Le coordonnateur de l’Instance nationale de médiation et de dialogue, Karim Younès a, encore une fois, mis en avant la nécessité de poursuivre le dialogue pour arriver à un consensus permettant d’aller à une élection présidentielle à même de mettre un terme à la crise qui secoue le pays depuis plus de six mois. Une élection qui devrait d’abord, a-t-il indiqué, passer par la mise en place d’une autorité chargée de l’organisation des élections, la révision de la loi organique portant régime électoral et par le départ du gouvernement actuel.

Ces déclarations ont été faites à l’occasion d’une rencontre de l’Instance de dialogue avec les membres de son conseil consultatif, samedi dernier, afin de faire un point de situation de ce qui a été réalisé jusqu’à présent par le panel, notamment après les consultations qu’il a menées avec les différents acteurs de la classe politique, de la société civile et autres. C’est ainsi que Karim Younès a appelé à «la poursuite du processus de dialogue avec tous les acteurs pour parvenir à un consensus national à même de sortir le pays de la crise politique qu’il traverse, et ce, par l’organisation d’une élection présidentielle régulière et transparente dans les plus brefs délais».
Sur le plan opérationnel, le coordonnateur du panel a fait état d’«importantes propositions pour dépasser cette situation difficile, notamment la nécessaire préparation du projet d’amendement de la loi organique relative au régime électoral et du projet de loi pour la création d’une autorité nationale indépendante chargée de l’organisation d’une élection transparente et régulière». Ces propositions, a-t-il précisé, ont été soumises à l’ensemble des acteurs politiques, à l’élite, à la société civile, aux représentants des organisations syndicales et professionnelles ainsi qu’à bon nombre de citoyens.
Sur un autre registre, celui du respect de la souveraineté populaire, l’accent a été mis sur «l’application des articles 7 et 8 de la Constitution, qui disposent que le peuple est la source du pouvoir, ainsi que sur la satisfaction des revendications du Hirak, notamment la démission de gouvernement actuel» et son remplacement par un gouvernement de compétences.
Ainsi, même si l’une des mesures d’apaisement a été éclipsée au fil des consultations à la demande des chefs de partis politiques, à savoir la charte d’éthique engageant le futur président sur un nombre important de points – dont la révision de la Constitution et les réformes politiques, économiques et sociales notamment-, celle du départ du gouvernement Bedoui est, elle, restée une constante sur laquelle personne n’est disposé à céder. C’est d’ailleurs l’une des mesures que toutes les parties et parties qui ont été consultés par l’Instance que dirige Karim Younès ont exigée. Le départ du gouvernement Bedoui a été présenté comme «une condition sine qua non pour la réussite du dialogue et, par conséquent, l’atteinte de l’objectif de l’organisation du scrutin présidentiel».
«Le départ du Premier ministre, Noureddine Bedoui, est devenu plus qu’une nécessité réclamée par tous ceux avec lesquels l’Instance de médiation s’est entretenue car, selon eux, c’est lui qui constitue une véritable entrave à certaines réalisations, en plus du fait que son départ sera à même de rétablir la confiance du peuple. Plus tôt il partira et plus tôt l’Instance de préparation, d’organisation et de contrôle des élections pourra être mise en place, et plus tôt le scrutin présidentiel aura lieu», a déclaré récemment un membre du panel à Reporters.
Ainsi, la demande consensuelle quant au départ de M. Bedoui et de son équipe constitue, selon toute vraisemblance, un point d’achoppement de taille, car le gouvernement trouve en le vice-ministre de la Défense nationale un fervent défenseur qui l’avait clairement fait savoir dans son discours prononcé lundi dernier. Un discours dans lequel il avait loué, par ailleurs, les efforts de l’Instance de dialogue, tout en qualifiant d’irréalisables les mesures d’apaisement réclamées dont la charte d’éthique. «Malheureusement, au moment où les fidèles et sincères enfants de cette patrie appellent à poursuivre la consolidation de la cohésion nationale et multiplient les efforts en privilégiant l’intérêt suprême de la nation, quelques voix fourbes (…) œuvrent par tous les moyens possibles à entraver le travail de l’Instance nationale de la médiation et du dialogue. Ils tentent, notamment, d’imposer des conditions irréalisables et des exigences rejetées dans leur totalité, notamment en faisant la promotion de l’idée de la négociation au lieu du dialogue et de la désignation plutôt que l’élection (…), outre la tentative de diffuser des idées sombres qui condamnent le futur président et lui imposent des agendas préétablis, et c’est là une pratique inacceptable, car incompatible avec les dispositions de la Constitution qui est claire dans ce domaine, et qui limitent les prérogatives du président élu, en dépit du fait que suite à son élection, il aura obtenu la légitimité de l’urne et jouira de la confiance du peuple qui l’a choisi sur la base d’un programme défini», avait déclaré Ahmed Gaïd Salah.
Il convient de noter que la conférence nationale que devrait organiser l’Instance avant la fin de l’année pourrait ne pas avoir lieu, selon le membre du panel Saïd Mokadem, car les partis qui ont participé au dialogue ne voient pas l’utilité de son organisation.