Sonelgaz veut relever le pari de l’intégration industrielle et il le montre. Jeudi dernier, la direction du groupe énergéticien a organisé, à Alger, une journée d’information sur le thème « la qualification des matériels électrique et gazier au service du développement industriel en Algérie».

Derrière ce slogan, il y a l’idée, selon les dirigeants de Sonelgaz, d’un marché important à faire gagner aux opérateurs algériens, privés et publics, s’ils s’intéressent aux besoins en équipements et pièces de rechange de l’industrie électrique et gazière dans le pays. Il y a également l’objectif, pour le groupe, de réduire ses importations en devises et d’orienter ses achats en composants industriels vers les entreprises algériennes si elles se montrent à la hauteur de l’enjeu technologique et économique.
Par enjeu technologique, on entend la capacité des TPE et des PME algériens à produire du matériel de qualité et « qualifié » par les services du Centre de recherche et de développement du matériel électrique et gazier (Credeg), qui pourrait être à l’avenir un des acteurs phare de l’intégration industrielle dans le domaine électrique et gazier. Ce centre, opérationnel depuis 2005, s’occupe de la recherche appliquée, du développement technologique et de l’expertise des équipements industriels. Outre ses missions au sein du groupe Sonelgaz et de ses sociétés, il peut donc contribuer grandement à l’encouragement des sous-traitants publics et privés dans le domaine et les inciter à une production de composants de qualité.
Par enjeu économique, il s’agit, selon le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, de « diminuer les importations, développer le tissu industriel et lutter contre la contrefaçon et offrir les conditions de développement de l’économie de notre pays ». A ce jour, seuls 30% de ces équipements sont produits en Algérie, les 70% restant étant importés. « Certains équipements ne demandent pas de technologie complexe ou d’investissements lourds », a affirmé le ministre de l’Energie, assurant que 40% des équipements importés peuvent être produits localement. « Depuis 2005, 1 940 permis d’activer ont été octroyés, parmi eux, l’on dénombre plus de 270 producteurs accrédités dont 120 algériens, soit 44% de l’ensemble des producteurs de matériel électrique et gazier », a précisé Mustapha Guitouni. Il a par ailleurs déploré l’absence de carte industrielle afin de permettre de voir émerger des pôles régionaux de productions spécifiques de chaque matériel électrique ou gazier. « Nous n’avons pas de carte pour voir ce qui se réalise en Algérie dans ce domaine », a-t-il déploré, laissant entrevoir une piste de travail pour le ministère de l’Industrie. Le premier responsable de ce département, Youcef Yousfi, était présent à la journée au cours de laquelle il a, pour sa part, indiqué que l’intégration industrielle dans les secteurs de l’électricité et du gaz offrait une opportunité aux jeunes de créer des entreprises et de l’emploi dans le cadre de l’Ansej, par exemple. « Ce type de rencontre est une chance pour créer des espaces permettant de montrer aux opérateurs les différents produits et équipements que l’Algérie importe encore », a fait remarquer son homologue de l’Energie. « Nous avançons en rangs dispersés mais en fin de compte nous avons beaucoup de capacités », a-t-il encore soutenu, tout en prévenant à ne pas se satisfaire de l’augmentation des prix du baril qui avoisine les 77 dollars, et ambitionne des taux d’intégration pouvant atteindre 40, 60, voire 90% à terme. « La matière première est disponible en Algérie, elle est exportée et transformée à l’étranger. Mais désormais, il faut changer de mentalité pour qu’on puisse avancer », a indiqué le ministre de l’Energie aux industriels présents, assurant qu’à chaque fois qu’un industriel parvient à suffire le marché, les importations du produit concerné cesseront.
« Jusqu’à quand continuerons-nous à importer ? », s’est interrogé M. Guitouni.

Produire en Algérie, une « obligation »
« L’Algérie est en train de perdre des sommes colossales. Il faut que nous soyons capables de produire ces équipements en Algérie. C’est une obligation », a-t-il insisté. Faisant le constat de la frilosité de certains industriels quant à l’investissement dans ce secteur, le ministre de l’Energie a appelé ces derniers à « se jeter à l’eau dans le domaine de l’équipement électrique ». « Il y a plus de pièces à réaliser dans l’électrique que dans le véhicule », a-t-il fait savoir.
A noter que 5 000 articles composent l’ensemble des équipements électriques et gaziers. Pour Mustapha Guitouni, il y a nécessité d’atteindre une production locale minimale de 3 000 articles. « Nous pourrons même exporter une partie à l’étranger, principalement vers le marché africain qui est prometteur », a-t-il affirmé.

Enorme marché à saisir
Seuls 30% des matériels utilisés dans les réseaux de distribution d’électricité et de gaz sont de fabrication algérienne, le reste étant importé, a soutenu encore la P-DG du Centre de recherche et de développement de l’électricité et du gaz (Credeg), Mme Wassila Salhi. « Seuls 30% des matériels électriques et gaziers des réseaux de distribution sont fabriqués en Algérie alors que 70% sont importés », a fait savoir Mme Salhi. A ce propos, elle a indiqué qu’à l’horizon 2028, le pays aura besoin, entre autres, pour le réseau électrique, de 16 millions d’unités de connecteurs de réseau et de branchement basse tension et de 350 000 unités de coffrets basse tension. Pour le réseau de distribution du gaz, le pays aura besoin, entre autres, de 36 000 unités de vannes en polyéthylène et de 390 000 unités d’accessoires en réseau en polyéthylène. Ainsi, « un énorme marché s’offre aux industriels nationaux pour répondre à ces besoins », a-t-elle fait savoir, en précisant que 285 milliards de dinars (2 milliards d’euros) seront destinés à l’acquisition des matériels. Le P-DG de Sonelgaz, Mohamed Arkab, a indiqué que plus de 300 composants industriels sont aujourd’hui utilisés pour la réalisation et la maintenance des réseaux locaux d’électricité et du gaz, alors qu’une part importante de ce matériel pourrait être fabriquée par des entreprises algériennes et à des coûts compétitifs et rentables.