En chômage technique imposé par la pandémie du coronavirus, depuis mars dernier, les taxis inter-wilayas se demandent pourquoi les pouvoirs publics tardent à prendre la décision de leur permettre de reprendre du service comme cela a été décidé dans d’autres secteurs de services. « Cet arrêt de travail nous a occasionné d’incommensurables dommages, ce que nous ne pouvons plus supporter », lâche Hocine Aït Braham, membre du bureau de la Fédération nationale des taxieurs algériens. Ce dernier, contacté hier par Reporters, n’a pas mâché ses mots : «Il faut au plus vite que le gouvernement prenne cause pour notre situation et nous permettre de reprendre la route. » Ce dernier arguant « l’obligation de ranger notre outil de travail et gagne-pain dans notre garage a généré un important manque à gagner ». Comme il nous a révélé que de nombreux taxieurs inter-wilayas, pour subvenir aux besoins de leurs familles et ne pouvant faire autrement ont franchi le pas. Celui de repeindre leur véhicule et de travailler clandestinement sur la même ligne qui leur était accordée». Aït Braham nous rapporte entre autres que « ce qui exacerbe le plus les taxieurs inter-wilayas, qui ont pris leur mal en patience, c’est la passivité des forces de l’ordre qui ne font rien pour sanctionner les clandestins ». Nous indiquant à ce sujet : « Il suffit de faire un tour du côté de la station de taxi du Caroubier et, particulièrement, aux abords de la station de carburant pour se faire une idée sur le phénomène de la clandestinité. » En effet, Reporters, qui s’est rendu sur les lieux, a pu constater de visu le nombre impressionnant de personnes dans l’attente d’un taxi clandestin sans parler des personnes proches de leur véhicule en stationnement sur l’espace qui annoncent à haute voix leur destination et dont la clientèle doit débourser une majoration sur le tarif officiel. Et sur ce dernier point, Abdelkader, fonctionnaire à Sétif, nous a avoué que « pour rendre visite à un proche parent alité, je n’ai pas eu d’autre choix pour me rendre à Alger que de solliciter un taxieur clandestin ainsi que pour le retour. Mais ce que je tiens à dire c’est que je ne comprends pas pourquoi les taxis inter-wilayas n’ont pas repris du service du moment où les taxieurs s’engagent à respecter les mesures de distanciation entre leurs clients à bord. Autrement dit, de réduire le nombre de passagers ». Une approche que ne partage Mahmoud, technicien dans l’industrie du froid, rencontré sur les lieux. Pour ce dernier, « certes, les taxieurs ont réduit le nombre de leurs passagers mais, toujours est-il qu’ils font payer à leurs clients la différence entre la recette avec le maximum de passager et celle réduite. En clair, les quatre clients à bord payent un surplus dont le total équivaut aux tarifs des places manquantes lors du trajet. En somme, le taxieur trouve parfaitement son compte, puisque ce sont souvent des taxieurs officiels qui ont basculé dans la clandestinité ». Une tendance qui, selon Hocine Othmani, membre de la Fédération des taxieurs inter-wilayas, se généralise de plus en plus. « En raison d’une forte demande de personnes dans le besoin de se déplacer, ces dernières n’ont d’autres alternatives que de prendre place dans un véhicule non autorisé à ce type de service », explique ce dernier à Reporters. « Ce qui est regrettable c’est qu’au moment où des centaines de taxieurs attendent avec impatience la levée d’interdiction de reprendre la route et souffrent d’un manque de revenus, les clandestins profitent de l’aubaine pour prendre la place des taxis et réaliser le cas échéant de très belles affaires. Covid-19 ou pas, les clandestins le moins que l’on puisse dire tirent leur épingle du jeu en cette période d’interdiction d’exercer imposée aux taxieurs inter-wilayas. Lesquels ruminent leur colère mais pour encore combien de temps ? Selon Hocine Aït Brahim, se basant sur les échos qui lui sont parvenus, « la décision de reprise de service est pour bientôt, avançant même la date du 26 août prochain et cela dans le sillage du déconfinement progressif décidé dernièrement par le gouvernement », a-t-il avancé. Si c’est le cas, les taxieurs concernés vont enfin réinvestir les aires de stationnement qui leur sont réservées dans la wilaya de leur résidence. n