Par Milina Kouaci
La note visant à interdire aux pharmaciens d’effectuer des analyses médicales au sein de leurs officines continue de faire parler d’elle puisque la tutelle a entamé l’exécution de la note, alors que les professionnels expriment leur désapprobation. Ce qui peut augurer d’un bras de fer entre les deux parties.
Selon des professionnels, des Directions de santé publique (DSP) envoient, ces derniers jours, la note de discorde aux pharmaciens exerçant sur le territoire national leur recommandant de cesser d’effectuer des analyses médicales au sein de leurs officines. Certaines DSP ont même accordé un délai aux pharmaciens pour cesser cette activité, nous dit Messaoud Belambri, président du Syndicat national des pharmaciens d’officines (Snapo). Pourtant, il s’agit d’une activité inscrite sur le registre de commerce des pharmaciens, s’indigne M. Belambri, qui construit son argumentaire sur les lois en vigueur.
«Le code du commerce inscrit ce paramètre sur notre registre de commerce et l’actuelle loi sanitaire nous autorise à le faire. Par ricochet, effectuer des analyses est une activité légale qu’on exerce dans la légalité», poursuit notre interlocuteur. «Nous assurons des services de santé conformément à l’article 179 de la loi sanitaire», soutient encore M. Belambri, qui met en avant la compétence et l’habilitation technique et professionnelle du pharmacien dans la mesure où il détient les connaissances adéquates et requises pour effectuer des analyses médicales. «Les pharmaciens offrent un service de santé publique, mais on leur interdisant d’effectuer des analyses, les citoyens seront lourdement pénalisés, notamment ceux de zones enclavées ne disposant pas de laboratoires d’analyses médicales», dit M. Belambri. Il indique à titre d’exemple que «Tamanrasset dispose de trois pharmacies et d’un médecin en hématologie qui effectue des analyses. Dans le cas où les autorités compétentes ferment les locaux aux pharmaciens et interdisent aux hématologues d’effectuer des analyses en dehors de celles liées à la spécialité de l’hématologie, la population aura un problème de santé publique d’accessibilité aux soins».
Alors qu’ailleurs dans le monde, les pharmacies sont devenues de véritables espaces de santé, «chez nous, les pharmaciens font des examens d’orientations élémentaires et de base spécialiste (groupage, cholestérol…) qui ne demandent pas un grand laboratoire ou la présence de spécialiste, mais qui sont nécessaires pour le médecin afin qu’il établisse un diagnostic et prescrit des médicaments», ajoute M. Belambri. Le président du Snapo rappelle qu’il a toujours plaidé pour l’instauration d’un cadre réglementaire définissant les modalités de réalisation des analyses médicales au sein de l’officine, à commencer par une liste définie des paramètres réalisables et autorisés. «L’article 179 de la loi sanitaire nous autorise à faire des analyses, mais il reste à définir les paramètres réalisables en pharmacie et dans quelles conditions et les modalités de réalisation des analyses médicales», souligne-t-il.
Aussi, dans ce qui peut accentuer la crise, la DGSSRH a mis en garde les pharmaciens ne respectant pas la réglementation de la profession de pharmacien d’officine de «sanctions administratives pouvant aller jusqu’à la fermeture de la pharmacie». Or, le Snapo revendique «le droit d’élargir la pratique officinale», conformément aux recommandations de l’OMS en rejetant toutes les tentatives actuelles pour diminuer le rôle et les compétences de pharmacien. n