Par Khaled Remouche
Sur le papier, le continuum Moyen-Orient-Afrique du Nord (MENA) dessine la forme d’un tigre économique. Les pays de la région disposent en effet d’un sous-sol parmi les plus riches au monde. Ils représentent un formidable capital humain et un marché de plusieurs centaines de millions de consommateurs et des perspectives d’investissement et d’échanges commerciaux parmi les plus prometteurs. Dans la réalité, la région MENA est l’un des espaces économiques les moins intégrés au monde : 10% de la totalité des échanges commerciaux et une Grande zone arabe de libre-échange (Gzale) qui n’a d’important, pour l’instant, que le nom alors qu’elle est en vigueur depuis janvier 2005.
Dans la réalité, également, l’actualité de la région reste celle de l’instabilité politique et sécuritaire dont souffrent plusieurs de ses pays : en Libye, en Syrie, au Soudan, au Yémen, au Liban etc. Sous nos yeux, un espace maghrébin qui a vocation d’être ouvert à ses habitants et à ses économies mais dont l’union économique et politique est plombée par le Sahara occidental, un problème de décolonisation. A les considérer toutes, on est enclin à ne pas rêver et à prêter attention à l’appel – réitéré par le secrétaire général de la Ligue et par les chefs d’Etats algérien et tunisien – à régler les conflits endogènes et à faire taire les dissensions et à les prévenir.
Cependant, l’appel lancé au sommet arabe d’Alger qui s’est terminé hier pour la relance de cette zone de libre-échange et pour l’accélération de l’union douanière, constitue des motifs d’espoir : des signaux sinon positifs au moins indicateurs d’une ambition que l’histoire et la géographie – ainsi que la logique économique – devraient aider à sa concrétiser. L’exemple du marché commun européen est là pour nous le prouver.
Dans son discours, le chef de l’Etat a souhaité la création d’un «bloc économique» comme une nécessité et surtout comme une réponse pratique aux atouts de la région : une grande disponibilité de ressources hydrocarbures et minérales, un riche capital foncier et d’importantes ressources financières dont une grande partie est transférée aux Etats-Unis et transformée en bons du Trésor américain ou en titres souverains.
Comment y parvenir ? Après la pandémie du Covid-19 et ses conséquences sur l’économie mondiale, il y a aujourd’hui une autre motivation d’ampleur à tenter l’intégration économique au niveau de la région MENA : la guerre Russie-Ukraine et ses leçons qui, toutes, poussent à la recherche de l’union et aux moyens de mieux se prémunir contre les effets des crises alimentaire et financière auxquelles nous assistons : des chocs extérieurs auxquels l’intégration économique régionale est une réponse viable.
La création d’une véritable zone arabe de libre-échange et d’une véritable Union douanière représentent les préalables à cette réponse. Un fonds de solidarité commun pour aider les pays moins nantis ou en difficulté financière serait le bienvenu. Une stratégie commune en matière alimentaire, qui a marqué d’une lourde empreinte les travaux du sommet d’Alger au niveau des experts et des ministres, constitue aussi une voie vers la constitution d’un bloc économique solide. L’usage des fonds d’investissement qatari ou émirati pour des investissements structurants dans les pays arabes est une autre possibilité de réalisation de cette grande ambition. La résolution de la question de la mobilité des ressources humaines et la suppression des visas constitue également un lieu de passage vers cet idéal. n