Les partis politiques des «Forces du changement» comptent introduire un nouveau préalable à la tenue de l’élection présidentielle présentée par le pouvoir comme seule solution de sortie de la crise qui secoue le pays depuis le 22 février dernier. Il s’agit de «l’abrogation des articles de la Constitution qui accordent beaucoup de prérogatives, plein pouvoir, sans aucune restriction, au président de la République», a appris Reporters, hier, en marge de la rencontre d’évaluation des préparatifs de la conférence nationale du dialogue qui devra se tenir le
6 juillet prochain.
La présente Constitution étant qualifiée d’«arme redoutable entre les mains de n’importe quel président, il est tout à fait normal que les articles en question doivent être abrogés avant l’élection présidentielle», a souligné notre interlocuteur. Il estime que «ce préalable pourra peut-être convaincre d’autres partis et parties de nous rejoindre dans notre initiative, car c’est le point qui nous semble le plus important et le plus urgent à revoir dans la Constitution avant la présidentielle, le reste des amendements pouvant être effectué après le scrutin», a-t-il ajouté.
Pour les «Forces du changement» – rejoint dans leur initiative par des syndicats, des organisations de la société civile et estudiantine -, qui comptent présenter une plate-forme unifiée au pouvoir, il est «important de revoir radicalement tous les mécanismes de préparation et du déroulement de l’élection présidentielle» pour «garantir un scrutin régulier et transparent», à commencer par la mise en place d’«une instance indépendante d’organisation des élections avec une composante qui aura une représentativité au niveau local». Parmi les autres préalables, on retient l’appel des Forces du changement au «départ des symboles du régime, surtout l’actuel gouvernement», ainsi que «l’installation d’un conseil présidentiel ou d’une personnalité consensuelle pour gérer le pays pendant la période de préparation de l’élection».
L’initiative que comptent présenter les «Forces du changement» pour le dialogue avec le pouvoir est constituée d’un mélange entre les solutions politiques et constitutionnelles. «Même les solutions politiques reposent sur une base constitutionnelle, à savoir l’article 7 de la Constitution», assure-t-on.
«La solution politique n’est pas suffisante, la solution constitutionnelle non plus. La classe politique et les élites doivent trouver une issue qui allie les deux d’une manière consensuelle et responsable.
« Le peuple algérien, qui est sorti dans la rue par millions sait très bien qui a provoqué la crise que vit le pays et si la crise perdure, il pourra considérer que la classe politique et les élites ont échoué à trouver une solution. Si nous ne sommes pas responsables de la crise, nous avons la responsabilité de trouver des solutions. C’est ce que nous sommes en train de faire», selon le coordonnateur des «Forces du changement», Abdelaziz Rahabi.
Mais avant d’aller au dialogue avec le pouvoir, outre les préalables relatifs à la tenue de l’élection présidentielle proprement dite dans «des délais raisonnables avec un accord global», ce dialogue reste, cependant, «tributaire de la mise en place d’un climat favorable», a-t-il estimé. «Nous appelons, de ce fait, le pouvoir à prendre des mesures allant dans le sens de l’apaisement, à ne pas entraver l’action politique, à ouvrir les médias publics, notamment la télévision, et à cesser de harceler les manifestants. Le pouvoir doit participer à asseoir la confiance», a-t-il souligné.
En résumant les objectifs de la conférence, qui porte désormais le nom de «Forum national de dialogue», M. Rahabi, a déclaré que la rencontre du 6 juillet «sortira avec une déclaration politique et une conception détaillée de l’instance, sur sa présidence, sa composante, ses prérogatives, son fonctionnement, sa représentation au niveau des wilayas et son autonomie matérielle et administrative. L’organisation des élections est tributaire d’une réelle volonté de tenir le scrutin présidentiel. Il ne restera alors qu’à arrêter une date».
Il mettra également en exergue le fait que l’initiative qu’il représente a reçu 27 plateformes de sortie de crise, précisant que ce sont des contributions de personnalités, de syndicats, de la société civile et de partis politiques, qui ont été étudiées et intégrées dans le document final qui servira de plateforme pour le dialogue avec le pouvoir.
Les «Forces du changement» comptent élargir le dialogue au RCD et au FFS et souhaitent que ces deux partis, qui ont lancé l’initiative des forces de l’alternative démocratique, les rejoignent. «Nous sommes en contact permanent avec eux pour les amener à participer à la conférence. Nous voulons qu’ils viennent avec l’initiative qu’ils ont lancée dernièrement, soit le 26 juin dernier à laquelle j’ai d’ailleurs assistée», a affirmé M. Rahabi.
Notons que les «Forces du changement» ont obtenu l’autorisation d’organiser leur forum, à l’Ecole supérieure d’hôtellerie et de tourisme d’Alger à Aïn Benian.<