Le Premier ministre Abdelaziz Djerad a présenté, hier, le plan d’action du gouvernement devant les députés. Dans une séance plénière de l’Assemblée populaire nationale (APN) caractérisée par un Hémicycle plein à craquer, où les députés se sont déplacés en nombre, le Premier ministre s’est d’emblée montré franc.
« L’Algérie vit une situation économique difficile », a-t-il lancé sans tergiverser.

Djerad qui s’est départi, tout au long de sa présentation, de la légendaire langue de bois des responsables gouvernementaux, a affirmé que «la situation financière est particulièrement fragile » en la reliant au marché mondial des hydrocarbures avec une dette publique intérieure estimée à 45%. Mais pas seulement. Djerad a relevé que l’Algérie a connu, au cours de ces dernières années, « une gestion catastrophique de l’Etat ainsi que des pratiques autoritaires ayant mené au pillage et à la dilapidation des richesses du pays et à la destruction systématique de ses institutions et de son économie dans le but d’accaparer ses biens ». Il a fait remarquer que ces pratiques ont entraîné « la marginalisation des compétences nationales, sincères et honnêtes, déstabilisant ainsi les fondements même de l’Etat, et menaçant l’unité du peuple ». Dans ce cadre, il n’a pas manqué de relier le bouillonnement de la rue à la mauvaise gestion des responsables, en soutenant que « cette réalité amère avait incité les Algériens, toutes franges confondues, à sortir le 22 février 2019 pour condamner et rejeter cette tentative d’affaiblir notre pays et empêcher par là même que cette situation ne se reproduise plus ». Sur sa lancée, le Premier ministre a affirmé avoir proposé au président Tebboune l’élaboration d’une Loi de finances complémentaire (LFC). « J’ai proposé au Président de la République l’élaboration d’une loi de finances complémentaire qui verra entre autres la suppression des dispositions fiscales touchant les travailleurs du Sud et les professions libérales et qui avaient pour objectif de créer la zizanie », a soutenu Djerad ciblant à travers son accusation son prédécesseur Noureddine Bedoui. A ce propos, la disposition portant soumission au régime général des professions libérales, jusque-là soumises à l’impôt forfaitaire unique (IFU), avait suscité, pour rappel, le mécontentement des médecins, avocats et notaires dès l’entrée en vigueur de la loi des finances début janvier. Toutefois, le Premier ministre a promis de remédier à cette situation en expliquant qu’il « ne faut pas baisser les bras ». « Nous sortirons le pays de cette étape politiquement et économiquement difficile vers une nouvelle ère », lance-t-il.

« Une carte nationale des opportunités d’investissements »

Le gouvernement a l’ambition de lutter« contre la littoralisation des activités économiques » en mettant en place « une carte nationale des opportunités des investissements». Cette démarche aura pour caractéristique de privilégier la mise en place d’espaces de production dans les Hauts-Plateaux et le Sud. Dans cette optique, il est prévu à cet effet un « cadre juridique cohérent de promotion de l’investissement dans l’agro-alimentaire, la sidérurgie et l’aval des hydrocarbures ». S’agissant de l’industrie du montage CKD, le gouvernement parle de réviser la législation en vue d’augmenter « le taux d’intégration nationale » dans les industries mécaniques, électriques et électroniques et les activités de sous-traitance. Les domaines bénéficieront de facilités d’accès au foncier, au financement et d’un « régime fiscal préférentiel ». Concernant le secteur minier, le gouvernement compte généraliser les « programmes d’exploration et d’études du potentiel minier » à tout le pays dans les domaines du phosphate, fer, plomb et zinc, or et pierres. Les exemples de Gara Djebilet et de Tindouf (fer), Oued Amizour (plomb, zinc) et or (Hoggar) sont cités en illustration.
Limitation des importations, valorisation de la production nationale
La réduction des importations improductives et la promotion des exportations hors hydrocarbures sont l’un des leviers que compte utiliser le gouvernement pour booster l’économie nationale. En mettant en demeure les opérateurs publics et privés à « recourir en priorité aux biens et aux services produits localement ». Ces obligations seront « matérialisées dans les cahiers des charges des marchés publics », même si le secteur privé n’est pas soumis à ce cahier. Le gouvernement veut accompagner et promouvoir les exportations hors hydrocarbures pour améliorer leur compétitivité. Dans ce cadre, il est question de la possibilité de créations de consortiums d’exportations. La mise à niveau des textes législatifs pour améliorer l’acte d’exporter, la réalisation de zones franches et plateformes logistiques dans les wilayas frontalières, seront mises en œuvre au niveau de ces zones. Dans le même temps, le gouvernement promet également « une évaluation » des accords multilatéraux et bilatéraux UEE, Zone arabe et OMC. Il est tout autant question de « la mise en œuvre de la stratégie nationale des exportations ».
« Le plan d’action répond aux revendications populaires »
Le Premier ministre n’a pas manqué lors de son exposé de faire une précision de taille :
« Notre plan d’action a été élaboré pour répondre et prendre en charge les revendications du peuple. ». Estimant que « le peuple algérien revendique un changement global du système qui est révolu », Djerad soutient que le peuple exige tout autant « l’émergence de pratiques politiques saines et une véritable démocratie, ainsi qu’une gouvernance économique moderne et transparente, à même de prémunir le pays de la corruption, du népotisme et de la désinformation ». Et d’enchaîner : «Le gouvernement œuvrera efficacement à l’édification d’une nouvelle Algérie à travers un pacte nouveau englobant l’ensemble des aspects de la gouvernance politique, économique et sociale ». A ce sujet, il insistera sur l’impératif d’établir une relation saine avec le citoyen en notant que « le rétablissement et le renforcement de la confiance entre le peuple et ses dirigeants passent par une démocratie basée sur les principes de l’alternance au pouvoir, le respect des libertés individuelles et collectives, la justice sociale et la consolidation de l’Etat de droit ». Dans le même ordre d’idées, il soutiendra que « le gouvernement a l’ambition de bâtir « une société dans laquelle il n’y aura pas de place pour les différences entre les Algériens et ce, quel que soit leur niveau social ».
Dans ce cadre, il fera une promesse lourde de sens : « le gouvernement s’attèlera à assainir l’héritage désastreux de la gouvernance des années précédentes par la mise en place de nouvelles pratiques ouvrant la voie à un changement politique et économique auquel aspire le peuple algérien ». A ce propos, le nouveau pacte sera concrétisé, selon l’orateur, à travers « le triptyque développement humain, transition énergétique et économie de la connaissance et numérique ». Par ailleurs, et lors des débats qui ont suivi la présentation, les députés ont fait des interventions qui ont abondé dans le même sens que la présentation de Djerad et soulignant les mêmes insuffisances qu’il a évoquées. Les députés FLN et RND inscrits en majorité ont dit soutenir le plan d’action « par anticipation ». Aujourd’hui, les débats vont se poursuivre à l’APN et la réponse du Premier ministre interviendra le jeudi.