L’ancien général Abdelaziz Medjahed hérite donc de l’Institut national des études stratégiques globales (INESG). La «maison» qu’il occupe désormais n’est pas, faut-il le rappeler, en bon état. Ce pourquoi elle a été créée au milieu des années 1980 – en 1985 – sous l’administration de l’ancien président Chadli Benjedid, demeure encore largement au stade de l’ambition, voire même en grand retrait des objectifs pour lesquels elle existe depuis plus de trente ans.
Pour résumer cette situation, qui fait sourire tous les universitaires et chercheurs à l’évocation du simple nom de l’INESG, mieux vaut reprendre les mots utilisés par le Premier ministre, jeudi dernier, lors de la cérémonie d’installation du nouveau patron de l’Institut. Abdelaziz Djerad a déclaré qu’«il est impératif de réhabiliter et de redynamiser le rôle pionnier de l’INESG en tant qu’outil d’aide à la prise de grandes décisions à travers l’élaboration d’analyses et d’études futures à mettre à la disposition des hautes autorités du pays concernant les différentes questions stratégiques…».
Dans une interprétation euphémique de son discours, on peut mesurer ce qu’il a dit comme un aveu que l’INESG a fonctionné pendant de longues années loin des standards requis en matière de recherche et de production de la connaissance sur les questions relevant de ses compétences – on peut appeler ça une coquille vide si l’on veut être sévère. On peut considérer également qu’il annonce le temps venu de la rétablir dans ses missions après une longue léthargie.
Quand on regarde sur le site officiel de l’Institut, on observe que les dernières notes officielles publiées datent de 2016, ce qui renseigne sur son rythme de travail et de production factuelle. Quant à parler de vision stratégique et de prospective, mieux vaut s’abstenir.
Le sujet suscite un rien d’amusement chez les deux ou trois chercheurs qu’on a souhaité solliciter pour un commentaire sur la performance intellectuelle de l’INESG.
L’un d’entre eux, pour «éviter de ressasser des vérités connues depuis des lustres», préconise de garder l’attention sur la déclaration du Premier ministre sur ce que l’Exécutif en attend à l’avenir. Selon M. Djerad, l’Institut «est appelé aujourd’hui à effectuer des études futures, des analyses et des recherches approfondies permettant de
s’enquérir des développements accélérés de la société dans un cadre global tenant compte des mutations internes et internationales»
Avec une précision, qui dédouane quelque peu l’ancien responsable de l’INESG, Liess Boukra, le Premier ministre ajoute que son nouveau Directeur général «aura tout le soutien et l’aide nécessaires pour relever les défis importants qui l’attendent». De tels propos inviteraient presque à comprendre qu’il n’y a pas de bilan à attendre de M. Boukra, tellement l’Institut a été dépourvu de moyens nécessaires à son fonctionnement et, finalement, a peu compté jusque-là pour la présidence de la République dont il dépend.
Un ex-militaire, chef de «maison»
En attendant que cela change, c’est la première fois que l’INESG se trouve dirigé par un ancien général de l’ANP. Avant lui, Lounès Bourenane, qui est resté très longtemps à sa tête, venait du ministère du Travail. Son successeur, M. Boukra, qui vient de quitter ses fonctions six ans après sa nomination en septembre 2014, appartient au monde universitaire et de la recherche.
Ce changement de profil de leadership est après tout dans la nature des choses, l’INESG ayant toujours eu pour vocation de travailler depuis sa création sur les questions de défense et de sécurité. Et d’être au contact du département de la Défense nationale, représenté jeudi par son Secrétaire général. Derrière, il semblerait qu’il y ait la recherche du lien perdu entre l’INESG, la Présidence et le ministère de la Défense nationale. Dans les années 1980 et au début des années 1990, ce lien a existé avec des hommes comme M’hamed Yazid et Djilali Liabes, ce dernier assassiné en mars 1993 par un islamiste. Mais les évènements sanglants de l’époque ont concouru à le distendre avant qu’il ne soit réduit à sa plus simple expression pour ne pas dire rompu durant les années de pouvoir de l’ancien président déchu, M. Bouteflika.
Avec l’arrivée de M. Medjahed, on peut supposer que ce lien va être rétabli. «L’installation d’un nouveau Directeur général dans cet Institut et la personne sur laquelle le choix s’est porté dénotent l’intérêt particulier qu’accorde le Président de la République à cette importante institution», a indiqué à ce sujet le Premier ministre Djerad. Avant d’être nommé à son nouveau poste, l’ancien général était conseiller aux affaires de défense et de sécurité auprès du président de la République. M. Tebboune l’a nommé pour ses qualités d’ancien haut officier préoccupé par les questions stratégiques et d’anticipation des menaces terroristes notamment au Sahel, mais aussi pour la relation de confiance qu’il entretient avec lui. C’est là un paramètre qui théoriquement devrait reconfigurer le rapport de la présidence de la République avec l’Institut. Et opérer un retour aux sources, faire de l’INESG un instrument d’intelligence et de prospective au service de la présidence de la République. Pour son nouveau patron, ce ne sera pas de tout repos. Wait and see. <