Cela fait plusieurs années que les salaires des Algériens n’ont pas évolué ; la dernière en date remontant à 2012, année des rattrapages salariaux qui, rappelons-le, n’ont pas été sans conséquences, tout compte fait, sur l’évolution de l’inflation, laquelle flirtait alors avec la barre des deux chiffres.

Par Hakim Ould Mohamed
Depuis cette date, la Banque d’Algérie a dû mener des opérations de désinflation pour crever la bulle provoquée par la révision à la hausse des salaires avec, quelquefois, un effet rétroactif de plusieurs mois. Ces poussées de fièvre inflationniste, combinées aux conséquences du choc pétrolier de la mi-2014 et le rétrécissement des marges de manœuvre budgétaires de l’Etat, ont ensuite plongé les salaires dans une longue période de stagnation. Ce n’est qu’en 2019 que les rémunérations ont observé un léger mouvement haussier, de 2% seulement ; le salaire net moyen mensuel s’établissant à 41 800 dinars contre 41 000 dinars en 2018, lit-on dans une note diffusée, hier, par l’Office national des statistiques (ONS).
Il est vrai que la question du pouvoir d’achat a été occultée, ces dernières années, au profit des grands arbitrages budgétaires exigés par la crise financière, mais le choc pandémique a fait remonter à la surface une crise sociale aiguë. Cette question est devenue ainsi centrale en raison des hausse successives et substantielles des prix de plusieurs produits et services, à tel point que l’Exécutif lui-même semble s’alarmer de l’érosion du pouvoir de vivre des petites et moyennes bourses. Face à cette infime hausse du salaire moyen, en 2019, le pouvoir d’achat des ménages a perdu environ 40% ces dernières années, de l’avis des syndicats. Ces derniers réclament un effort conséquent sur les salaires des fonctionnaires, faute de quoi les pertes du pouvoir d’achat ne peuvent être contrebalancées par des palliatifs de conjoncture. D’autant plus que cette grave érosion du pouvoir d’achat de ces dernières années est la preuve, on ne peut plus claire, de l’échec des politiques sociales à coups de quelques mesurettes de conjoncture, se limitant à un relèvement éphémère du SNMG. L’augmentation galopante des prix des biens alimentaires et des services, soit de 4,1% en juin en glissement annuel, exige du gouvernement de passer à des actes plus concrets et dont l’incidence sur les salaires est pour le moins réelle.

Gare aux palliatifs
Dans la loi de finances 2022, validée récemment par les deux chambres du Parlement, le gouvernement propose une révision à la baisse de l’Impôt sur le revenu global appliqué aux salaires, ainsi que la hausse du point indiciaire dans la Fonction publique ; une tentative de répondre à une érosion du pouvoir d’achat des travailleurs, pris en tenaille entre une hausse des prix dont certains facteurs échappent au contrôle de l’Exécutif, et des rémunérations figées depuis 2012, désormais incapables de faire face au rythme de l’inflation.
Il ne faut pas aller par quatre chemins pour trouver une explication à cette érosion du pouvoir d’achat des Algériens. On sait ainsi que les dépréciations ininterrompues de la valeur du dinar y sont pour beaucoup. Ce n’est pas pour rien que les parlementaires de la chambre basse du Parlement, siégeant dans la commission des finances et du budget, étaient vent debout contre les nouvelles dépréciations du dinar annoncées dans le budget 2022, à l’heure où l’Exécutif annonce sa volonté d’améliorer le pouvoir d’achat des fonctionnaires. Il y a eu ensuite le relèvement, à trois reprises depuis 2016, des prix des carburants. Ceux de l’électricité et du gaz n’ont pas échappé non plus à cette révision des tarifs, faisant ainsi grimper d’un cran la fièvre inflationniste, tant il est vrai que le poste transport et carburant pèse pour 16% dans l’Indice ONS de calcul d’inflation.
Ces dernières années, soit depuis octobre 2017, ont été marquées par une importante production monétaire, dont certains montants ont alimenté la dépense, la thésaurisation et les circuits informels, faisant ainsi grimper la masse monétaire hors banques. C’est un facteur, parmi tant d’autres, qui alimente les anticipations inflationnistes et fausse les prix, alors que les prévisions d’une levée des subventions et une tension sur les produits alimentaires sur les marchés mondiaux font craindre le pire chez les ménages algériens. Pour les syndicats, qui revendiquent un salaire minimum de 50 000 dinars pour une famille moyenne de cinq membres, à moins qu’un relèvement conséquent du point indiciaire, soit autour de 90 dinars, contre 45 dinars actuellement, et une baisse importante de l’IRG, toutes autres mesures ne seraient d’aucune incidence réelle sur les salaires et, plus globalement, sur le pouvoir d’achat des travailleurs.
Une chose est sûre, le sujet du pouvoir d’achat s’impose et s’imposera davantage dans les années à venir comme sujet de préoccupation pour les Algériens, d’autant que certains facteurs alimentant cette érosion devraient persister, dont la dépréciation du dinar, la révision des subventions et la hausse des prix des produits alimentaires sur les marchés mondiaux.