Le ministre de la Santé annonce une stratégie nationale de lutte contre le tabagisme.

Par Sihem Bounabi
A l’occasion de la célébration de la Journée internationale sans tabac, célébrée le 31 mai de chaque année, placée cette année sous la thématique «Tabac et Covid-19 : je m’engage à arrêter de consommer du tabac», le ministre de la Santé, de la population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, a annoncé, hier, le renforcement d’un plan national intersectoriel pour lutter contre le «fléau du tabagisme». Affirmant que cette lutte «est un défi national et social, car la propagation de la consommation du tabac dans la société constitue un danger pour la santé publique, avec de graves conséquences sanitaires et économiques».
Intervenant à l’occasion de l’ouverture d’un colloque consacré à «la lutte contre le tabagisme», organisé hier à Alger, le ministre de la Santé a souligné l’enjeu crucial de la réussite de cette stratégie de la lutte contre la consommation de tabac du fait que les études sur le terrain ont démontré que «la consommation de tabac est la principale cause de l’augmentation des maladies non transmissibles, à l’instar des maladies cardiovasculaires et des cancers». Réitérant le constat amer que la propagation de la consommation de tabac «est une menace sérieuse pour la santé publique et a de graves répercussions économiques et sociales», le ministre de la Santé a tenu à mettre en exergue le spectre dangereux qui pèse sur la santé des nouvelles générations en citant des statistiques pour illustrer l’ampleur du phénomène ainsi que les dangers sanitaires que cela représente à l’avenir. Ainsi «la propagation de la consommation du tabac à fumer chez les personnes âgées entre 18-74 ans a atteint un taux de prévalence de 16,2% en 2017, et de 8,8% chez les jeunes de 13-15 ans en 2013».
Face à la propagation galopante de ce fléau, le ministre de la Santé a affirmé que la lutte contre le tabagisme constitue une des priorités de son secteur mais également de l’Etat algérien. Il a déclaré à cet effet que «la lutte contre le tabagisme sera incluse comme axe stratégique dans le plan national de lutte contre les maladies non transmissibles».
A cet effet, le ministre de la santé, tout en rappelant que «l’Algérie figure parmi les premiers pays en Afrique à avoir paraphé, en 2006, la convention-cadre pour la lutte antitabac», il a annoncé le renforcement de la mise en place d’une stratégie nationale multisectorielle dans le cadre de la lutte anti-tabac. Il s’agit en premier lieu de mettre en place une coordination entre les différents ministères, les structures de santé et la société civile pour l’efficacité du plan de lutte contre le tabagisme. Deuxièmement, le ministre a appelé à la nécessité d’appliquer strictement la loi sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Il a tenu à tacler son propre secteur en les appelant à donner l’exemple pour l’application de cette décision, déclarant qu’«il est strictement interdit de fumer dans l’enceinte des structures hospitalières et de santé qu’elles soient publiques ou privées». Il appelle ces structures à inclure dans leur règlement intérieur les articles du décret exécutif n°285 /01 daté du 25 septembre 2021, qui définit les sanctions administratives et disciplinaires dans le cas du non-respect de l’interdiction de fumer dans les espaces publics. Abderrahmane Benbouzid a également annoncé le lancement d’une campagne nationale anti-tabac pour sensibiliser sur les dangers du tabac, ainsi que la mise en place d’une stratégie nationale pour aider à arrêter de fumer à travers un système d’accompagnement pour le sevrage des fumeurs. Sur ce point, il a annoncé que son département a mis en place «53 unités de consultation d’aide au sevrage tabagique dans le cadre de la stratégie nationale de lutte antitabac», soulignant que «ces unités sont réparties à travers l’ensemble du territoire national, que certaine sont opérationnelles depuis des années et d’autres le seront incessamment»
Intervenant dans le cadre des travaux de ce colloque, le Directeur général de la prévention et de la promotion de la santé, Djamel Fourar, a rappelé que le tabagisme fait 8 millions de victimes chaque année dans le monde, relevant que plus de 7 millions de ces décès sont dus à la consommation du tabac proprement dite et environ 1,2 million au tabagisme passif.
De son côté, le professeur Ali Halassa a mis en garde les fumeurs sur le fait qu’ils sont davantage exposés» à de graves complications au cas où ils sont atteints de la Covid-19», précisant que «le risque est double pour cette catégorie de personnes». En effet, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a alerté que les fumeurs courent un risque jusqu’à 50 % plus élevé de développer une forme grave de la Covid-19 et d’en mourir, dans un communiqué publié à l’occasion de Journée mondiale sans tabac.
Le premier responsable de l’OMS a ainsi déclaré que cesser de fumer «est la meilleure chose que les fumeurs puissent faire pour réduire leur risque face à ce nouveau coronavirus, outre le risque de développer des cancers, des cardiopathies et des maladies respiratoires». <