Angela Merkel découvre dimanche les paysages dévastés laissés par les inondations «du siècle» en Europe de l’Ouest, qui ont fait au moins 183 morts en Allemagne et en Belgique, un bilan qui s’alourdit chaque jour avec de nombreuses personnes portées disparues.

Par Christof STACHE
La chancelière allemande est arrivée peu avant 11h00 GMT (13h00 locales) en Rhénanie-Palatinat, dans le Sud-Ouest du pays, l’une des régions les plus touchées où 110 personnes ont trouvé la mort sur un total de 156 dans le pays. En Belgique, 27 personnes sont mortes. L’air grave, Mme Merkel a commencé à prendre la mesure de la catastrophe qui a touché le village de Schuld, non loin de Bonn, où la rivière Ahr s’est transformée en furie et a détruit une partie de la localité, selon les images de télévision. La dirigeante, qui se trouvait en visite à Washington au moment des crues meurtrières, dans la nuit de mercredi à jeudi, doit s’exprimer vers 12h30 GMT (14h40 locales). Si la tendance est à la décrue dans l’Ouest du pays, la situation se dégrade en revanche plus au Sud à la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche. En raison de fortes pluies localisées, des crues sont signalées et ont fait un mort côté allemand, a indiqué la police dans la nuit de samedi à dimanche. Un «plan catastrophe» a été décrété dans le district allemand de Berchtesgaden et plusieurs centaines de pompiers sont déployés. En Autriche, la vieille ville de Hallein est inondée et les pompiers en état d’alerte dans les région de Salzbourg et du Tyrol. A la frontière est du pays, entre Allemagne et République tchèque, des cours d’eau ont aussi débordé dans la région de Saxe samedi soir, provoquant des dégâts. Le vice-chancelier et ministre des Finances Olaf Scholz a promis l’adoption, dès la semaine prochaine en conseil des ministres, d’une aide d’urgence d’au moins 300 millions d’euros, avant un vaste programme de reconstruction de plusieurs milliards d’euros.
«Catastrophe»
Le pape François a exprimé dimanche sa «solidarité» avec les populations affectées par ces intempéries, qui ont affecté en outre les Pays-Bas, le Luxembourg et la Suisse. En Allemagne, les secouristes continuent de rechercher des disparus au moyen d’hélicoptères, de bateaux et de plongeurs spécialisés. «Nous vivons ici depuis plus de 20 ans et nous n’avons jamais rien vécu de tel», confie à l’AFP Hans-Dieter Vrancken, un habitant âgé de 65 ans du village de Schuld que visite Angela Merkel. «C’est comme la guerre», résume-t-il. Plus de 300 personnes étaient encore manquantes samedi soir rien que dans le canton entourant la ville de Bonn (Rhénanie du Nord-Westphalie) qui compte près de 600.000 habitants. Des dizaines de milliers d’Allemands sont affectés par la destruction de leur habitation ainsi que les coupures d’électricité, de gaz ou de lignes de téléphone. Sans parler des routes éventrées, ponts enfoncés et villes sous les décombres. Il s’agit de la plus grande catastrophe naturelle de l’histoire récente du pays. Le responsable de l’Association allemande des villes et des communes, Gerd Landsberg, a appelé dimanche à moderniser les systèmes d’alerte locaux, se désolant que «dans un premier temps cette catastrophe ait donné l’impression qu’il s’agissait de fortes pluies, sans que l’ampleur dramatique n’ait été communiquée». A un peu plus de deux mois des élections législatives, à l’issue desquelles Angela Merkel quittera le pouvoir, chaque candidat rivalise de propositions pour renforcer la lutte contre le réchauffement climatique, cause pour beaucoup d’experts des inondations.
Gaffe
Mais le favori pour succéder à la chancelière, le conservateur Armin Laschet, a commis samedi un faux-pas, en étant filmé hilare lors d’un hommage du chef de l’Etat aux victimes des crues. «Laschet rigole pendant que le pays souffre», écrit Bild, le journal le plus lu d’Allemagne. Devant l’indignation nationale, M. Laschet, également dirigeant de la région de Rhénanie du Nord-Westphalie, a présenté ses excuses. Dans toutes les localités sinistrées, pompiers, protection civile, responsables communaux, militaires, sont engagés dans un colossal travail de déblaiement et nettoyage des amas de débris boueux qui obstruent souvent les rues. «C’est un scénario d’horreur», commente Michael Kossytorz dans la ville dévastée de Bad Neuenahr-Ahrweiler. En Belgique, près de Liège (Est), l’usine du chocolatier Galler prend progressivement la mesure des dégâts causés par les inondations qui ont fait cinq morts et des dizaines de sinistrés dans la commune. Le bâtiment est saccagé, la production à l’arrêt. «L’usine est ici depuis 1976. On n’avait jamais connu d’inondation à Vaux-sous-Chèvremont», soupire Valérie Stefenatto, chargée de communication, inspectant en bottes le site où flotte une odeur entêtante de chocolat.
(Source AFP)