Le général de corps d’Armée et ex-chef d’état-major de l’ANP a eu, hier, droit à des funérailles dignes d’un grand chef d’Etat : une gloire post-mortem grâce à ces milliers de personnes venues rendre hommage à sa dépouille et s’incliner à sa mémoire de grand soldat de l’ANP, le seul qui ait eu droit jusqu’ici à de si grands honneurs et à être salué comme une figure nationale majeure, avec, pour l’avenir du pays, des conséquences politiques certaines.

Le Général de corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), inhumé hier au carré des Martyrs du cimetière El-Alia, à Alger, a eu le moins que l’on puisse dire des obsèques des plus émouvantes et dignes d’un chef d’Etat. Les hommages et les adieux des citoyens et des officiels exprimés en masse renseignent sur la gratitude et la reconnaissance envers le défunt. Et cela a été perceptible dès les premières heures de la journée. A 07H30, la dépouille mortelle de Ahmed Gaïd Salah arrive au Palais du Peuple. Mais bien avant son arrivée, une masse compacte de personnes étaient déjà sur place, rassemblée derrière des barrières sur les trottoirs, autour du Palais du Peuple. Des citoyens, hommes et femmes, jeunes et même des personnes âgées, venus parfois de très loin, ont voulu marquer de leur présence les funérailles du défunt. Serrés les uns contre les autres, les citoyens se bousculaient en silence pour avoir une place de choix leur permettant d’apercevoir la dépouille du défunt. Visiblement très émus et même tristes, les citoyens venus lui rendre un dernier hommage étaient pour certains drapés dans l’emblème national quant d’autres tenaient le portrait du défunt. «Le général a eu un parcours historique», nous lance un citoyen tenant son portrait. Selon lui, «l’histoire retiendra que c’est Gaïd Salah et personne d’autre qui a obligé Bouteflika à renoncer à un 5e mandat et à démissionner». Un autre citoyen évoque «sa décision inédite de traduire les membres de la issaba devant la justice». «Qui aurait osé juger un Ouyahia ou un Sellal ? Ce sont des gens intouchables», lance un citoyen venu spécialement de Tébessa pour rendre un dernier hommage au général. Selon lui «Gaïd Salah avant son départ a débarrassé l’Algérie des ripoux».

Des officiels et de simples citoyens très émus
Mais à l’arrivée de la dépouille mortelle, les citoyens ont rompu leur silence : «Djeïch chaâb khaoua khaoua Gaïd Salah maâ chouhada (Armée-peuple sont des frères, Gaïd Salah parmi les chouhada)», «Gaïd Salah, héros de la Nation» et «Allah Akbar (Dieu est Grand)», criaient les citoyens tout au long du passage du cortège. On pouvait également entendre des youyous et même par moment des applaudissements. C’est que l’émotion était telle que les citoyens s’exprimaient chacun à sa manière. Entouré de nombreux motards, le cercueil en bois du défunt était recouvert du drapeau national et porté par plusieurs officiers. C’est le général Saïd Chengriha, qui assure l’intérim du chef d’état-major, qui a accueilli la dépouille. Sur le cercueil, on pouvait apercevoir le collier de «Sadr» de l’Ordre national du mérite, une dignité réservée habituellement aux chefs d’Etat, à laquelle l’avait élevé le président de la République Abdelmadjid Tebboune, lors de son investiture le 19 décembre. Et c’est justement Tebboune qu’on pouvait apercevoir en premier devant le cercueil où il se recueillait dans une intense ferveur qu’on pouvait aisément lire sur son visage, avant de présenter ses condoléances aux proches du défunt. Abdelkader Bensalah en a fait autant au même titre que de nombreux autres hauts responsables de l’Etat, à l’instar de Salah Goudjil vice-président du Sénat, Mohamed Charfi, président de l’Instance nationale indépendante des élections, du ministre de la Justice Belkacem Zeghmati, du secrétaire général de la présidence, Mohamed Amine Messaid, du secrétaire général par intérim du RND, Azzedine Mihoubi, des représentants de la direction des Douanes. Après les officiels, ce sont de simples citoyens qui sont entrés se recueillir devant le cercueil. Exposé durant quatre heures au Palais du Peuple, les citoyens ont eu tout le temps de rendre un dernier hommage au général et se recueillir sur sa dépouille. La majorité des citoyens hommes et femmes qui, se sont tour à tour et très brièvement recueillis sur le cercueil, n’ont pas manqué de verser des larmes de chagrin. «C’est un homme historique qui s’est sacrifié pour le pays. Il a tout fait pour tenir une élection présidentielle et respecter le cadre constitutionnel en empêchant toute transition pouvant conduire à la dérive», explique Mustapha, 32 ans, venu de Douira avec ses deux fils. A 11H35, le cortège funèbre s’ébranle du Palais du Peuple vers le cimetière d’El-Alia, accompagné d’une foule immense. Le véhicule militaire transportant le corps du défunt drapé dans l’emblème national et recouvert de nombre de gerbes de fleurs était suivi par des groupes de jeunes. «Djeïch chaâb maâk ya Gaïd» était l’essentiel slogan scandé par les citoyens à cette occasion. Le cortège, qui a emprunté les principales rues et artères de la capitale, passant notamment par la place Addis-Abeba, l’avenue de l’Indépendance, la place du
1er-Mai et l’avenue de l’ALN, était salué sur son passage par une nombreuse population. Beaucoup de citoyens ont accompagné le convoi funèbre jusqu’au cimetière d’El Alia. Il était, en effet, difficile de se frayer un chemin parmi la foule qui marchait comme un seul homme du Palais du Peuple à la place 1er-Mai en allant vers le cimetière d’El-Alia.

L’ultime adieu
Vers 13 heures, des milliers d’Algériens rassemblés aux alentours du cimetière d’El Alia attendent l’arrivée du cortège funèbre et ce n’est que vers 13H40 que le cortège est arrivé. Toute circulation automobile était impossible. Les artères menant au cimetière étaient toutes bondées et aucun véhicule ne pouvait y accéder. A 14H28 il y a eu l’accomplissement de la prière du mort (salat el djanaza) faisant suite à l’oraison funèbre lue par le général-major Boualem Madi, directeur de la communication et de l’orientation au ministère de la Défense nationale, dans laquelle il a rappelé le dévouement et le sacrifice du défunt pour la Nation. «Nous te promettons cher général de veiller sur l’Algérie» a-t-il lancé avec une grande émotion. Une demi-heure après, Gaïd Salah a été inhumé au carré des Martyrs. A 15H, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune remet l’emblème national qui recouvrait le cercueil à l’un des fils du regretté Ahmed Gaïd Salah. n