Le gouverneur de la Banque d’Algérie (BA), Salah-Eddine Taleb, a appelé depuis Washington la communauté internationale à se mobiliser pour relever «le défi» de faire face à l’insécurité alimentaire qui frappe le monde, notamment les pays les plus vulnérables. M. Taleb s’est exprimé lors d’un discours, dont l’APS a obtenu une copie, prononcé à l’occasion de sa participation aux travaux de la 46e réunion du Comité monétaire et financier international (IMFC) tenue le 13 et 14 octobre 2022, au nom de la circonscription comptant l’Afghanistan, l’Algérie, le Ghana, la République islamique d’Iran, la Libye, le Maroc, le Pakistan et la Tunisie. «Faim chronique, malnutrition infantile et maternelle, et pauvreté généralisée, toujours caractéristique des membres les plus pauvres, a été exacerbée par la flambée des prix des produits alimentaires dans le monde qui a plongé des millions de personnes dans la pauvreté, même dans certains pays à revenu intermédiaire», a-t-il expliqué dans son intervention. Il a donné, à ce titre, l’exemple du «triste sort» du peuple afghan avec «près de 4 millions d’enfants afghans gravement mal nourris», tout en saluant «le nouveau guichet de choc alimentaire du FMI, dans le cadre de ses mécanismes de soutien d’urgence qui devraient être accessibles à tous les membres éligibles de manière impartiale et avec le même sens de l’urgence». Dans son discours, M. Taleb a estimé que la «crise du coût de la vie» a touché «des pays vulnérables partout dans le monde et des groupes vulnérables dans tous les pays, y compris la classe moyenne, la plus dure». Il a expliqué, dans ce sens que l’économie mondiale «s’est encore affaiblie et ses perspectives sont devenus plus incertaines», en raison du «chevauchement» des crises mondiales «connectées et se renforçant mutuellement : la persistance du déséquilibre entre l’offre et de la demande engendré par la pandémie, les retombées de la crise en Ukraine, et l’envolée de l’inflation».
Soulignant que la surprise de l’inflation «semble aveugler les décideurs des principaux pays, les obligeant à prendre des mesures agressives pour resserrer leur politique monétaire», M. Taleb n’a pas manqué de relever les retombées «négatives» du resserrement des marchés financiers mondiaux sur les marchés émergents et les économies en développement (EMDE), y compris les économies frontalières et les pays à revenu intermédiaire de la circonscription qu’il représente. Cet impact se traduit, ajoute-il, par «la dépréciation de la monnaie, les sorties de capitaux, l’augmentation de la dette extérieure et le coût du service et l’accès réduit (voire perdu) aux marchés financiers internationaux».
Le gouverneur de la BA a appelé, également, à ce que la coopération mondiale pour la lutte contre la pandémie «doit se poursuivre pour aboutir à l’accessibilité mondiale aux vaccins, aux tests et aux traitements», déclarant qu’«à l’avenir, nous avons tous la responsabilité de remettre l’économie mondiale sur une piste durable et stable». M. Taleb a, en outre, remis en cause le maintien «des restrictions sur les exportations alimentaires de certains pays riches en denrées alimentaires, sur les médicaments de certains pays producteurs, et les sanctions à l’encontre de certains grands exportateurs de pétrole alors que le monde est en proie à une grande insécurité alimentaire et énergétique et à une crise sanitaire». Abordant la question du changement climatique, il a réitéré l’engagement, et l’importance accordés, par les pays qu’il représente, aux réformes transformationnelles nécessaires pour relever les défis liés au changement climatique au profit des générations qui suivent. «C’est autant une menace existentielle pour notre circonscription et pour la région MENA, que pour les autres circonscriptions et régions», a-t-il déclaré rappelant, à l’occasion, que la région qu’il représente a connu des inondations en même temps que des sécheresses «historiques». Le gouverneur de la BA a relevé la nécessité de «reconnaître et s’attaquer collectivement au partage très inéquitable des charges, où les pays aux empreintes carbone négligeables supportent le poids des externalités négatives associées avec la détresse climatique créée au fil des ans par les grands émetteurs». Par ailleurs, M. Taleb a demandé au FMI «d’assurer l’achèvement en temps opportun de la 16e révision générale des quotas d’ici décembre 2023», tout en appelant «à une formule de quota révisée qui protège la part des plus pauvres membres, et pour une augmentation des quotes-parts du FMI afin de réduire sa dépendance aux ressources empruntées et de renforcer sa capacité de prêt». n