Le retour des pressions inflationnistes semble inquiéter le gouvernement qui, depuis quelques jours, multiplie les mesures afin de tenter une meilleure régulation des marchés.

Par Hakim Ould Mohamed
Dimanche dernier, le ministère du Commerce et de la Promotion des exportations a appelé, dans un communiqué, tous les agriculteurs à commercialiser leurs différents produits directement au consommateur, au niveau des marchés de gros et de détail à travers tout le territoire national.
Le but de cette instruction étant de lutter contre la spéculation et l’intermédiation dans la vente de gros et de détail des produits agricoles frais. Le même jour, le ministre du Commerce, qui réunissait les cadres centraux de son ministère et les directeurs régionaux et de wilaya, a donné des instructions «fermes» quant à l’impératif d’intensifier les opérations de contrôle au niveau des marchés de gros et de détail pour contrecarrer la spéculation, suite à la hausse des prix, relevée récemment, de certains produits de large consommation, notamment les fruits et légumes.
L’Office national des statistiques (ONS) a maintes fois tiré la sonnette d’alarme depuis le début de l’année, alertant sur une tension inflationniste palpable, dont le rythme n’a cessé d’accélérer depuis octobre de l’année dernière.
Les alertes à répétition de l’ONS ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd, puisque le chef de l’Etat, lors de la dernière réunion du Conseil des ministres, intervenant au terme de l’exposé, a mis en avant l’importance de maîtriser l’inflation. Les dernières mesures du ministère du Commerce et de la Promotion des importations obéissent à l’objectif de maîtriser l’inflation au moyen d’une meilleure régulation des marchés. Une approche défendue par le passé par la Banque centrale, qui avait estimé que l’inflation en Algérie tirait sa source principalement de la dérégulation des marchés. Cependant, même s’il s’agit d’une piste plutôt intéressante, celle de lutter contre la spéculation et l’intermédiation dans la vente de gros et de détail des produits agricoles, tant il est vrai que la hausse des prix est liée en partie à ce problème, force est de constater que les tensions inflationnistes de ces derniers mois ne trouvent pas leur origine uniquement dans la hausse des prix des fruits et légumes sur le marché domestique. D’ailleurs, la dernière note statistique de l’ONS pour le mois de juin dernier a montré que les prix des produits agricoles frais ont affiché une baisse de près de 4,9% par rapport à mai, induite essentiellement par une chute des prix des légumes (-11,6%), des fruits (-2,6%), de la pomme de terre (-12,2%) et de la viande blanche (-3,0%). Cependant, les prix des produits alimentaires industriels sont caractérisés par une hausse de 2,2%, traduisant un relèvement des prix des huiles et graisses (+14,9%) et des sucres et produits sucrés (+2,4%) en juin dernier par rapport au mois de mai. Cela signifie que la hausse des cours des produits agricoles sur le marché international a contribué à la hausse du taux d’inflation en juin par rapport à mai.
Réforme des subventions et crainte d’une plus forte poussée inflationniste
Le rythme d’inflation annuel (juillet 2020 à juin 2021/juillet 2019 à juin 2020) était en revanche de +4,1%. Là aussi, la progression des cours des produits alimentaires sur les marchés mondiaux y est pour beaucoup. L’Indice FAO des prix des céréales a progressé en août dernier de 3,4% par rapport à juillet et un niveau supérieur de 31,1% à celui d’août 2020.
Les prix mondiaux du blé ont grimpé de 8,8% en août par rapport au mois dernier, en progression de 43,5% par rapport à leur niveau enregistré un an auparavant. L’Indice FAO des prix des produits laitiers était en progression de 13,6% en août 2021 par rapport à sa valeur au même mois de l’année dernière, alors que les prix du sucre sont à leur plus haut niveau depuis 2017.
Cette hausse des prix sur le marché mondial s’est traduite par une hausse des prix à la production et à la consommation, en témoignent d’ailleurs les données de l’ONS. Combinée à la dépréciation de la monnaie nationale, cette hausse des prix a eu pour conséquence une accélération du rythme de l’inflation depuis la moitié de l’année dernière, contribuant à une plus grande érosion du pouvoir d’achat. Les dernières mesures du ministère du Commerce n’ont aucune incidence sur les prix des produits alimentaires industriels, dont la hausse résulte plutôt de l’augmentation des prix des matières premières et la dépréciation du dinar, laquelle participe à son tour à des fins de paramètres macroéconomiques. Le risque d’une plus forte poussée inflationniste est à craindre, car le gouvernement prévoit une mise en œuvre de la réforme des subventions avant la fin de l’exercice actuel.