Le gouvernement affiche une ferme volonté de revoir les textes législatifs liés à la promotion de l’investissement, le mode de gouvernance et de fonctionnement du secteur public marchant. C’est du moins ce qui ressort du projet de réforme proposé par le ministre de l’Industrie et des Mines, Ferhat Ait Ali Braham, lors de la tenue, avant-hier, d’un Conseil des ministres.


Le ministre a présenté une étude détaillée sur les divers systèmes juridiques et réglementaires régissant l’investissement et la gestion du secteur public commercial, relevant les vides et lacunes existant, essentiellement l’absence d’une stratégie industrielle nationale, lit-on dans le communiqué final, sanctionnant les travaux du conseil des ministres. Ferhat Ait Ali Braham a esquissé les grandes lignes d’un projet d’une nouvelle stratégie industrielle, bâtie essentiellement sur la révision du cadre législatif relatif à la promotion de l’investissement et la réorganisation du secteur économique public relevant du ministère de l’Industrie et des Mines en vue de sa relance et sa séparation complètement du Trésor public en tant que principal pourvoyeur. Le gouvernement semble se rendre compte que le salut passe par l’investissement ; privé d’abord, car il s’agit de diversifier le modèle de croissance et, public ensuite, mais en révisant le mode de gouvernance et de fonctionnement des entreprises de l’Etat. Celles-ci se sont révélées au fil des années des gouffres financiers, dont la survie dépendait de l’intervention permanente du trésor public. Les dettes du secteur public que le trésor rachète souvent lorsqu’il y a risque de propagation aux banques et à l’administration publique deviennent de plus en plus pesantes, nécessitant plus que jamais une réforme en mesure de mettre fin au cycle vicieux qui consiste à garder les entreprises publiques sous perfusion financière permanente. La révision que propose le ministre de l’Industrie et des Mines porte justement sur la séparation du secteur public économique du trésor, ce qui signifie que les entreprises publiques doivent désormais voler de leurs propres ailes, répondre à des critères de gestion et de gouvernance stricts et à s’astreindre à des obligations de résultats et de croissance ainsi que à de bonnes pratiques comptables. Il va sans dire que plus les liens macrofinanciers deviennent de plus en plus complexes au sein du secteur public plus ils sont source de risques budgétaires et macroéconomiques.

Réorienter le gouvernail vers l’investissement
Réagissant à l’exposé du ministre de l’Industrie et des Mines, le président de la République a insisté sur la prise de mesures pratiques pour accélérer la mise en place d’un nouveau modèle économique basé sur la diversification du développement et l’économie du savoir, en sus d’une nouvelle politique d’industrialisation orientée vers les industries petites, moyennes et émergentes. Abdelmadjid Tebboune a mis l’accent sur l’importance d’accorder la priorité aux produits garantissant un taux d’intégration élevé en vue de réduire la facture d’importation et créer des postes d’emploi, instruisant, par la même, de recenser toutes les ressources naturelles nationales non exploitées afin de renforcer nos capacités d’exportation, de compenser la baisse des recettes hydrocarbures et de préserver cette richesse aux générations montantes. Par ailleurs, le Conseil des ministres a écouté, par la suite, un exposé du ministre de l’Energie sur cette crise inédite que connaissent les marchés mondiaux du pétrole en raison de la baisse de la demande due à la stagnation de l’économie mondiale suite à la propagation de la pandémie de nouveau coronavirus et la production anarchique de certains pays producteurs, ce qui a eu pour effet une saturation des marchés et un effondrement des prix. Le ministre de l’Energie a fait part à cette occasion du quota attribué à l’Algérie en vertu de l’accord du 12 avril courant conclu par l’OPEP+ et autres producteurs. Ainsi, il a été expliqué que la production algérienne passera par trois étapes jusqu’à avril 2022. La part des exportations de l’Algérie va baisser, pour une première étape, de 241.000 barils/jour, puis de 816.000/barils/ jour à compter du 1er mai. Cette part augmentera à partir du premier juillet jusqu’à 864.000 barils/jours avant d’atteindre le seuil de 912.000 barils/jours entre janvier 2021 et avril 2022. Face aux fluctuations du marché pétrolier et à la forte volatilité des prix, le chef de l’Etat a appelé à réorienter le gouvernail vers l’industrie pétrochimique, le développement des secteurs de l’industrie et de l’agriculture et l’exploitation des ressources humaines sortant chaque année de nos universités afin de permettre aux jeunes de mettre en avant leur génie habituel. Il a insisté également sur la nécessité de s’orienter immédiatement vers l’investissement dans le secteur des énergies renouvelables pour l’exportation afin d’immuniser notre indépendance économique contre toute éventualité pouvant se produire sur le marché pétrolier. Dans la foulée, Abdelmadjid Tebboune a appelé Sonatrach à élargir ses plans d’investissement dans les projets pétroliers à l’étranger afin d’améliorer les recettes de l’Etat.<