L’Instance nationale de dialogue et de médiation que coordonne l’ancien président de l’APN, Karim Younès, a procédé, hier, au niveau de son siège à Alger-Centre, à l’installation officielle de son comité des sages, qui portera désormais l’appellation de conseil consultatif.

Ce conseil compte actuellement une quarantaine de membres et, selon Karim Younès, leur nombre peut augmenter car la liste reste ouverte à toutes les bonnes volontés qui voudront faire profiter le pays de leur compétence. Outre les membres dont Reporters a publié les noms dans son édition d’hier, il y a également Mustapha Boudina, Benyahia Farid, Mohamed Azizi, Mostefa Hamouda, Mohamed Lahcène Zeghidi, Mohamed Salah Rouane, Saïda Neghza et Abdellah Hamoudi. Plusieurs membres du conseil consultatif n’étaient pas présents, car «certains habitent loin de la capitale et n’ont pas pu effectuer le déplacement dans un délai aussi court. En revanche, beaucoup d’autres sont venus de plusieurs villes du pays et même du Sud», nous a-t-on expliqué.
A propos de la représentation à l’étranger, Karim Younès a noté que «le panel, qui n’a pas de représentants hors du pays pour le moment, est ouvert à toute initiative à même de répondre aux revendications de la communauté algérienne à l’étranger», tout en affirmant que «le conseil consultatif constitue une force de proposition par le biais de la concertation et l’échange d’opinions». Le conseil est composé d’«élites nationales, en l’occurrence des universitaires, des intellectuels, des professionnels, et des acteurs de la société civile, ainsi que d’anciens cadres qui continuent à servir le pays avec abnégation et loyauté». L’adhésion de ces personnalités au panel a été «dictée par leur conviction de l’importance de répondre à l’appel du pays pour la recherche d’une voie consensuelle, à même de faire sortir l’Algérie de la crise politique actuelle et, partant, garantir une élection transparente et régulière, à la faveur d’un mécanisme indépendant qui se verra confier la mission de préparation, d’organisation, de surveillance et d’annonce des résultats» de l’élection présidentielle, a estimé le coordonnateur du panel. Tout cela intervient dans le sillage des «revendications populaires dont il tient compte, et qui appellent à un changement radical du régime politique, à travers un dialogue constructif, comme valeur constitutionnelle et mécanisme efficient pour réaliser les nobles objectifs escomptés», a-t-il dit, ajoutant qu’«une prolongation de la crise ne servirait pas les Algériens».
L’installation du conseil consultatif a été l’occasion pour les membres du panel d’animer une conférence de presse au cours de laquelle Ammar Belhimer a tenu à souligner que «le panel est un espace de médiation dont les membres sont crédibles et dont certains ont même souffert sous le régime décrié, comme ils ont fait partie du Hirak dès le début du mouvement populaire». «Nous sommes des Algériens, nous travaillons dans ce pays et vivons dans ce pays. Aucune personne du panel n’est contestée», a-t-il répondu à une question de la presse sur la composante du panel. Il a précisé, par ailleurs, que «la conférence nationale que prépare l’instance de dialogue devra se tenir avant la fin de l’année en cours». Cette conférence nationale sera organisée après que le panel de médiation aura tenu de larges consultations avec les différents représentants de la société algérienne. «L’Instance de médiation et de dialogue ne détient aucune plateforme préétablie», a déclaré Karim Younès, avant de préciser que «la plateforme finale reposera essentiellement sur les différentes plateformes proposées par acteurs de la société civile, les partis politiques et les personnalités nationales, outre les conclusions de médiation et de dialogue». La plateforme finale sera ensuite présentée au pouvoir qui s’attèlera à sa concrétisation conformément à la volonté populaire», a-t-il assuré, tout en réitérant que «le panel ne représente pas le Hirak ni le pouvoir». D’ailleurs, à l’installation du conseil consultatif, Karim Younès a tenu à préciser que les rounds de négociations et de médiations lancés répondent à «la revendication populaire de sortie de crise en allant à une élection présidentielle dans un délai raisonnable». Sur ce point, il a tenu à rassurer que dans la plateforme consensuelle, le panel procédera à la rédaction d’une charte qui devra être signée par tous les candidats à la prochaine présidentielle. Ce sera une sorte de charte d’honneur que le panel rédigera et en vertu de laquelle les candidats à la prochaine échéance électorale s’engagent à respecter et à appliquer les recommandations de la conférence nationale de dialogue et de médiation.

