Par Kahina Sidhoum
Le think tank salue la nouvelle loi sur l’investissement, mais considère qu’elle restera insuffisante si elle n’est pas accompagnée d’un débat en guise de bilan sur les capitaux lourds investis durant ces vingt dernières années sans résultat de croissance et d’orientation opérationnelle vers les secteurs à cibler pour réaliser la diversification de l’outil économique algérien. Le Cercle d’Action et de Réflexion pour l’entreprise (CARE) réagit une deuxième fois à la nouvelle loi sur l’investissement. Le think tank qui publie à ce sujet une note sur son site considère que, longtemps attendu et ayant fait l’objet de toutes les attentes, ce texte est «nécessaire». Il explique cette nécessité en indiquant que l’entrée en vigueur de la loi et de ses textes d’application traduit la volonté des pouvoirs publics de réaménager «le cadre légal et réglementaire régissant l’investissement» en vue de le dynamiser dans l’ensemble des secteurs hors hydrocarbures. L’objectif de ce «réaménagement», rappelle le Cercle, est de modifier positivement la structure actuellement trop dépendante des revenus pétroliers et gaziers et d’aller vers sa diversification par l’encouragement de l’initiative et de la libre entreprise dans les autres secteurs économiques et industriels. «En soi, il s’agissait de corriger une situation anormale dans laquelle notre pays élevait des obstacles face aux investisseurs, là où tous les pays du monde mettent au point des politiques qui les encouragent et les soutiennent», résume-t-il. Pour Care, ce réaménagement est cependant «non suffisant» car après la «mise à niveau accomplie sur le registre du droit, il reste l’essentiel, à savoir travailler les autres volets de l’environnement économique de l’investissement». «La question maintenant posée, poursuit-il, est de savoir comment faire pour que cette politique de soutien à l’investissement se traduise concrètement en termes de croissance forte et durable et qu’elle favorise en bout de course la diversification tant recherchée de l’économie algérienne». Pour ce faire, le Cercle appelle à l’«approfondissement du débat sur la relance» signalant la crainte de la persistance des «pesanteurs bureaucratiques qui altèrent le fonctionnement de notre économique et qui, trop souvent, contrarient la mise en œuvre des politiques publiques». «Par ailleurs, poursuit-il, nombre de questions d’ordre pratique demeurent toujours posées, touchant notamment aux difficultés d’accès au financement de l’investissement, aux incohérences des nombreuses réglementations, aux échanges extérieurs et à diverses restrictions parsemant le parcours de l’investisseur». En somme, la note du think tank sur la loi sur l’investissement exprime le souhait que les déclarations d’avertissement, notamment celles adressées par le chef de l’Etat aux administrations qui ne jouent pas le jeu de l’ouverture à l’entreprise et à l’investissement, soient consolidées par un débat d’engagement à ce que «la ferme volonté de relance de l’investissement maintes fois réitérée par les autorités publiques puisse trouver une traduction opérationnelle». Estimant que le «véritable Talon d’Achille de la politique publique d’investissement de l’Algérie n’est pas tant celui des ressources mobilisées que celui de leur faible contribution à la croissance de l’économie nationale, Care considère que ce débat demandé serait une opportunité d’orienter ces capitaux considérables vers les secteurs et les projecteurs générateurs de croissance et où le besoin de financement est le plus pressant et le plus utile.

Changement de paradigme
A la lumière d’un tableau comparatif avec d’autres pays, le Cercle montre que «l’Algérie se situe très loin (…) en termes de poids du capital investi, en moyenne annuelle sur la période allant de l’année 2010 à
l’année 2020.
Un constat qui est valable, en réalité, sur les cinquante dernières années et pas seulement depuis 2010. Mais au regard du niveau des ressources financières qu’elle mobilise, il est tout à fait frappant de relever à quel point le niveau de la croissance qu’elle réussit à obtenir demeure un des plus bas, comparé aux résultats moyens que ce soit en Asie, dans les économies en développement et même sur le continent africain».
Pour le think tank, le problème qui se pose à l’Algérie est de celui de «l’efficacité de l’investissement», un phénomène qui se traduit notamment par «la perte de substance fortement inquiétante de l’industrie algérienne» et par la faiblesse de l’investissement dans les activités productives au profit des grandes infrastructures et du logement. Derrière, «se pose la question récurrente de la réforme du système financier et bancaire (…) reportée à chaque fois depuis trente années».
«La mainmise excessive du Trésor public sur la ressource disponible, signale-t-il, a créé et crée toujours un effet d’éviction qui contraint lourdement le financement des investissements dans les activités productives hors hydrocarbures (ceux du secteur privé en particulier), et qui bloque, ce faisant, toute politique réfléchie de diversification de l’économie».
«Le poids de la dépense publique, outre qu’il contraint le développement de l’industrie, est à l’origine de l’hypertrophie du secteur de la construction», explique en outre le think tank. Ce choix et d’autres ont été «opérés au détriment de l’investissement dans les activités productives, industrielles ou agricoles et, in fine, de la diversification de l’économie nationale», ajoute-t-il.
La conclusion de la note de Care est que ses rédacteurs, experts et chefs d’entreprise, appellent à éviter le scénario des vingt dernières années (2000-2020) au cours desquelles «des montants importants ont été mobilisées en investissements, mais avec des résultats en termes de croissance, très en-deçà des attentes». Ils exhortent à faire de la nouvelle loi sur l’investissement une occasion pour revoir et performer le logiciel de gouvernance économique en vigueur dans le pays. Le think tank parle de «besoin de fonder un changement de paradigme et de bâtir un nouveau consensus de politique économique» <