Face au constat d’importantes quantités de blé dur et tendre dirigées vers l’alimentation ovine et bovine, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural a décidé d’interdire d’utiliser ces céréales primaires comme matière première pour l’alimentation du bétail.

Une mesure tout à fait logique quand on sait ce que coûtent au pays les importations de blé dur et tendre pour assurer les besoins de consommation humaine en semoule et pâte. Mais que désapprouvent les éleveurs faute d’alternative appropriée. Comme il faut savoir que c’est seulement dans les pays gros producteurs de céréales que des volumes sont utilisés en alimentation du bétail, apprendre donc que nos éleveurs d’ovins et de bovins usent de cette pratique relève de l’inadmissible alors qu’on tente de redresser la production nationale de céréales, même si ces derniers ont des arguments à faire valoir pour justifier ce mode d’alimentation.
En effet, ils mettent en exergue la conjoncture boursière mondiale du maïs, aliment essentiel, qui a rendu ce végétal très cher, entraînant une surenchère sur l’orge, second aliment de prédilection chez les éleveurs soucieux de la bonne conduite d’élevage de leurs bêtes. D’où nombreux se sont rabattus sur le blé tendre et dur, encouragés par les prix de ces céréales actuellement inférieurs à ceux du maïs et de l’orge sur le marché local. Du coup, on peut avancer que de nombreux éleveurs seront réticents à se soumettre à ladite interdiction d’autant plus que l’offre existe dans le marché informel. Lequel est alimenté par des céréaliculteurs sans scrupules, cherchant à consacrer une partie de leur récolte à la revente hors du circuit classique, c’est-à-dire déposer la totalité de leurs moisson au niveau des Coopératives céréalières et de légumes secs (CCLS) de leur région et de se voir délivrer un chèque amputé de la somme correspondant au crédit de campagne labours-semailles appelé «crédit Rfig» qu’ils ont contracté.
Cela dit, on apprend de certains professionnels de l’élevage d’ovins et de bovins que l’utilisation du blé dur et tendre dans les formules alimentaires des ruminants, notamment dans les formules alimentaires des animaux domestiques, ne peut être assimilée du point de vue nutritionnel au maïs et à l’orge. «Compte tenu de la cherté de ces derniers, on peut s’attendre au sein de la grande famille des éleveurs une augmentation de l’usage des blés. C’est d’ailleurs le cas dans l’alimentation des vaches laitières», nous a souligné un responsable des services de la production animale auprès du ministère de l’Agriculture. Ce dernier nous a, par ailleurs, affirmé : «L’utilisation des blés dans l’alimentation des bovins et ovins donne des résultats de production tant en lait qu’en viande moins importants que celle du maïs et de l’orge.»
D’autres experts en matière de nutrition avancent à l’unanimité que «compte tenu des fluctuations du prix des matières premières végétales, il peut s’avérer intéressant d’utiliser le blé dans le régime des ruminants, en remplacement partiel du maïs et de l’orge». Un avis qui a certes ses opposants. En effet, il est difficile de concevoir qu’une partie de nos importations en céréalière primaire, lourdement facturées, soient destinée à l’aliment de bétail. Mais pour l’heure, les éleveurs ne disposent pas d’une autre alternative à moins de s’engager dans des frais supplémentaires. Ce qui n’est pas du tout évident pour une grande partie d’entre eux. Mais si tel est le cas, cela va se traduire par une augmentation sensible du coût de revient pour une bonne conduite d’élevage. Et par voie de conséquence, des prix exorbitants sur la viande rouge locale. Il s’agira donc aux pouvoirs publics de réunir les conditions adéquates qui puissent mettre un terme à l’utilisation de blé dans l’aliment de bétail.