La grande figure de la culture et de la musique algérienne, Idir, a été mise sous terre hier après-midi. L’auteur, compositeur et interprète a été inhumé dans un cimetière parisien dans la «stricte intimité familiale» en raison des contraintes imposées par la crise sanitaire due au nouveau coronavirus, ont indiqué ses proches.

Synthèse Farid Ainouche
Sa disparition à l’âge de 71 ans après une longue maladie clôt une page glorieuse de la musique algérienne d’expression kabyle et une séquence décisive du combat identitaire auquel il a pris part avec une persévérance égale à sa tranquillité et au ton révolté, mais serein qui était le sien pour rappeler combien l’Algérie est consubstantielle à l’amazighité et réciproquement. A la triste nouvelle de son décès, nombreux sont ceux qui ont souhaité le voir rejoindre sa terre natale et gagner le repos éternel à Ath Yenni, ce piton kabyle qui la tant inspiré et fait de lui aux yeux du public et des artistes de différentes générations une icône du patrimoine national dans son versant berbère. Mais le sort et les circonstances liées à la pandémie et à l’enfermement planétaire qu’elle a imposé en ont décidé autrement. Il restera l’hommage national incarné notamment par le message condoléances du chef de l’Etat qui a regretté la perte d’une «icône de l’art algérien».
Né en 1949 à Tizi-Ouzou, Idir, Hamid Cheriet de son vrai nom, s’est produit sur de nombreuses scènes internationales. Il s’est associé en homme d’esprit et d’ouverture à d’autres musiques et d’autres cultures. Dans son dernier album «Ici et ailleurs», sorti en 2017, il a sollicité la contribution d’interprètes français de renom comme Charles Aznavour, Patrick Bruel, Francis Cabrel ou encore Bernard Lavilliers.
S’il a été propulsé au devant de la scène musicale nationale et internationale par cette création du début des années soixante-dix avec l’apport poétique de Benmohamed, Idir n’est pas uniquement l’homme «A Vava Inouva», un tube planétaire, diffusé dans pas moins de 77 pays et traduit dans une vingtaine de langues, mais d’un répertoire passé à la postérité par son caractère à la fois enraciné dans la culture algérienne kabyle, qui savait distinguer la richesse d’autres cultures en résistance permanente ( on n’oubliera pas son expérience musicale avec le breton Alan Stivell) et universel par son rayonnement international.
L’artiste, qui aimait partager, n’hésitera pas à partager son patrimoine avec d’autres chanteurs algériens : reprise de «Zwits Rwits» avec Khaled, devenue «El harba win», revue d’«Azwaw» avec Cheb Mami , ou recréation de «Ttighri bwegdud», chanson engagée avec Amazigh Kateb et l’étoile montante de la chanson kabyle, Rezki Ouali.En 2018 le chanteur a retrouvé son public après une absence de près de 40 ans à la faveur de deux grands concerts animés à Alger avec une trentaine de musiciens sur scène et devant un public de plus de 5000 spectateurs à chacune des représentations. Salut l’artiste.