Par Nadir Kadi
Le Dr Mohamed Nibouche, expert en industrie pharmaceutique, a fait savoir hier que l’industrie algérienne du médicament et des produits de santé était aujourd’hui à la «croisée de chemins». Le secteur qui a «bénéficié», selon l’expert, de la création en 2020 du ministère de l’Industrie pharmaceutique, devra toutefois faire face aux différents lobbies de l’industrie pharmaceutique dans son processus de développement : «Je pense qu’il faut du courage, notamment au ministre (…) pour lutter contre toutes ces forces qui s’opposent au développement de ce secteur en Algérie.» Le pays disposerait toutefois des atouts nécessaires mais devra faire des choix, a ajouté Mohamed Nibouche lors de son passage sur les ondes de la Radio nationale Chaîne III : «L’industrie pharmaceutique algérienne est à la croisée des chemins (…) nous disposons d’un tissu industriel performant, qui couvre plus de 50% des besoins nationaux, mais cela reste insuffisant, il faut ouvrir la porte de la recherche, le développement des produits biologiques (…) et cela englobe les vaccins.» L’expert a estimé que la volonté politique était aujourd’hui présente : «Il était vital de créer un ministère de l’Industrie pharmaceutique (…) et nous nous sommes battus pour la mise en place en son sein de l’agence des produits pharmaceutiques parce que nous y voyons l’intérêt scientifique, sanitaire, industriel du pays, mais c’est aussi un gage d’Indépendance de décision.» Le Dr Mohamed Nibouche s’est en ce sens montré positif quant aux perspectives du secteur : «Je pense que d’ici la fin 2021, le ministère de l’Industrie pharmaceutique aura clôturé l’objectif de mise en place des nouveaux textes et règlements (…) Ils permettront d’être plus serein pour la gestion et l’organisation du secteur.» «J’espère que 2022 sera vraiment l’année du lancement de ce secteur industriel toujours en développement.» Industrie qui sortirait ainsi d’une longue période d’incertitude, la production de médicaments, notamment ceux issus des recherches les plus modernes, aurait longtemps été volontairement freinée, explique en substance Mohamed Nibouche : «Auparavant, certaines parties avaient une influence négative sur le secteur.» L’ancien responsable évoque plus précisément que «des lobbies» sont intervenus en 2003 «pour saboter un projet de recherche sur les biotechnologies, qui devait être lancé à l’université de Bab Ez Zouar en partenariat avec des scientifiques cubains». Ces forces, dont il tait les noms, seraient toutefois algériennes mais aussi étrangères : «Pensez-vous que le lobbying vient uniquement des Algériens (…) il y a aussi ceux qui vendent les produits, que ce soit des produits finis ou la matière première pharmaceutique». Responsable qui appelle en ce sens au développement, au moins partiel, de chaînes de production allant de la matière première jusqu’au produit fini : «Développer la fabrication, c’est bien, mais développer aussi la fabrication de la matière première, c’est encore mieux.» Une telle ambition dépasse toutefois la seule gestion économique, ajoute Mohamed Nibouche, «cela ne peut se construire sans l’apport de la connaissance, de la science (…) Il est impératif que des passerelles soient mises en place entre la santé, l’université et l’industrie pharmaceutique. Et dans un esprit de complémentarité». Et la même logique d’ouverture doit prévaloir en ce concerne l’intégration du secteur privé : «De mon point de vue, cette industrie ne doit pas être uniquement publique (…) et il en va de même pour la recherche universitaire, elle ne peut se développer sans apport du secteur privé.» L’industrie pharmaceutique revêt en ce sens, pour Mohamed Nibouche, un caractère de «souveraineté» en limitant «les risques de rupture des approvisionnements» tout en procurant «des retombées économiques positives (…) et il en va de même pour la préservation de la sécurité sociale». <