La visite du Secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken aujourd’hui à Alger constitue le plus important déplacement de hauts responsables américains depuis plusieurs années. Même si cette visite est éminemment politique et a un lien direct avec le conflit russo-ukrainien, la question économique sera abordée ; en clair, le développement des relations économiques avec les Etats-Unis particulièrement l’investissement américain en Algérie.

Par Khaled Remouche
Le centre d’intérêt des investisseurs américains reste le secteur de l’énergie. Le marché algérien des hydrocarbures polarise l’intérêt des compagnies américaines. Oxy, présente dans le bassin de Berkine en tant qu’opérateur dans les gisements de HBNS et d’El Merk, a exprimé son souhait de s’impliquer dans la recherche et le développement de nouvelles ressources hydrocarbures. Tout comme Exxon Mobil et Chevron qui ont conclu avec Sonatrach des protocoles d’accords en vue de s’engager dans le même type d’activité en Algérie.
Mais la nouvelle loi sur les hydrocarbures, qui n’est pas encore entrée pleinement en application, et l’absence de visibilité concernant le nouvel appel d’offres en matière d’exploration obligent les compagnies américaines à un wait and see et à rechercher des clarifications qui tournent autour de la flexibilité en matière de prise de décision et de fiscalité. La balle est dans le camp algérien. Il faut savoir que ce qui intéresse au plus point les compagnies américaines sont les ressources non conventionnelles, celles situées dans des zones où le risque est moins important, tels les bassins d’Amguid Messaoud et de Berkine. Si l’option gaz de schiste est retenue, la confirmation de l’énorme potentiel algérien aura besoin, notons-le, en particulier de l’expertise américaine. Concernant l’usine de turbines à gaz de Batna, exploitée conjointement par Sonelgaz et le géant américain Général Electric, elle doit étoffer son carnet de commandes à l’international, particulièrement en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. La maintenance des turbines à gaz, la fourniture de pièces de rechange, l’un des fruits du partenariat algéro-américain, constituent également des créneaux à développer à l’international. La coopération pourrait également se développer en matière de changement climatique et de développement des énergies renouvelables.
Concernant les secteurs hors hydrocarbures, l’agriculture et l’économie numérique suscitent l’intérêt des Américains. Mais tant que le code de l’investissement n’est pas promulgué, il est vain de s’attendre à un regain de partenariat algéro-américain dans les filières hors hydrocarbures.
Reste à savoir également pourquoi tant de promesses en matière d’investissement dans le secteur de l’agriculture ne se sont pas traduites sur le terrain par des investissements mixtes ayant un impact sur la production nationale de céréales et de lait. Il était question de mise en valeur, fruit du partenariat algéro-américain, des dizaines de milliers d’hectares dans les Hauts-Plateaux et le Sud du pays, de la réalisation de fermes laitières de 10 000 vaches. Ces projets n’ont pas vu le jour, du moins les résultats de ces investissements sont fort modestes. Il reste donc à tirer les leçons de ces échecs pour que la réalisation des futurs projets soit plus efficace. Le risque d’une crise alimentaire mondiale induite par la guerre russo-ukrainienne qui aurait un impact sur l’Algérie pourrait également ouvrir une coopération bilatérale dans le domaine technique. Cela dit, n’oublions pas, qu’outre la recherche de partenariat gagnant-gagnant avec les compagnies américaines, l’Algérie devrait à l’évidence poursuivre ses efforts de diversification de ses partenaires économiques avec le développement de ses échanges économiques avec les pays européens, le Canada, et ses partenaires traditionnels, comme la Chine, la Turquie, non sans mettre l’accent sur l’intensification des échanges économiques avec les pays africains et ceux de la zone Mena.