A moins de deux mois du scrutin présidentiel, une nouvelle initiative est lancée par vingt personnalités politiques expliquant qu’il n’est pas possible d’envisager de véritables élections dans les conditions actuelles. Cette initiative qui se veut celle d’une voie de sortie qui passe nécessairement par la mise à plat des dissemblances et éventuellement le report du scrutin du 12 juin appelle en même temps à des «mesures d’apaisement pour réunir les conditions nécessaires au déroulement libre et transparent du prochain scrutin». Les personnalités signataires de cet appel ont fait partie pour la majorité d’autres initiatives antérieures de sorties de crise et d’offres de dialogue. Des initiatives qui n’ont malencontreusement pas reçu un écho favorable ou une prise en charge sérieuse de la part des décideurs. Ces initiatives ont vite été enterrées par une évolution mouvementée des événements et un pouvoir irrémédiablement arc-bouté dans une position qui refuse de sortir d’un canevas établi. Au cœur d’une crise politique inédite dans l’histoire du pays toute offre politique en dehors du système semble inaudible. Ce refus de faire confiance à des initiatives qui pour la plupart sont concoctées en dehors des relais traditionnels du système n’est à l’évidence pas surprenant. Les initiatives politiques de ce type ont de tout temps été exclusivement le produit du pouvoir politique, qui invite les partis et autre société civile à y adhérer après avoir actionné les «appareils» pour donner le «la». Ces offres de solutions émanant souvent de personnalités notoires de la sphère politique semblent jusqu’ici inefficientes et ne récoltant pas de réponses palpables qui ouvrirait des possibilités de dialogue. Le pouvoir semble visiblement refuser de façon franche toute initiative n’émanant pas de l’intérieur du système. Il est inutile de dire que ces postures rigides ont joué un grand rôle à faire perdurer une crise qui avait à mainte reprise la possibilité de trouver un début de solution consensuelle. Depuis le début de la crise, le départ de Bouteflika et le basculement du pays dans une phase d’instabilité politique chronique, il y a eu souvent çà et là des initiatives prônées par certaines figures du microcosme politique. Ces dernières, face à l’impasse et la gravité de la situation, tentent d’offrir des voies de sortie à un système qui semble s’être lui-même enfermé dans l’impasse. Il y a à l’évidence un décalage apparent entre les différentes initiatives politiques de sortie de crise et un pouvoir visiblement décidé à aller au bout de sa logique sans se soucier des contingences. Les personnalités qui ont signé les différentes initiatives auront certes à leur décharge le fait d’avoir tenté, mais ils devraient particulièrement se faire à l’évidence de l’inanité de ce type d’effort politique qui aurait pu avoir un avenir concret en d’autres temps. En plein phase pré-électorale, il semble difficile d’imaginer que le pouvoir adhère à ce type d’appel et remettre en cause un processus qui semble irrémédiablement lancée.n