Par NAZIM BRAHIMI

La réunion des deux Chambres du Parlement, afin de valider la vacance définitive du poste de président de la République, tient manifestement le pays en haleine et le pouvoir politique sous pression. Non seulement pour le caractère inédit de la situation induite par la démission du Président sortant avant l’expiration de son mandat, mais pour le profil et le parcours que présente son successeur Abdelkader Bensalah, fortement décrié par la population. Le président du Conseil de la nation, pour qui s’ouvre la voie de la présidence de l’Etat à titre intérimaire, ne bénéficie pas de sympathie auprès de l’opinion publique qui ne cesse de réclamer son départ, tout comme celui des autres dirigeants politiques apparentés au règne de Bouteflika. Inexorablement, un tel refus exprimé sur la place publique n’est pas de nature à faciliter le processus de la transition qui se met en branle. Surtout que des voix discordantes, visiblement de plus en plus nombreuses, se mettent à formuler des critiques quant au dispositif en vigueur mais, également, au personnel accompagnant le processus. Le fait rend manifestement encore plus compliqué la concrétisation du plan de sortie de crise, enclenché depuis la démission du chef de l’Etat, devant une rue qui ne cesse de gronder envers tout le personnel politique symbolisant le pouvoir. Au vu des mots d’ordre et autres slogans exhibés dans les manifestations, qui marquent la vie politique du pays depuis bientôt deux mois, il est difficile de voir la rue agréer un rôle pour le président du Sénat dans le processus de transition. Ce dernier fait l’objet d’un concentré de critiques de la part des manifestants, d’où se dégage un refus net de voir des figures du pouvoir mener le train de la transition. A cette évidence s’ajoute le fait que le maintien de la légalité constitutionnelle ne suscite pas des adhésions parmi les acteurs politiques les plus acquis aux revendications du mouvement populaire dont la capacité de mobilisation demeure intacte. En un mot, l’idée que se font les Algériens du président du Conseil de la nation n’est pas de nature à faciliter son passage au rang de chef de l’Etat, y compris au titre d’un intérimaire de trois mois sans la moindre prérogative de décision.
Cet état de fait met manifestement le pouvoir politique dans la difficulté, lui déjà, qui n’arrive point à convaincre par un gouvernement de crise en déficit de crédibilité devant une rue de plus en plus critique.