 8 Mds USD annuellement, soutient-t-il. Avant de noter que «certains n’ont pas compris que nous ne devons importer que ce dont nous avons besoin». Il citera à ce sujet le cas du Directeur d’Air Algérie, limogé il y a quelques semaines, à sa demande, pour avoir lancé un appel d’offres pour des marchandises non essentielles en dépit des instructions de rationalisation des dépenses. «De tels comportements doivent cesser !», a martelé le président de la République. A une question sur le taux d’inflation et son impact sur le pouvoir d’achat du citoyen, M. Tebboune a considéré que celui-ci «n’est pas au point de conduire à la privation».
Par ailleurs, le Président de la République a mis l’accent sur l’importance d’encourager la production nationale, saluant les réalisations du secteur de l’agriculture en dépit des répercussions induites par la pandémie de la Covid-19. «Avec plus de 25 Mds USD, c’est la première fois depuis l’Indépendance que les recettes du secteur agricole dépassent ceux des hydrocarbures», a fait observer M. Tebboune, ajoutant que «nous n’avons importé ni légumes ni fruits». Quant au blé, il a estimé que l’Algérie était en mesure d’augmenter sa production en ce produit vital pour peu qu’elle développe les techniques d’irrigation et l’exploitation optimale des barrages. n