PAR NAZIM BRAHIMI
L’offre politique de «rassemblement» du président Tebboune, qui a reçu dans la matinée d’hier au palais d’El Mouradia, Abdelaziz Belaïd, chef du Front El Moustaqbal, après avoir échangé, 48 heures plus tôt, avec Abdelkader Bengrina et Soufiane Djilali, tend à susciter des réactions de divers courants politiques et autres observateurs de la scène nationale. Quelques jours seulement après le lancement de ces rencontres politiques et en attendant que soit annoncé, de manière officielle, le contenu de l’offre, ses partenaires et ses objectifs, les réceptions sont multiples au sein de la classe politique alors que le remaniement du gouvernement, dont a parlé récemment le chef de l’Etat, serait imminent. Si des formations politiques ont d’ores et déjà fait part de leur adhésion à l’initiative, d’autres acteurs mettent en avant la nécessité, pour le pouvoir politique, de prendre des mesures de détente et d’apaisement afin de donner plus de chances de réussite à la démarche. Sans appartenance partisane, le diplomate et ancien ministre, Abdelaziz Rahabi, a estimé, dans une tribune rendue publique mardi, que seules des «mesures de confiance» peuvent conférer de la crédibilité au dialogue annoncé. M. Rahabi a considéré que la société, dans ses composantes civile et politique, a toujours montré son «aptitude au compromis et sa disposition à accompagner tout effort pour sortir du statu quo mais, le pouvoir politique s’était toujours enfermé dans sa logique de rapport de forces». Estimant que «cette attitude a d’ailleurs fragilisé l’Etat et failli provoquer son effondrement».
Pour M. Rahabi, cet effondrement est «redouté par les patriotes, attendu par les aventuriers au sein et en dehors du pouvoir et souhaité par des acteurs hostiles à l’Algérie», mettant en garde que «ce risque n’est pas totalement écarté et valide, à lui seul, toute initiative de dialogue et de concertation – quelle qu’en soit l’origine – entre le pouvoir exécutif et la représentation politique, sociale et économique».
Estimant que la question qui se pose de façon récurrente est «comment établir des mesures de confiance de nature à rendre possible et concrète la volonté de rassemblement exprimée dans le discours politique et comment la décliner de façon concrète dans la vie politique quotidienne, l’ancien ministre a relevé que «les contours de l’offre indirecte du chef de l’Etat gagneraient à être explicités pour que cette initiative soit comprise et entendue».
Il a expliqué, à ce propos, qu’il est «nécessaire de réunir certaines conditions politiques», soulignant que «les plus urgentes sont liées aux questions du libre exercice de la politique par les partis politiques, les syndicats, le mouvement associatif et la société civile dans son ensemble». M. Rahabi a indiqué qu’on «ne peut valablement et sérieusement envisager un intérêt politique pour le dialogue sans le règlement de la question des entraves à l’exercice de l’action politique partisane et sans lever les limites à l’exercice du droit constitutionnel à une information objective, libre et responsable», regrettant ce qu’il a considéré comme «la persistance de multiples formes de pression de l’Administration dans la vie politique, ce qui a pour effet d’altérer le climat politique et de le mettre en contradiction les engagements du chef de l’Etat».
Dans le registre des libertés, M. Rahabi a estimé que «notre pays a besoin de médias crédibles et de qualité évoluant dans un climat de liberté et de transparence pour accompagner un projet politique national porté par la justice, l’égalité en droits et en devoirs et la prospérité partagée et convaincre une opinion publique nationale majoritairement jeune, exigeante car éduquée et servie par une offre mondiale conséquente».
Il a ajouté aussi qu’il est «difficile d’envisager une adhésion à l’offre de rassemblement faite par le chef de l’Etat sans une volonté déclarée et un engagement concret en faveur du contrôle populaire des richesses nationales» qui reste au centre des préoccupations des Algériens qui ont assisté à une privatisation systématique et organisée du bien public.
Pour le diplomate, «une large concertation participera à la régénération du débat pour aboutir à la plus large adhésion possible et à un large consensus autour des mesures à adopter dans cette conjoncture de désordre mondial», faisant remarquer qu’en Algérie, comme ailleurs, «tout le monde attend tout de l’Etat en situation de crise et la société ne s’implique pleinement que lorsqu’elle a le sentiment d’avoir été impliquée et sa voix entendue».
M. Rahabi a conclu sa réflexion en soulignant que «la mission du chef de l’Etat n’est pas aisée tant la tradition de dialogue fait défaut dans la vie politique de la nation mais la réalisation d’un destin commun passe inéluctablement par la recherche des valeurs de la concertation permanente et des vertus du respect mutuel».
De son côté, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a fait part de son «scepticisme», estimant que «s’il y avait une réelle volonté, elle aurait œuvré à réunir les familles des détenus injustement incarcérés en violation de la Constitution et des traités internationaux, en libérant tous les prisonniers politiques et d’opinion et en arrêtant les poursuites arbitraires contre les militants et acteurs politiques». <