Le Forum des chefs d’entreprises (FCE) s’alarme de la situation des entreprises en Algérie. Dans un communiqué diffusé, hier, le FCE dit « constater avec inquiétude la dégradation de la situation des entreprises nationales publiques et privées et exprime sa préoccupation quant à l’avenir de leur situation et de celle de leurs employés ». Le FCE fait allusion, bien évidemment, à la sonnette d’alarme tirée, la semaine dernière, par nombre d’entreprises investies dans le domaine des industries de l’électronique et de l’électroménager.

Le FCE cite notamment Eniem, Condor, IRIS, Sacomi-Thomson, Bya Electronics, Brandt, Starlight, Géant… Deux de ces entreprises, en l’occurrence Condor et Eniem, ont annoncé la libération de plusieurs milliers de travailleurs et la préparation de plans sociaux pour mettre d’autres travailleurs au chômage technique. Le FCE dit avoir alerté, par le passé, des risques de l’arrêt de plusieurs unités de production, pointant du doigt plusieurs mesures prises par le précédent gouvernement et qui était à l’origine directe de cette situation. Il s’agit, plus précisément, selon le FCE, des dispositions de la note de l’ABEF (Réf.479/DGC/2019 du 30 septembre 2019), notamment l’obligation du différé de paiement, du blocage des autorisations d’approvisionnements en kits et collections pour les filières électroménager et téléphonie mobiles, ce à quoi il faut ajouter les homologations des produits par les autorités de régulation (ARPCE). « En effet, le Forum s’est interrogé sur le champ d’application de ladite note qui a imposé de nouvelles exigences en matière d’importation des inputs, qui a ciblé les producteurs et exclu les importateurs des produits finis. Ce paradoxe encourage l’importation des produits au dépend de la production locale, ainsi que le renforcement de l’informel qui pèse déjà sur notre économie et sa compétitivité », lit-on dans le communiqué du FCE. En plus de l’arrêt des différentes usines et la mise au chômage de milliers d’employés, le Forum avait souligné d’autres risques, à savoir l’augmentation de la facture d’importation, la pénurie des produits et son impact certain sur l’inflation et les prix ; ce qui commence à se manifester sur le marché grand public. Le Forum estime que plus de 20% des employés de la filière ont été mis au chômage et ce taux est appelé à augmenter dans le cas où des mesures urgentes ne sont pas prises par les pouvoirs publics, au moins, pour stopper la dégradation de la situation en attendant de redynamiser le secteur productif dans le cadre d’un plan de redressement économique ambitieux et réaliste. Le Forum des chefs d’entreprises suggère que des mesures urgentes soient prises, dont « la levée des obstacles suscités, à savoir : surseoir la note de l’ABEF dans sa disposition relative au différé de paiement, et libérer les autorisations d’importations des kits CKD/SKD en attendant la mise en place d’un nouveau dispositif pertinent, mieux réfléchi, adapté à la situation de chaque activité et incitatif de manière différenciée en fonction des efforts de chaque entreprise dans le progrès d’amélioration du taux d’intégration ». Il s’agit tout simplement de tourner le dos aux dispositions mises en application par le précédent gouvernement. Sauf que, il est question de produire de nouveaux textes de loi qui amendent et/ou annulent les précédentes mesures, dont certaines sont contenues dans la loi de Finances 2020, dont leur amendement passe nécessairement par une nouvelle loi de finances. D’où l’impératif d’une loi de finances complémentaire pour remettre de l’ordre dans certains secteurs d’activité. Le précédent gouvernement avait décidé d’amender le décret exécutif de 2000, fixant les conditions d’identification des activités de production à partir de collections destinées aux industries de montage et celles dites CKD, devant être limitées aux composants essentiels du produit, en intégrant la sous-traitance et en déterminant la durée pour bénéficier des différentes mesures incitatives. Outre cette décision, le même Exécutif avait approuvé la prolongation, pour un délai maximal d’une année, du paiement différé des importations, auquel faisait référence le communiqué du FCE. Ces décisions ont eu un effet nocif sur les industries de l’électronique et de l’électroménager, très dépendantes de l’importation pour leur approvisionnement en intrants.<