Suite aux dégâts impressionnants causés, mardi dernier, par les pluies dans la capitale et dans d’autres villes, le Président de la République Abdelmadjid Tebboune a ordonné à la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) de « diligenter immédiatement une enquête sur les causes ayant provoqué l’élévation anormale du niveau des eaux dans certaines routes et trémies», annonce un communiqué de la Présidence de la République.

L’annonce de l’ouverture de cette enquête par le plus haut magistrat du pays serait une réponse à la colère et la lassitude des citoyens qui subissent chaque année le même scénario catastrophique dès les premières averses du mois de septembre, soulevant la problématique de la responsabilité de l’Etat dans la maintenance des routes et des trémies et de la réalité du suivi des opérations de contrôle et d’opérations d’assainissement.
En effet, les images et les vidéos qui ont été relayées dans les différents médias et les réseaux sociaux démontrent l’importance des dégâts sur des routes et des trémies que la violence de ces pluies ne saurait justifier la gravité de leurs conséquences. Dans la capitale, une des images les plus parlantes est celle de la trémie du Ruisseau, pourtant récemment rénovée, dont le bitume a carrément était arraché. Un état de fait qui soulève la problématique de la maintenance des routes et du respect du cahier des charges imposé par les travaux publics à l’entreprise chargée de poser le goudron. Une autre image choquante qui circule sur les réseaux sociaux, dénonçant la corruption et les malversations des sous-traitants des travaux de voieries, est celle d’un quartier d’Aïn Naadja, touché par les inondations de mardi dernier et dont les habitants se sont mobilisés pour nettoyer un avaloir. Une fois celui-ci nettoyé, ils découvrent que l’avaloir est un trou qui n’est relié à aucune canalisation. Illustrant ainsi l’une des nombreuses malversations touchant les quartiers et qui devraient susciter l’intérêt des enquêteurs. Là où le bât blesse, des opérations de contrôle et d’assainissement des avaloirs et des infrastructures de voieries sont annoncées dès la fin du mois de juillet et jusqu’à la fin du mois d’août de chaque année, pour finalement arriver au même résultat d’inefficacité sur le terrain. Aux premières gouttes de pluie, ce sont les mêmes images d’une capitale qui se noie, avec des chaussées éventrées, des voitures emportées par la crue et des quartiers transformés en piscines de boue et de détritus.

Problématique du contrôle et de la maintenance
Pourtant, au niveau de la capitale, les services de la wilaya d’Alger ont fait savoir que les équipes de l’entreprise Asrout, chargée de l’assainissement d’une partie des avaloirs de la capitale, ont effectué, dans la nuit du 7 au 8 septembre dernier, 137 interventions dans 58 communes de la capitale. Il est aussi précisé que ces équipes d’Asrout ont évacué au total 1 034 tonnes de déchets solides et de gravats au cours de la même période.
Soulignons que les camions de l’entreprise ont l’habitude d’évacuer des tonnes de gravats abandonnés sur les trottoirs dans plusieurs quartiers, à la suite des travaux engagés sur la voirie par des sous-traitants d’entreprise publique tels que Sonelgaz, Algérie Télécom et Seaal. Selon différentes sources, ces gravats sont à l’origine de l’obturation des avaloirs et des regards. Et pourtant, la loi oblige ces sous-traitants à évacuer eux-mêmes les gravats et à remettre les lieux en bon état. Mais entre les textes et l’application, il y a un gouffre de négligence et d’absence de contrôle et de sanction. Logiquement, la véritable stratégie de prévention de ces dégâts récurrents devrait être dans l’anticipation et un travail en amont, avec une coordination efficace entre les différents services et ministères impliqués dans ces opérations. D’autant plus que les autorités sont conscientes que ce phénomène de pluies diluviennes sera de plus en plus fréquent suite aux changements climatiques qui impactent la région du bassin méditerranéen. Mais dans les faits, bien que les Bulletins de météo spéciaux (BMS) sont toujours lancés avant le début de ces averses, ce qui est censé alerter et mobiliser les services concernés pour agir réellement sur le terrain, il faut attendre le passage de l’orage pour que les autorités interviennent avec de sempiternelles promesses de prise en charge. Au final, ce sont les services de la Protection civile et de la Sûreté nationale qui parent aux dégâts.

Poursuite de la mobilisation sur les routes
Mobilisée dès les premières heures des intempéries, la DGSN annonce, dans un communiqué publié hier, que les services de Sûreté de wilaya d’Alger ont tracé un programme spécial de sécurité applicable au niveau des routes et quartiers en vue de décongestionner les axes ayant connu des embouteillages plus denses du fait des dernières intempéries sur la capitale. Il est également précisé dans le communiqué que la Sûreté nationale « œuvre, depuis le début des chutes de pluie, à assurer la fluidité de la circulation », notamment en intensifiant les patrouilles motorisées au niveau des axes principaux et secondaires, et au moyen de scooters et motos à l’intérieur des zones urbaines et en périphérie. « Les éléments de la Police s’emploient à faire évacuer la bande prévue pour les cas d’urgences et les unités opérationnelles interviennent instantanément dans les cas de véhicules en panne », a précisé la même source. Dans le même contexte, les patrouilles des services de Police de l’urbanisme et de la protection de l’environnement « signalent tout embouteillage résultant des avaloirs obstrués entravant ou bloquant carrément la circulation ». Par ailleurs, les différents services de Sûreté de wilaya d’Alger ont intensifié leurs activités de sensibilisation au profit des conducteurs de véhicule, leur rappelant les recommandations relatives au respect du code de la route et aux précautions à observer en cas d’intempéries.
La DGSN rappelle que le numéro vert 1548 et celui de secours 17 sont mis à la disposition des citoyens pour recevoir tout signalement 24H/24. Des numéros verts qui seront certainement utiles, puisque au moment où nous mettions sous presse un nouveau BMS est publié annonçant des averses de pluies orageuses accompagnées parfois de chutes de grêle et de rafales de vent, affectant plusieurs wilayas du Centre et de l’Est et se poursuivront tout au long de la journée d’aujourd’hui jusqu’en début de soirée.