Par Feriel Nourine
La culture bancaire et financière est un passage obligatoire, voire incontournable, pour réduire réellement les fonds qui circulent dans l’informel et promouvoir l’investissement. C’est ce qu’a essayé d’expliquer le président du Conseil national économique, social et environnemental (Cnese), au forum «Algérie Maintenant».
Inscrivant cette culture sur le registre des «méthodes intelligentes» pour absorber les fonds alimentant le marché informel, M. Tir, le président du Cnese, n’a pas manqué de s’en prendre à la culture du système bancaire algérien, pointant du doigt le retard dont elle pâtit. En effet, la culture bancaire financière du pays accuse «beaucoup de retard ayant freiné le développement de l’économie», a-t-il relevé, avant de plaider pour «la nécessite de changer certains comportements entravant la production ou l’investissement».
L’intervenant a, par ailleurs, insisté sur «la nécessité de faire la distinction entre les deux notions de l’économie illégale et l’économie informelle». En ce sens, il expliquera que la première «repose sur les transactions frauduleuses et l’évasion fiscale», alors que la deuxième «concerne le non-écoulement des fonds sur le marché formel et les activités commerciales familiales ou ménagères ou non déclarées. Dans le même ordre d’idée, M. Tir a préconisé «le développement d’un modèle national d’évaluation de l’économie informelle et l’adoption de l’intelligence économique à travers la promotion de la recherche d’information et les modes de recherche ainsi que le développement des centres de recherche auprès des grandes sociétés».
Le président de la Commission d’organisation et de surveillance des opérations de bourse (Cosob), président de la Commission d’arbitrage financier et de politiques économiques au Cnese, Abdelhakim Berrah, a, lui aussi, déploré la faible culture bancaire et financière des opérateurs économiques, après avoir indiqué «que le financement de l’économie par le Trésor doit complémenter le financement bancaire».
La sortie du premier responsable du Cnese intervient moins d’une semaine après la nouvelle déclaration du président de la République rappelant la détermination de l’Etat à absorber les fonds circulant sur le marché parallèle par le biais de plusieurs moyens et mécanismes. Abdelmadjid Tebboune s’exprimait sur ce sujet lors de sa rencontre périodique avec des responsables de médias nationaux. En tête de ces moyens et mécanismes, il a placé la finance islamique «qu’il convient de généraliser à travers l’ouverture de nouvelles banques», a-t-il exhorté. En ce sens, M. Tebboune a mis l’accent sur l’impératif d’ouvrir un dialogue avec les propriétaires de ces fonds. «Cette économie a été autorisée par l’Etat. Elle est devenue forte durant la décennie noire, puis s’est développée pour atteindre actuellement 10 000 mds DA», a-t-il expliqué, non sans ajouter que la résorption de ces liquidités constitue «la principale préoccupation» et qu’«elle se fera «de la meilleure façon», a-t-il rassuré. Dans cette logique, l’Etat œuvrera à la récupération des fonds circulant sur le marché parallèle via plusieurs moyens, y compris l’éventuel recours à l’investissement dans des titres anonymes et sans impôt, a poursuivi le président de la République. A la question de savoir si cette démarche constitue une «amnistie», le Président Tebboune a fait savoir que «cela est une partie des règles du jeu», sans donner davantage de détails compte tenu de «la confidentialité du dossier». Le chef de l’Etat a, néanmoins, écarté la possibilité de recourir au changement de la monnaie nationale comme solution pour attirer la masse monétaire circulant sur le marché parallèle, estimant que cette mesure était susceptible de créer de longues files d’attente et compliquer la vie des simples citoyens. <