Acculé par les tensions financières que traverse le pays, le gouvernement entend solliciter la Bourse aux fins de projeter des banques et des entreprises publiques sur de nouvelles perspectives. Le gouvernement adopte cette fois-ci une approche pragmatique qui rompt avec les sempiternelles recapitalisations au moyen de l’argent public, en proposant une ouverture du capital de certaines entreprises publiques à travers la Bourse d’Alger. L’idée est de les restructurer et les proposer à une privatisation partielle, soit à hauteur de 30 à 49% selon des indiscrétions, pour pouvoir les recapitaliser et financer leurs plans d’investissement.

Le gouvernement veut s’appuyer sur le marché financier pour encourager le financement de l’investissement au moyen du marché et rompre ainsi avec plusieurs années d’investissement budgétaire et bancaire. Le ministre des Finances, Aymen Abderrahmane, a fait part d’un projet qui consiste à introduire deux banques publiques au marché des valeurs courant 2021, alors que son collègue du gouvernement, en charge du portefeuille de l’Industrie, Ferhat Ait Ali, a, lui, annoncé la volonté de l’Exécutif de faire adhérer à la Bourse certaines entreprises publiques en mal de financements. De manière inattendue, le directeur général de la Bourse d’Alger, Yazid Benmouhoub, est allé encore plus loin en suggérant au gouvernement de reprendre le vieux projet de 2013 qui consistait à introduire en Bourse huit entreprises publiques parmi les plus performantes de la place aux fins de montrer la voie. Il s’agissait des grosses cylindrées du secteur public, toutes filières confondues, dont le CPA (Crédit populaire d’Algérie), la CAAR, Cosider Carrières, Mobilis… « Nous gagnerons à mettre sur le marché boursier certaines entreprises publiques et reprendre celles qui avaient figuré sur le projet de 2013 afin de montrer le chemin pour d’autres sociétés », a suggéré, cette semaine, le directeur général de la Bourse d’Alger, tout en faisant observer que le recours à ce moyen de financement pérenne va soutenir la croissance et préserver les emplois ainsi que ces entreprises. C’est aussi une manière de dire que la Bourse ne doit pas être seulement un cimetière pour entreprises en difficulté et qu’il serait plutôt intéressant de faire adhérer des entreprises viables et solides pour pouvoir capter l’épargne et susciter la confiance auprès des investisseurs potentiels.

L’impact de la crise
Le même responsable suggère indirectement que le succès de l’opération d’introduction de certaines entreprises publiques en Bourse passe par un signal fort qu’il faudra envoyer aux investisseurs. Le message consiste à dire qu’il s’agit de faire de la Bourse un acteur du marché de financement de l’économie plutôt que d’un cimetière pour entreprises en difficulté. Car, il y va du succès de l’opération, étant donné que l’appel aux épargnants risque de ne pas être entendu lorsqu’il s’agira uniquement de sauver des entreprises en difficulté. D’autant plus que l’initiative du gouvernement tombe dans un contexte marqué par un net recul de l’épargne, laminée par l’érosion du pouvoir d’achat, ainsi que par une inflation qui semble reprendre du poil de la bête, se situant bien au-dessus des taux d’intérêts, à 2%, appliqués aux épargnants, ce qui fait que ces derniers perdent au change. Ces pertes ont favorisé les retraits plutôt que l’épargne. En très mauvaise posture, les ménages, la crise aidant, pourraient nourrir une sérieuse réticence au sujet d’un investissement en Bourse, de surcroît peu rémunérateur et dont le retour sur investissement n’est point de court terme. Quant aux autres investisseurs potentiels parmi les entreprises et les institutions, ceux-ci ne sont pas non plus, du moins une bonne partie d’entre eux, en capacité de s’engager dans ce genre d’investissements, d’autant plus qu’une privatisation minoritaire n’offre aucune garantie de participer à la prise de décision et/ou à siéger dans le conseil d’administration des entreprises candidates à une ouverture de capital. D’autant plus que la trésorerie de ces entreprises, publiques, privées et/ou à capitaux mixtes, a été mise à rude épreuve par le choc pandémique. Concernant les capitaux dormants de la sphère informelle, puisque les regards du gouvernement sont tournés vers les fortunes de l’économie informelle, ceux-ci semblent bien prospérer à l’ombre de la loi et des institutions de l’Etat. Bien plus que cela, ces capitaux dormants se sont mis depuis quelques années déjà à investir dans les devises et la terre, considérées comme valeur refuge en temps de crise. La précédente opération baptisée « mise en conformité fiscale volontaire » concernant les capitaux de l’informel s’était soldée d’ailleurs par un échec cuisant. C’est dire toute la complexité de cette initiative qui consiste à faire appel à l’épargne pour recapitaliser les entreprises publiques en difficulté.