Dans l’attente du nouveau cahier des charges censé remettre de l’ordre dans le secteur du montage automobile, et qui interviendrait dans deux mois, à en croire le ministre de l’Industrie et des Mines, Ferhat Ait Ali, les entreprises ayant investi dans ce créneau menacent ruine, dont les patrons de certaines font l’objet de poursuites judiciaires, alors que d’autres font face à plusieurs tempêtes, dont le blocage des importations des kits SKD-CKD, l’absence de visibilité, l’instabilité juridique…

Le dernier cas de difficulté en date étant celui de Renault qui a suspendu sa production et mis en chômage technique 1 300 travailleurs, en attendant de voir plus clair, alors que Hyundai, Kia et Ival sont passés par le même canal et leurs représentants sont actuellement en prison dans ce qu’on aura appelé l’affaire du montage automobile. Moins de cinq ans après la validation, fin 2014, du premier projet d’industrie de montage automobile, force est de reconnaître que l’activité vire carrément au scandale. Il s’est avéré qu’il s’agissait tout compte fait d’un créneau juteux négocié entre copains dans le cabinet de l’ancien ministre de l’Industrie, Abdesselem Bouchouareb, et qui fait actuellement l’objet d’un mandat d’arrêt international délivré par le parquet. Le choix des précédents gouvernements, celui de Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia essentiellement, poursuivis dans le cadre du dossier du montage automobile pour abus de fonction et de pouvoirs, attribution d’indus privilèges et non-respect de la réglementation, était d’investir dans le montage automobile pour tenter de réduire la facture d’importation des véhicules, dont le montant avait atteint, en 2012, près de 8 milliards de dollars. Mais la remise en cause des importations en produits finis a donné lieu à d’importants passe-droits, à des comportements frauduleux et à une activité juteuse réservée aux copains, alors que l’objectif de réduire la facture d’importations a été relégué au second palier des priorités. Preuve en est que depuis 2016, le pays a importé pour 8 milliards de dollars de collections SKD-CKD destinées aux industries de montage automobile, alors qu’il aurait pu importer pour le même montant 600 000 véhicules légers et 100 000 véhicules utilitaires. Entre temps, le choix d’aller vers une industrie de montage automobile a fait plusieurs victimes collatérales ; 50 000 à 60 000 salaires perdus et 40 à 50% de pertes en fiscalité pour le trésor public sur le coût d’un véhicule importé. Pis encore, les 8 milliards de dollars d’importations de kits SKD-CKD n’ont pas permis le transfert de savoir-faire tant attendu, encore moins la création d’une valeur ajoutée et la réduction de la facture d’importation en produits finis.
Un échec sur toute la ligne à mettre, bien évidemment, sur le compte des précédents gouvernements, dont une bonne partie de la composante fait objet actuellement de poursuites judiciaires.
L’actuel gouvernement tente depuis peu de remettre de l’ordre dans le secteur et de corriger un pas de danse raté, en révisant les textes régissant l’activité du montage automobile. Le ministre de l’Industrie et des Mines, Ferhat Ait Ali, a annoncé il y a quelques jours qu’un nouveau cahier des charges est actuellement en préparation au sein de son département. Le nouveau cadrage juridique remet en cause la précédente réglementation encadrant l’activité du montage automobile et qui a adonnés suite à d’énormes pertes pour le trésor public, voire à des comportements frauduleux auxquels se sont donnés les précédents gouvernements et une poignée d’investisseurs triés sur le volet. Dans l’attente de ce nouveau cahier des charges, des entreprises ont dû suspendre leurs activités, renvoyant au chômage des milliers de salariés, le temps de voir plus clair, d’une publication des nouveaux textes et d’une nécessaire mise en conformité.<