« L’Algérie sera, aujourd’hui et demain, un défenseur et un acteur convaincu d’une organisation continentale pensée et promue par les Africains et pour les Africains », soulignait, hier, Ahmed Ouyahia, à l’ouverture des travaux du 11e Sommet extraordinaire de l’Union Africaine. L’Afrique des Africains, que tentait de défendre encore le Premier ministre, est confrontée à de multiples enjeux tant au plan politique qu’économique.

Au plan politique, la voix de l’Afrique peine à se faire entendre sur des questions si cruciales engageant la planète, à l’image de l’environnement et du réchauffement climatique, sur les crises qui se déclarent çà et là, voire sur son sol, alors qu’au plan économique le Continent noir n’avance que peu ou prou sur les projets d’intégration économique et du libre-échange.
L’idée d’une zone africaine de libre-échange est revenue récemment sur le devant de la scène à l’occasion d’un sommet extraordinaire de l’UE qui lui a été consacrée à Kigali, au Rwanda. L’idée a fait son petit bout de chemin au sein des institutions de l’Union Européenne sans que les Etats africains parviennent à mettre en place cette Zone de libre-échange continental africaine (ZLECA).
L’idée n’est pas nouvelle, mais fait face à la résistance de certains Etats. Cependant, le projet n’a jamais été défendu aussi clairement et de façon aussi précise par l’Algérie qui, depuis toujours, a été le défenseur des intérêts de l’Afrique aussi bien en Afrique que dans le concert des Nations. Lorsque l’Algérie évoquait le projet d’une zone africaine de libre-échange, avant et pendant le sommet de l’UA à Kigali, ce n’était guère un simple projet de coopération et d’échanges commerciaux qu’elle évoque. Mais une organisation « pensée et promue par les Africains et pour les Africains », pour reprendre les propos d’Ahmed Ouyahia.
Le propos est d’autant plus important qu’il est non seulement à forte connotation politique mais également très convertible aux défis économiques auxquels est confronté le Continent noir. Faute d’une intégration régionale qui peine à aboutir sous l’effet des influences politiques et des pressions géopolitiques, 80% des exportations africaines partent à l’étranger, principalement vers l’Union européene, la Chine et les Etats-Unis, alors que l’essentiel des besoins du Continent sont importés.
C’est ce qui explique la faiblesse du commerce intra-régional qui ne représente que 10% à 12% du total du commerce du continent contre 40% en Amérique du Nord et 60% en Europe de l’Ouest.
Même au plan des échanges de l’Afrique avec le reste du monde, la balance était souvent au profit de ses partenaires. Les échanges entre l’Europe et l’Afrique se sont élevés à 286 milliards d’euros en 2015 avec une balance favorable pour l’UE de 22 milliards, si on se fie aux données les plus récentes en la matière.
Quant aux échanges commerciaux de l’Afrique avec la Chine, le volume a atteint 149,2 milliards de dollars en 2016 (56,9 milliards d’importations et 92,3 milliards d’exportations chinoises), selon le ministère chinois du Commerce. A cette année-là, la Chine était pour la huitième année le plus grand partenaire commercial de l’Afrique : loin devant la France et l’Allemagne, mais dont la balance était largement en sa défaveur.
Avec les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), qui ont pris position sur le continent, la courbe des échanges n’est pas non plus en faveur du Continent noir.
Pour ne citer que le Brésil, ses échanges avec l’Afrique ont totalisé 12,433 milliards de dollars (dont 7,830 mds d’exportations brésiliennes) en 2016, mais il était de 28,5 milliards en 2013. Pour ainsi dire, faute d’une intégration économique à laquelle l’Algérie n’a jamais cessé d’appeler que ce sont les autres puissances économiques qui en profitent.
Le marché africain, qui compte déjà plus d’un milliard de personnes et qui va continuer à grandir (2,5 milliards en2050 selon l’ONU), continue à être sujet à de multiples convoitises. D’où la nécessité d’accélérer dans le projet de création d’une Zone de libre-échange continental africaine (ZLECA).