Le Conseil national des statistiques (CNS) s’apprêterait à prendre la place qui lui sied réellement sur l’échiquier national de l’information et de la statistique économiques. Sa relance a été annoncée pour «les prochaines semaines» par le ministre de la Numérisation et des Statistiques, Hocine Cherhabil, lors d’une rencontre tenue hier avec les départements ministériels en charge des statistiques, au niveau du Centre national de recherche sur l’information scientifique et technique (CERIST), à Alger, avec l’objectif de moderniser et développer le système national des statistiques.

Par Feriel Nourine
Dans cette perspective, des procédures juridiques nécessaires sont engagées, a indiqué M. Cherbali, qualifiant le CNS de «force de proposition et d’espace de dialogue concernant les questions ayant trait aux statistiques». Sauf que ledit conseil n’a pratiquement jamais jouit de ce statut mis en avant par le ministre de la tutelle, quand bien même sa composante brillait par des compétences universitaires et d’experts reconnus dans leur domaine de spécialité, en sus de représentants de départements ministériels et d’organismes publics, comme l’a précisé le même responsable. Créé en 1994, le CNS a, en effet, connu le même sort de la majorité d’organismes du genre mis en place, dans le même secteur des statistiques ou dans d’autres secteurs. Lancée en grande pompe sous l’ère de l’ex-ministre des Finances Karim Djoudi, cette institution, alors prometteuse par le rôle qui lui avait été assigné dans un paysage économique en besoin pressant de statistiques économiques nécessaires à son développement, n’avait pas tardé à connaître le même sort réservé à ses devancières sur le registre. Elle a été ainsi d’emblée privée d’indépendance et de liberté d’agir pour ses 37 membres désignés par décret pour un mandat de 4 années et présidé par l’autorité chargée de la statistique. Du coup, le CNS a passé son temps non pas à mettre la lumière sur les chiffres de l’économie nationale, mais à maintenir en place toute l’opacité érigée alors en mode de gouvernance par le système en place, privant l’ensemble des acteurs de la scène économique nationale d’une ressource statistique faite d’informations économiques fiables, donc susceptibles de contribuer au développement du pays. Malheureusement, que ce soit pour les chefs d’entreprises, les analystes et experts économiques ou encore pour des partenaires de l’Algérie, la visibilité et la prospective économique ne pouvaient se faire, dans la majorité des situations, qu’à travers les estimations macroéconomiques du FMI, de la Banque mondiale, en plus des chiffres énoncés dans la Loi de finances, regrettent ces derniers. C’est pourquoi, sans doute, la relance du conseil annoncée par Hocine Cherhabil devrait d’abord être celle de la la réhabilitation de cet organisme dans ses véritables et pleins pouvoirs d’indépendance, en harmonie avec sa mission initiale. Dans le détail de cette mission, il est indiqué, à ce jour, sur le site web de l’Office national des statistiques que «le conseil national des statistiques est chargé de l’élaboration de la politique nationale de la statistique et de l’information économique, de la coordination de l’élaboration et du contrôle d’exécution des programmes nationaux, sectoriels et spécifique de travaux statistiques conforme à la politique nationale arrêtée en la matière, de se prononcer et d’arrêter les méthodes, procédures et modalités de calcul et composition de tous les indices, indicateurs, agrégats et comptes servant de référence officielles, de veiller à la garantie effective du secret statistique ainsi qu’au strict respect de l’obligation statistique, de veiller à la promotion de la circulation de l’information statistique et au perfectionnement permanent des circuits assurant la disponibilité d’informations fiables, régulières et adaptées aux besoins des agents socio-économiques». La réhabilitation attendue du CNS a visiblement des chances d’être bien menée, dans la mesure où elle peut compter sur un discours officiel favorable à l’instauration de la statistique comme l’un des fondements du développement économique.