C’est une grande figure de l’Eglise catholique d’Algérie et un Algérien pratiquant, pourrait-on dire, qui a été inhumé, hier, selon ses vœux en terre algérienne. Sa «patrie choisie», selon son neveu, sur laquelle il aimait tant cultiver le dialogue des religions et des cultures. Pour devenir une partie de son histoire…

Un vibrant hommage a été rendu hier à la basilique Notre-Dame-d’Afrique à l’ancien archevêque d’Alger, Monseigneur Henri Teissier. La cérémonie, débutée tôt dans la matinée, a été marquée par la présence d’anonymes, de fidèles, d’ambassadeurs et de représentants du gouvernement, mais surtout des membres de la famille d’Henri Teissier, qui ont accompagné la dépouille mardi soir en Algérie.
L’ancien archevêque d’Alger, disparu le 1er décembre dernier à Lyon à l’âge de 91 ans, avait, en effet, «fait le vœu» d’être inhumé à la basilique d’Alger, dans son pays d’adoption. Son neveu Patrick Destremau dira, notamment «le symbole le plus parlant et le plus émouvant» aura été de voir le cercueil «d’Henri drapé du drapeau de l’Algérie, sa patrie choisie. Il est et sera pour l’Algérie une voie, un chemin, il fait partie de l’histoire du pays».
Cérémonie organisée très simplement, malgré toutes les contraintes imposées par la situation sanitaire, toutes les prises de paroles entendues hier ont unanimement salué la mémoire d’un homme décrit comme «un bâtisseur de passerelles», un «disciple de l’Evangile, qui a consacré sa vie à ces liens qui se tissent d’un peuple à l’autre, au dialogue qui refuse de s’éteindre». Ainsi son neveu, en rappelant que Monseigneur Henri Teissier, ordonné prêtre pour le diocèse d’Alger en 1955, avait demandé et obtenu la nationalité algérienne dès 1966, explique que c’était «un homme de dialogue et de foi». Sa vision dépassait les différences de doctrine. Il disait «l’Eglise en Algérie, particulièrement depuis l’Indépendance, n’est pas seulement la représentante des Chrétiens, mais l’Eglise du peuple algérien dont l’identité est musulmane».
Déclaration et vision des choses largement prouvées par les actes, l’ambassadeur de France en Algérie François Gouyette précisera à ce propos que Mgr Henri Teissier «avait la foi pour boussole et l’amour de son prochain pour gouvernail», au moment où «les Hommes se cherchent des différences pour s’éloigner les uns des autres. La vie d’Henri Teissier est une extraordinaire source d’inspiration». L’ambassadeur de France rappelle également que l’ancien Archevêque d’Alger, «apôtre du dialogue interreligieux», avait fait le choix de rester en Algérie durant les moments les plus difficiles de la décennie noire : «Il n’a jamais renoncé à la terre d’Algérie même quand ce choix le mettait en danger. Le départ n’était pas concevable.» Une présence décrite comme une mise en pratique de sa foi et un moyen de venir en aide. ‘Tant de témoignages le disent aujourd’hui’, Henri Teissier a protégé et sauvé des amis algériens, des journalistes, des intellectuels, des anonymes aussi, tous menacés par les terroristes. Il se voulait comme Charles de Foucauld, le frère universel, frère des Hommes de toutes les confessions».
L’ancien archevêque d’Alger repose désormais dans le transept de la basilique aux côtés de son prédécesseur l’Archevêque Léon-Etienne Duval. Tous deux ont contribué en des périodes différentes au maintien de l’Eglise et de la communauté chrétienne en Algérie, nous dira en substance le Père José Maria Cantal Rivas, recteur de la basilique Notre-Dame-d’Afrique : «Après l’Indépendance, Monseigneur Duval avait contribué à ce que l’Eglise reste en Algérie, Monseigneur Henri Teissier a sans doute été celui qui a permis à ce que l’Eglise reste durant la décennie noire». Directement menacées, «les personnes» étaient ainsi libres de partir si elles le souhaitaient, «mais nous, en tant qu’Eglise, nous ne prendrons jamais cette décision», expliquait Henri Teissier, se souvient le père José Maria Cantal Rivas. Avant d’ajouter : «Qui dit Eglise, dit religion et vision de Dieu. Partir d’Algérie aurait été comme dire que Dieu ne peut pas insuffler le bon dans les cœurs, et cela serait grave». En ce sens, il est rappelé que même à cette époque difficile, «il appelait les gens à venir en Algérie. Si nous devons vivre ensemble, ce n’est pas là où tout se passe bien. Il disait que c’est ici en Algérie, au moment où elle est victime de violence, que quelque chose est en jeu. Il croyait en l’Algérie, son pays».
Revenant par ailleurs sur la «mission» que s’était donnée l’ancien Archevêque d’Alger, le recteur de la basilique Notre-Dame-d’Afrique explique : «Une phrase m’avait marquée, il disait en tant qu’évêque à l’archevêché d’Alger que la mission, y compris religieuse, est de se faire proche de celui dont on aurait pu être éloigné, c’est-à-dire faire le premier pas vers l’autre». Monseigneur Henri Teissier a, en effet, été décrit hier comme un homme toujours très proche, toujours à l’écoute des fidèles, mais également des autres communautés. «Il s’intéressait à la vie de tous les chrétiens, c’est dans sa foi chrétienne qu’il trouvait l’énergie pour construire des ponts, et il nous a insufflé cet esprit». Le représentant du Vatican, Simon Cassas, lira, de son côté, une lettre du Pape François, dans laquelle ce dernier s’est recueilli sur l’âme du défunt. L’Archevêque d’Alger, Mgr Paul Desfarges, de son côté, et après avoir remercié les autorités algériennes pour avoir permis que la dépouille du défunt soit rapatriée en Algérie pour y être enterrée, a tenu à souligner que son prédécesseur s’était «engagé aux côtés de l’Algérie et ce, depuis la Guerre de libération».
Pour sa part, le représentant de la Tariqa Alawiya, Cheikh Khaled Bentounès, a adressé un message lu en son nom dans lequel il a soutenu que le défunt homme de foi a «résisté à toutes les épreuves qu’a connues l’Eglise en Algérie et tous les événements traversés par ce pays». «Sans hésitation, il a décidé de continuer à vivre aux côtés de ses frères algériens et s’est montré un exemple de courage et de fraternité», a-t-il ajouté.
Notons également que le chercheur en Histoire et directeur de la revue Naqd, Daho Djerbal, qui a côtoyé de près le défunt, a tenu à souligner «le sacrifice en vies humaines» consenti par les religieux de l’Eglise d’Algérie durant la Guerre de Libération nationale, avant de se remémorer les échanges et la collaboration qu’il a entretenus avec le défunt Pasteur. Un religieux qui a encouragé la recherche et les chercheurs. n