Les réunions FMI-Banque mondiale se tiennent dans un contexte de fortes turbulences de l’économie mondiale. Le conflit opposant l’Ukraine à la Russie et ses ramifications mondiales a entrainé un important renchérissement des cours des matières premières et des produits alimentaires de base, mettant à rude épreuves plusieurs pays importateurs.

Par Hakim Ould Mohamed
Les dysfonctionnements ayant affecté les chaines mondiales de distribution, la hausse des coûts du fret et les mesures de restrictions des exportations prises par les grands pays producteurs ont aggravé la situation, entrainant des déficits, voire des pénuries de certains produits. Face à ces multiples crises qui secouent l’économie mondiale, les réponses étaient jusqu’ici disparates et peu coordonnées, réduisant les chances de sortie rapide de la crise. Le conflit ukrainien a éclaté au lendemain d’un choc pandémique qui aura mis à genoux l’ensemble des économies, provoquant récessions, inflation et problèmes sociaux et autres difficultés en cascade. «Jamais autant de pays n’ont connu une récession en même temps, subissant une perte de capitaux, d’emplois et de moyens de subsistance. Dans le même temps, l’inflation continue de s’accélérer», a déclaré, il ya une semaine, le patron de la Banque mondiale, David Malpass, au cours d’une conférence à l’Ecole d’économie de Varsovie, retransmise virtuellement. Peu avant la tenue, cette semaine, des réunions annuelles des institutions de Bretton Woods, le patron de la Banque mondiale a indiqué qu’au-delà de la crise humanitaire immédiate provoquée par la guerre en Ukraine, «les contraintes et les perturbations de l’approvisionnement ont alimenté la hausse des prix et aggravé les inégalités dans le monde». D’autant plus que le conflit oppose les deux grosses cylindrées mondiales de blé et d’engrais et de plusieurs métaux.
La sécheresse intense que connait l’Amérique du Sud, grande région productrice de produits alimentaires, ne fait qu’aggraver la situation alimentaire mondiale et expose, par la même, de nombreux pays à une crise des prix alimentaires. «Un indicateur de cette pression alimentaire est visible quand l’inflation des prix alimentaires excède de 4% l’inflation générale», a noté David Malpass.
«A l’aune de cette mesure, 16% des pays en développement font déjà face à une crise des prix alimentaires, et leur nombre va encore augmenter dans les mois qui viennent».

L’Algérie, entre inflation et hausse des recettes
Outre l’inflation, plusieurs économies émergentes et en développement font face au fardeau croissant de la dette, laquelle a progressé pour atteindre un sommet de 50 ans, pour représenter 250% des recettes publiques. De son côté, la patronne du FMI, a indiqué que la guerre en Ukraine a aggravé l’inflation compromettant la reprise dans le monde non seulement cette année mais encore en 2023. Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, a indiqué que «pour dire les choses simplement: nous sommes confrontés à une crise se rajoutant à une crise», dans un discours prononcé en amont des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale. «L’impact de la guerre en Ukraine va contribuer à dégrader cette année les prévisions de croissance de 143 pays représentant 86% du PIB mondial», a souligné Kristalina Georgieva. La région MENA a globalement adopté une position neutre face à la crise ukrainienne, mais un impact macro-économique des sanctions contre la Russie par l’Occident n’est pas à exclure. L’OPEP+, dont l’Algérie est membre, s’en est tenue à ses augmentations de production convenues précédemment, ne prêtant pas trop attention aux demandes occidentales d’augmenter encore la production. Cette position a eu pour effet une flambée des cours du brut sur le marché mondial ; laquelle est la bienvenue pour une économie algérienne en sortie d’une crise pandémique aux conséquences sociales évidentes. Cependant, cette hausse des cours du pétrole et du gaz a provoqué une inflation galopante chez les partenaires de l’Algérie qui, combinée à la flambée des prix des produits alimentaires, a fait ressurgir le phénomène d’inflation importée ; l’indice des prix à la consommation a atteint 9% en février, en raison de la hausse des prix des produits alimentaires et des produits transformés. L’inflation a atteint au même mois, en glissement annuel, 7,6%. Au milieu de l’escalade des sanctions économiques contre la Russie, l’Algérie est appelée à jouer également un rôle diplomatique important même si le règlement du conflit reste fortement dépendant du dialogue bilatéral entre les deux pays en conflit. Globalement, comme pour de nombreux pays, l’impact de la crise ukrainienne et des sanctions contre la Russie pourrait se traduire, pour l’Algérie, par une hausse de l’inflation et des prix ainsi que par des difficultés affectant la chaine d’approvisionnement. Dans un rapport publié jeudi, la Banque mondiale a indiqué que dans la région MENA, qui dépend fortement des approvisionnements en blé de ces deux pays, le conflit va «probablement exacerber les pressions inflationnistes provoquées par la pandémie de Covid-19». Selon la Banque mondiale, le taux d’inflation devrait passer de 1,2% en 2021 à 3% cette année dans les riches pays du Golfe producteurs de pétrole. Les pays importateurs, eux, subiront une inflation de 3,7%, contre 1,4% l’an dernier. La région MENA dans son ensemble «est soutenue par le pétrole» et se porte «beaucoup mieux» que d’autres, explique Daniel Lederman, économiste en chef pour la région MENA. Mais la croissance y est néanmoins «insuffisante et inégale». <