Le procès Khalifa Bank consommait hier son troisième jour au Tribunal criminel près la Cour de Blida.

Après les accusés, qui sont passés à la barre dimanche et lundi, c’est au tour des témoins de la partie civile d’être auditionnés par la juge et présidente du Tribunal. A l’exception du principal accusé dans cette affaire, en l’occurrence Abdelmoumen Khalifa, condamné à 18 années de prison ferme, tous les autres condamnés dans cette affaire sont retournés au Tribunal criminel de Blida après avoir purgé chacun la peine prononcée lors du premier procès, le 23 juin 2015. Plusieurs autres accusés, dont l’épouse de Khalifa et trois membres de la famille Keramane, ont été condamnés par contumace et se trouvent toujours en fuite à l’étranger.
Le Président-Directeur général du défunt groupe Khalifa se trouve, quant à lui, en prison depuis son extradition de Grande-Bretagne en décembre 2013. Il est poursuivi pour les chefs d’inculpation de «constitution d’association de malfaiteurs», «falsification de documents officiels et usage de faux», «vol en réunion, escroquerie, abus de confiance et corruption», «falsification de documents bancaires», et «banqueroute frauduleuse».
Ce nouveau procès était attendu depuis que la Cour suprême avait décidé de renvoyer l’affaire pour un nouveau procès, après avoir constaté «la non-audition de certaines parties entre accusés et témoins». Hier, la juge a interrogé le témoin Aboudjera Soltani, en sa qualité d’ancien ministre du Travail. Elle l’a questionné à propos du rôle du Conseil d’administration et le contrôle que devait opérer cet organe concernant les dépôts effectués par les caisses de son département à Khalifa Bank. Le témoin affirme qu’il ignorait les montants de ces dépôts. «Il y avait plusieurs caisses, et je n’étais pas au courant qu’elles déposaient leurs fonds à Khalifa Bank», a-t-il même déclaré, avant que la juge n’insiste et lui demande «pourquoi n’avez-vous pas alors remarqué tous ces fonds qui étaient importants». Il tentera de se justifier que ce sont les responsables qui sont chargés d’établir les rapports. Ce qui amènera le magistrat à faire remarquer à l’ex-premier responsable du secteur que le directeur de la Cnac avait pourtant fourni tous les rapports concernant les dépôts à Khalifa Bank. «Je n’avais reçu aucun rapport de ce genre», insistera Aboudjera Soltani, avant que la juge ne lui cite les montants des dépôts. «Saviez-vous que la Cnas a déposé 1 000 milliards de centimes, le FNPOS 1 400 milliards de centimes et la CNR 4 000 milliards de centimes ?». «Je ne suis pas au courant», dira-t-il encore une fois.
De son côté, l’expert financier et comptable chargé de l’affaire Khalifa a déclaré à la juge que l’enquête qu’il avait menée en 2004 avait fait ressortir un trou financier de 3 milliards et 277 millions de dinars au niveau de la caisse centrale de Khalifa Bank, à Chéraga, à l’est d’Alger. «Cet argent a été détourné au profit de parties que nous ne connaissons pas», a précisé l’expert. Cette caisse était gérée de manière «anarchique» et les agences de la banque opéraient sans aucune coordination entre elles, a-t-il souligné.
Parmi les accusés qui sont passés à la barre lundi figurait l’ancien Directeur de la Caisse nationale d’assurance chômage (Cnac), Mahrez Aït Belkacem, poursuivi pour corruption et abus de pouvoir. Ce dernier a d’abord nié en bloc les accusations, avant de jeter la balle dans le camp de Tayeb Louh, lorsqu’il était à la tête du secteur du travail et de la sécurité sociale. «Il m’a impliqué dans cette affaire, en raison de différends qui nous opposaient», dira-t-il au magistrat.
L’accusant d’avoir déposé les fonds de la Cnac à Khalifa Bank en contrepartie de privilèges, le même accusé affirmera que ces fonds s’élevaient à l’époque à 60 milliards de DA, dont plus de 80% étaient déposés dans des banques publiques et près de 3% seulement déposés dans cette banque privée. Mahrez Aït Belkacem réfute alors avoir reçu des avantages en contrepartie.
L’ancien joueur de football, aujourd’hui entraîneur, Ighil Meziane, a nié, lui aussi, les charges retenues contre lui, à savoir constitution d’association de malfaiteurs, vol en réunion et abus de confiance. Pour lui, il s’agit d’accusations «infondées». Meziane Ighil ajoutera qu’il avait rejoint le groupe en tant que conseiller sportif et réfutera aussi être intervenu avec l’accusé Kechad Belaïd, ancien directeur de l’Agence de Khalifa Bank à Blida, également poursuivi dans cette affaire, auprès d’entreprises publiques en vue de les convaincre de déposer les fonds dont elles assurent la gestion à Khalifa Bank.
Certains accusés auditionnés lundi sont revenus sur leurs déclarations faites auparavant. Lesquelles déclarations condamnent le principal accusé dans cette affaire, au sujet notamment du retrait de fonds sans titres réguliers. Le même jour, d’autres accusés ont affirmé que de fausses déclarations leurs ont été attribuées durant l’enquête.
Dimanche, au premier jour du procès, Abdelmoumen Khalifa était le premier accusé à passer à la barre pour être interrogé par la présidente du Tribunal sur les détails de création et de gestion de la banque El Khalifa, et sur le mouvement et le transfert des fonds. Et comme il l’avait fait lors du premier procès, il y a plus de 5 ans, il a nié toutes les charges retenues contre lui, affirmant une nouvelle fois avoir été victime «d’un complot avec la complicité de l’ancien système». <