Si sur le plan social, la rentrée s’annonce plutôt chaude d’ici quelques semaines avec les dépenses qui interviendront durant la période de l’Aïd, puis de la reprise des classes, en politique, c’est la fièvre qui ira crescendo, d’autant que l’on est d’ores et déjà au cœur du sujet.

Contrairement aux années précédentes, la vie politique durant cet été 2018 n’a pas été morose, même après que le Parlement avec ces deux chambres eut libéré les députés et les sénateurs pour un congé de deux mois depuis début juillet. La session parlementaire s’ouvrira le deuxième jour ouvrable du mois de septembre prochain. Pourtant, cette année, les Algériens n’auront pas attendu le début de l’exercice législatif pour voir la scène politique s’animer. En effet, il n’y a pas eu de trêve d’été. La raison est toute simple. L’élection présidentielle prévue en avril de l’année prochaine a contraint tous les partis politiques, sinon la majorité de ceux qui, d’habitude, ont une présence, à sacrifier leurs congés. L’échéance vaut bien ce sacrifice, dans l’espoir de se positionner. Ainsi, depuis plus d’un mois, la scène politique n’a pas connu de répit. A l’heure actuelle, les évènements atteignent une vitesse de croisière jamais imaginée, surtout lorsqu’on entend le patron du parti du Front de libération nationale (FLN), première force de la majorité, parler franchement de campagne électorale. Les choses vont tellement vite que dans un mois ou deux, la vie politique ressemblera à une arène de luttes des uns contre les autres. Ce qui a le plus marqué ces dernières semaines, ce sont, en effet, les initiatives politiques des partis. Parmi ces initiatives, celle du président du Mouvement de la société pour la paix (MPS), Abderrezak Makri, pour un consensus national, est de loin celle qui s’est imposée le plus. Le chef du parti islamiste a eu le mérite d’« insuffler une dynamique dans la scène politique », a reconnu avant-hier, le secrétaire général du RND, et néanmoins Premier ministre, Ahmed Ouyahia, à l’issue de sa rencontre avec Amar Ghoul, président de TAJ.

 

« Foire aux initiatives »

Parlant des rencontres justement, la série de consultations qu’a menée Makri qui a reçu des chefs de parti et est allé à la rencontre d’autres, en vue de convaincre de sa démarche, a occupé la chronique politique et continue d’alimenter les analystes. Loin de son échec, de son maintien ou de sa réussite, cette initiative aura fait sortir les partis de leur sommeil. Et pour cause, Makri a, par courage ou par erreur de stratégie, évoqué des concepts qui continuent de partager : la période de transition, le candidat du consensus et l’intervention de l’institution militaire, pour une sortie de crise. Très vite, les partis de la majorité présidentielle ont accepté d’accueillir Makri dans leurs sièges respectifs, car il fallait mettre les points sur les « i » sur ces questions.

Et ce fut donc le refus catégorique, puisque le FLN, comme le RND et TAJ ont rejeté toute implication de l’armée dans la chose politique, exprimé leur opposition à une période de transition et mieux encore, ont trouvé l’occasion pour réitérer leur appel au président Abdelaziz Bouteflika, afin de « poursuivre sa mission à la tête du pays », en d’autres termes briguer un cinquième mandat de suite. Dans le camp de la majorité, la dynamique ne va pas s’arrêter et les partis enchaînent les rencontres bilatérales, annoncent un grand conclave, pour soutenir la candidature de Bouteflika qui, pourtant ne s’est pas encore prononcé.

Un suspense de plus qui contribue, lui aussi, à tenir en mouvement la scène politique par des réactions, appels et propositions. C’est ainsi que le Parti des travailleurs (PT) de Louisa Hanoune continue de défendre son initiative consistant à rassembler 1,5 million de signatures et appeler le chef de l’Etat à intervenir pour convoquer l’élection d’une Assemblée constituante. En parallèle, d’autres partis et personnalité dont Djilali Souifiane, Ahmed Benbitour, Yasmina Khadra et Zoubida Assoul, ont lancé en juin le mouvement Mouwatana, appelant Bouteflika à « ne pas briguer un 5e mandat ». 

 

Suspense continu

Ainsi, au fur et à mesure que les jours passent, les partis font connaître leurs intentions vis-à-vis de la présidentielle de 2019.

Qui pour soutenir un autre mandat de Bouteflika, qui pour appuyer un candidat de consensus et qui pour se lancer en cavalier seul. Reste que certaines formations politiques n’ont pas encore donné les éléments permettant de connaître leurs positions : le RCD, Talaie El Hourriyet, le PT et le FFS entre autres. Ce qui permettra encore de tenir en haleine la vie politique en attendant la rentrée. Une rentrée qui n’aura qu’à dévoiler un peu plus les différentes positions avec plus d’éléments d’analyse. A cela s’ajouteront les débats qui vont animer l’Assemblée populaire nationale (APN).