Belhimer défend l’option de l’élection contre la constituante
En réponse aux questions des médias se rapportant au choix de l’option de l’élection présidentielle, alors que d’autres courants appellent à une assemblée constituante,
M. Belhimer dira que le premier choix est le mieux adapté «face au vide constitutionnel auquel l’Algérie fait face et qui fait peur pour son avenir, alors que la période de transition avec constituante prend du temps et a montré ses limites dans des pays que nous connaissons tous». Cela d’autant, poursuit-il, que le futur président sera élu pour un mandat unique, après avoir signé une charte d’honneur à travers laquelle il s’engage à réviser la Constitution, les lois scélérates, etc.». «Y a-t-il un meilleur compromis ? Y a-t-il un meilleur moyen de s’exprimer pour le peuple que de le faire à travers les urnes ?», se demande-t-il avant de répondre : «L’urne est la meilleure expression démocratique du peuple. Les autres scénarios, ce sont des scénarios d’ONG étrangères ou autres, des scénarios de déstabilisation du pays. C’est mon avis et je le dis honnêtement en tant que patriote. Il faut rester dans l’ordre constitutionnel pour que ce pays reste debout et pour qu’on aille vers un lendemain meilleur».
M. Belhimer conclura sur ce sujet en affirmant : «On ne peut pas laisser un pays sans président de la République. Le vide constitutionnel est une aventure coûteuse, hasardeuse et dangereuse.» Quant à l’autodissolution de l’instance de dialogue, cette éventualité n’est plus d’actualité et la médiation et dialogue se poursuivront, en écoutant toutes les franges de la société jusqu’à obtention d’une plateforme qui satisfasse toutes les parties, selon le panel. Après avoir rappelé le parcours franchi par l’instance qu’il coordonne depuis son installation le 25 juillet dernier, Karim Younès a assuré, par ailleurs, qu’elle continuera à défendre tout ce qui se rapporte aux mesures d’apaisement, qu’il considère comme conditions sine qua non pour la réalisation des objectifs du dialogue et, par conséquent, pour sortir le pays de la crise et le mener à bon port.

«Nous comprenons les jeunes»
A propos des jeunes qui sont venus la matinée dire que le panel ne les représente pas, Mostefa Hammouda, membre du conseil consultatif, a déclaré : «Je comprends leur comportement. Je suis passé par là. C’est la fougue des jeunes. Ils ont raison de venir, de s’exprimer et de dire leur courroux. Ils sont vraiment à bout et nous les comprenons. Si j’avais leur âge, c’est sûr que je serai venu ici et j’aurai fait la même chose. Mais il faut qu’ils sachent que nous sommes là pour eux, car nous, notre avenir est derrière nous. Nous sommes là pour sauver notre pays et leur offrir une Algérie meilleure».
Un autre membre du conseil consultatif, Mouldi Aïssaoui, déclare, pour sa part, que «l’enthousiasme dont font preuve les jeunes est normal». Cependant, il dit déplorer la violence et l’extrémisme. «Nous les avons invité à s’exprimer, mais c’est dommage qu’ils l’aient fait d’une façon radicale. Ils disent non à tout. Nous les comprenons car nous avons eu leur âge à un certain moment… Ce serait bien qu’ils saisissent les enjeux et viennent exposer leurs idées eux aussi. Nous aimerions bien les écouter», a-t-il assuré.