Par Feriel Nourine
De nombreux pays continueront à subir les affres de l’extrême pauvreté dans les années à venir. Ils seront, en effet, 574 millions de personnes dans le monde à être contraints de vivre dans cette situation en 2030, selon les dernières prévisions de la Banque mondiale (BM), publiées dans son rapport annuel de 2022.
Ce nombre représente près 7% de la population mondiale, soit «un taux bien en deçà de l’objectif mondial de 3», indique la BM.
La régression des progrès dans la lutte mondiale contre la pauvreté est mise sur le compte de la pandémie de Covid-19 et ses conséquences sur la reprise économique mondiale. Celle-ci s’est opérée, et continue à s’opérer, dans un rapport d’inégalité entre les pays développés et ceux en développement.
«La pandémie a provoqué la pire régression dans la réduction de la pauvreté depuis des décennies, et la reprise post-covid s’est révélée très inégale», constate la BM, avant de citer d’autres facteurs s’étant dressés contre la réduction de la pauvreté dans le monde durant l’année dernière, dont «les hausses de prix de l’alimentation et de l’énergie causées par les chocs climatiques et les conflits (notamment la guerre en Ukraine)» qui ont freiné la reprise en faisant persister les signes de la pandémie.
«Placée sous le signe de l’incertitude, 2022 a connu une forte hausse de l’insécurité alimentaire et de l’inflation qui ont considérablement augmenté tout au long de l’année précédente», poursuit le document qui évoque également l’augmentation de la fréquence des catastrophes naturelles ayant «également provoqué de fortes hausses de prix de nombreux produits et intrants agricoles, notamment les engrais».
A cela s’ajoutent «les inondations dramatiques au Pakistan qui ont fait des centaines de victimes et déplacé des millions d’habitants, les sécheresses en Chine et dans la Corne de l’Afrique qui ont touché des millions de personnes», alors que «l’Europe a connu des vagues de chaleur caniculaire historiques et sa pire sécheresse depuis 500 ans», rappelle-t-on.
Par ailleurs, en 2022, la crise de la dette à laquelle sont confrontés les pays en développement «s’est aggravée», lit-on encore sur le rapport. «Les niveaux d’endettement cumulés de ces pays ont augmenté au cours de la dernière décennie, sachant qu’environ 60 % des pays les plus pauvres sont surendettés ou fortement menacés de l’être», explique-t-on à ce propos.
Cette situation prive les pays les plus pauvres de réaliser des investissements nécessaires pour leur développement, à l’instar des réformes économiques, de santé, ou en faveur de l’action climatique et de l’éducation. Ceci d’autant que les dettes sont essentiellement contractées auprès de prêteurs privés, selon le rapport de la BM dont la dette internationale était détenue à 61% par ces derniers à fin 2021. De plus «la dette bilatérale est marquée par le rôle grandissant de pays qui n’appartiennent pas au Club de Paris (tels que la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et autres préteurs non traditionnels)», fait-on savoir.
Pour 2023, aucun indicateur n’augure d’une amélioration d’un changement dans le bon sens, et la convergence de crises qui a marqué l’année 2022 continuera de freiner la croissance, prévoit la BM. «L’économie mondiale connaît actuellement sa plus forte décélération après une reprise post-récession depuis 1970. Et la confiance des consommateurs est déjà à un niveau bien inférieur à celui observé dans le passé avant des périodes de récession mondiale», écrit-elle, faisant remarquer que «les trois plus grandes économies du monde — les États-Unis, la Chine et la zone euro — ont fortement ralenti».
Dans un tel contexte, même un coup modéré porté à l’économie mondiale l’année prochaine pourrait provoquer une récession mondiale.
Un scénario pessimiste qui rejoint celui prévu par la Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, pour l’année qui commence. Laquelle connaîtra un ralentissement économique plus fort que celui de l’année dernière, a-t-elle indiqué à la chaîne américaine CBS, dimanche dernier.
La nouvelle année sera «plus difficile que l’année que nous laissons derrière nous (…) Pourquoi ? Parce que les trois principales économies – les États-Unis, l’Union européenne et la Chine – ralentissent toutes simultanément», a souligné la patronne du FMI.
Après le ralentissement de l’économie mondiale en 2022, sous l’impact d’une série de facteurs, dont notamment la guerre en Ukraine, l’inflation et la remontée des taux d’intérêt, 2023 sera l’année de la dégradation accentuée, estime Mme Georgieva, suite à la situation en Chine où la croissance peine à renouer avec des niveaux positifs, a-t-elle expliqué.
Les pays émergents ne seront pas épargnés par cette situation. Ils risquent même de payer doublement la facture de la récession annoncée sachant qu’ils sont très dépendants du dollar et qu’ils seront donc particulièrement exposés, alors que leurs économies ne possèdent pas la solidité des trois grandes économies mondiales. n