Synthèse de Feriel Nourine
Le Fonds monétaire international (FMI) confirme sa rupture avec le scénario pessimiste qu’il avait prédit pour la croissance économique mondiale en 2021. Les 6% de croissance, prévus dans le précédent rapport du FMI sur les prévisions économiques mondiales, sont ainsi reconduits dans le document du même genre, publié hier.
Sauf que la reprise, plus rapide que prévue, devrait profiter principalement aux économies avancées, avec une croissance de 5,6% cette année (0,5 point de plus qu’indiqué en avril), alors qu’elle sera plus lente dans les pays émergents qui perdent 0,4 point même si leur croissance s’annonce forte avec 6,3%.
C’est donc par une révision à la baisse que sont concernés ces derniers pays, à cause notamment de l’Inde, plombée par le variant Delta de la Covid-19, et qui connaît le plus fort ralentissement de ses perspectives économiques, avec une croissance attendue à 9,5% (-3 points), prévoit le Fonds, non sans noter que la situation se dégrade aussi pour la Chine, avec une croissance attendue de 8,1% (-0,3 point).
Mais c’est surtout des inégalités dans l’accès au vaccin contre la Covid-19 que pâtissent les pays émergents. Alors que dans les pays à économies développées, près de 40% de la population est entièrement vaccinée, chez les pays émergents, le taux est de seulement 11%, note l’institution monétaire internationale, ajoutant que dans les pays en développement à faible revenu, cette population représente une infime fraction. Pour rappel, le FMI a récemment proposé un plan de 50 milliards de dollars pour vacciner au moins 40% de la population mondiale d’ici la fin de l’année. « Je dirais que nous sommes plus inquiets que nous ne l’étions en avril », a même indiqué à l’AFP Petya Koeva Brooks, directrice adjointe du Fonds.
L’émergence de variants très contagieux pourrait coûter 4 500 milliards de dollars à l’économie mondiale d’ici 2025, alerte Gita Gopinath, économiste en chef du FMI, dans un post de blog également publié hier. Et « les divergences dans le soutien politique sont une deuxième source de l’aggravation du fossé » entre les pays, a-t-elle commenté.
Ainsi, les Etats-Unis devraient connaître une croissance de 7% cette année (+0,6 point) et de 4,9% en 2022 (+1,4 point) grâce aux plans d’investissements massifs dans les infrastructures et les dépenses sociales qui pourraient être bientôt adoptés au Congrès. Mêmes prévisions pour la zone Euro, où le plan de relance « Next Generation » devrait stimuler la croissance, désormais attendue à 4,6% en 2021 (+0,2 point). La situation devrait également être meilleure que prévu au Royaume-Uni, avec un PIB en hausse de 7,0% (+1,7 point). Et « certains marchés émergents comme le Brésil, la Hongrie, le Mexique, la Russie et la Turquie ont également commencé à relever leurs taux directeurs pour parer aux pressions à la hausse sur les prix », souligne Gita Gopinath.
C’est pourquoi, le FMI appelle, en effet, les Banques centrales à maintenir leur soutien aux économies et ne pas resserrer leurs politiques dans l’immédiat, estimant que « l’inflation devrait retourner à ses niveaux pré-pandémiques dans la plupart des pays en 2022 », malgré « le risque que des pressions transitoires puissent devenir plus persistantes ».
Pour les économies développées, l’institution de Bretton Woods table désormais sur 2,4% d’inflation en 2021 (+0,8 point), et 5,4% (+0,5 point) dans les pays en développement. « L’inflation devrait rester élevée jusqu’en 2022 dans certains marchés émergents et économies en développement, en partie en raison des pressions continues sur les prix des denrées alimentaires et des dépréciations monétaires, créant ainsi un nouveau fossé », a encore commenté la cheffe économiste du FMI. n