Par Halim Midouni
Lundi 6 juin, le chef de l’Etat a reçu en audience le président d’El-Fadjr El-Djadid, Tahar Benbaibeche. Il a également entendu Fatima Zohra Zerouati du parti TAJ. Ces deux chefs de partis ont indiqué aux médias que leur rencontre avec M. Tebboune s’est inscrite dans le cadre des consultations qu’il mène depuis plusieurs semaines à El Mouradia en vue de tâter le pouls du pays, selon l’expression d’un responsable politique déjà reçu à la Présidence, et en perspective de l’«initiative de rassemblement» qu’il compte lancer dans les jours prochains, probablement, à l’approche des festivités du 60e anniversaire de juillet 62 et de la fête de l’indépendance.
Hormis les déclarations des responsables des formations politiques que le président de la République a reçus, selon lesquelles il s’apprêterait à prendre des décisions «ambitieuses» (dixit Tahar Benaibeche) qui visent à créer un «front interne solide» (dixit Mme Zerouati), très peu d’indications ont filtré sur les hautes intentions politiques qu’on prête au premier magistrat du pays, si ce n’est qu’il a abordé tous les sujets politiques, économiques et socio-économiques de l’actualité nationale, la réforme de la politique des subventions et des aides de l’Etat au pouvoir d’achat comprises.
Les seuls éclairages qu’on a ce sujet, depuis qu’il a entamé ses consultations début mai dernier, résident dans les commentaires des leaders politiques et du chef de l’UGTA qu’il a reçus jusqu’ici et qui ont tous affirmé – ceux des formations qui ne sont pas classées comme des partisans inconditionnels de M. Tebboune – qu’ils ont été écoutés sur les questions de libertés en général et des détenus aujourd’hui incarcérés au motif qu’ils sont poursuivis pour des infractions aux lois de la République, notamment en matière de sécurité et d’ordre public, alors que la majorité d’entre eux se revendiquent du mouvement populaire pour le changement, le Hirak.
Le débat n’est pas dans l’actualité ou pas de ce mouvement, ont résumé anonymement à Reporters certains de ces leaders et d’autres qui n’ont pas encore été conviés à la présidence de la République, mais dans le fait qu’il y a actuellement dans les prisons algériennes des personnes qui n’y ont pas leur place et qu’il ne serait que justice de les voir libérés, relaxés ou, pour certains, de les laisser en liberté provisoire en attendant que les tribunaux statuent définitivement sur leur cas.
Le moment du 60e anniversaire est politiquement et «institutionnellement» exceptionnel pour que le chef de l’Etat fasse un geste qui ne serait pas seulement positivement significatif de son mandat, mais de l’évènement historique que les Algériens s’apprêtent à vivre le 5 juillet prochain. Il serait alors bon que le président s’engage à protéger davantage la liberté d’expression, nous confiait récemment à l’occasion d’un échange inopiné et informel Soufiane Djilali, le président de Jil Jadid.
La dépêche de l’agence de presse officielle APS annonçant le 3 mai dernier l’«initiative de rassemblement» la présente sous le dessein de la «main tendue», une formulation qui suppose une action politique d’envergure pour souder les Algériens. Elle devrait avoir une étendue extra-conjoncturelle et concerner des sensibilités fondamentalistes, dont les représentants ont été exclus par la guerre antiterroriste durant la décennie noire. L’actualité dominante fait ainsi penser à ce sujet aux militants de Rachad, en particulier ceux en désaccord avec les figures de proue de cette organisation islamiste active par ses discours sur le web, par ses actions à l’étranger et cherchant à chasser sur les terres de la diaspora. Parmi eux, ceux qui ont annoncé en mai dernier leur intention de créer le mouvement «Irchad», dont l’objectif est de regrouper tous les dissidents de Rachad autour d’une ligne politique sans contradiction avec les intérêts vitaux de l’Algérie : comprendre opposée à celle considérée comme dangereuse et pyromane qu’incarne actuellement un Larbi Zitout et les cyber islamistes et affiliés qui ont une audience sur les cyber médias.
Un des indicateurs de cette dissidence, synonyme d’une déconfiture de Rachad, nettement perçue dans le discours inquiet de Larbi Zitout dans son «live» du 6 juin dernier, est la sortie récente du dissident Yahia Mekhiouba, dont les critiques contre Zitout ont emporté un autre cyber activiste, Amir DZ, soupçonné comme d’autres de servir des agendas internationaux hostiles à l’Algérie et d’être manipulés ou en collusion avec des officines en relation avec ces agendas. A suivre. n