Certaines entraves se dressant devant l’investissement dans l’industrie pharmaceutique sont levées. Il s’agit de l’annulation de l’exigence d’un taux d’intégration de 30% pour homologuer les produits pharmaceutiques et de la suppression de l’obligation de présenter un dossier de pré-soumission par les investisseurs, a annoncé le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ali Aoun.

PAR INES DALI
Ce sont de nouvelles mesures prises pour «accompagner et faciliter l’investissement dans le secteur de l’industrie pharmaceutique, a indiqué Ali Aoun. Le premier dossier passé en revue avec l’ANPP (Agence nationale de production pharmaceutique) concerne «la levée de l’obligation de présenter un dossier de pré-soumission qui s’avère être une mesure inutile, absurde, qui constituait une grande entrave pour les investisseurs», a-t-il déclaré lors d’une visite de travail qui l’a mené dans les wilayas d’El Tarf et Annaba.
Le taux d’intégration dans la production pharmaceutique qui était de 30% n’est plus de mise, il a été supprimé, selon Ali Aoun. «Exiger à une entreprise de médicaments d’avoir un taux d’intégration de 40 ou 50% est un suicide, les professionnels savent que toutes les matières premières et autres sont importées», a-t-il ajouté. Il a expliqué cette mesure par le fait qu’elle est irréalisable actuellement. «Lorsque nous aurons une couverture du marché national avec une production nationale, à ce moment-là, on pourra demander un taux d’intégration de 40%», a-t-il dit, soulignant que désormais, «le taux d’intégration ne sera plus exigé», cela d’autant que «nous savons qu’il ne dépasse pas 5 à 10% actuellement». Le premier responsable du secteur est allé plus loin en estimant que «ce qui était exigé auparavant comme taux était une sorte de sabotage de l’industrie pharmaceutique algérienne».
Cette condition a fait de sorte que certains investisseurs déposent un dossier et déclarent avoir un taux de 90%, ce que le ministre a qualifié de «mensonge». Mais le plus grave, selon lui, c’est qu’un tel dossier bloque toux ceux qui viennent après car présentant des taux moindres. Le mois dernier, rappelle-t-on, c’était la bioéquivalence, qualifiée de contrainte majeure aux investissements dans le secteur, qui avait été supprimée alors qu’elle était exigée préalablement, ce que le ministre avait qualifié d’«absurdité», cela d’autant qu’il n’y a «aucun organisme en Algérie qui fait la bioéquivalence».

La qualité, condition sine qua non
M. Aoun a soutenu que la levée des obstacles administratifs et techniques dans les procédures d’enregistrement ne compromet pas «la qualité, la sécurité et l’efficacité» des médicaments. «On a levé le maximum d’entraves que rencontraient les investisseurs et ce n’est pas encore fini. Je tiens à préciser également que cela ne se fait pas au détriment de la qualité du médicament et que nous veillerons sur la qualité plus qu’avant, car il y en a qui sont en train de dire que le ministère de l’Industrie pharmaceutique est en train de faciliter et ce sera au détriment de la qualité. C’est faux, car la qualité est notre souci premier», a-t-il souligné.
Ainsi, pour le ministre, «contrairement à ce qui se dit ici et là», son département veillera sur la qualité des produits avec toute la rigueur exigée. «Nous escomptons avoir des médicaments avec une qualité irréprochable, cela d’autant que la suppression de l’obligation de présenter un dossier de pré-soumission et la non exigence d’un taux d’intégration n’ont rien à voir avec la qualité», a-t-il assuré, ajoutant que «la bureaucratie dans les dossiers administratifs n’implique absolument pas une bonne qualité». Cette dernière, selon lui, est garantie par la matière première, le processus de fabrication et le contrôle. Ce sont les principales décisions annoncées par le ministre de l’Industrie lors de son déplacement des deux wilayas d’Est mardi et mercredi, attendant d’autres, le temps d’«assainir certaines lois de ces dernières années en raison des contradictions relevés dans certains décrets», a-t-il dit.
«Pas de rareté d’anticancéreux, mais une tension sur le marché»
Concernant la rareté des médicaments anticancéreux, Ali Aoun a estimé qu’«il n’y a pas de rareté d’anticancéreux, mais il y a tension sur le marché». Il a affirmé que les producteurs à travers le monde se sont retrouvés contraints de fermer en raison de la pandémie du coronavirus, ce qui a eu pour conséquence de créer une tension sur le marché mondial du médicament. L’autre raison de la tension sur certains médicaments en Algérie est «la tendance au stockage» de certains distributeurs, ce qui a rajouté une couche au problème», a-t-il expliqué.
Il a, par ailleurs réitéré qu’à partir de 2023, il y aura mise en place d’un dispositif pour imposer à toutes les entreprises internationales, qu’elles soient en partenariat avec des entreprises algériennes ou non, pour dédier une partie de leur production à l’exportation, surtout qu’elles sont bien placées pour connaitre le marché international étant donné qu’elles représentent des laboratoires internationaux, selon Ali Aoun. «Ils devront donc consacrer une partie de leur production à l’export pour couvrir les factures d’importation des intrants et matières premières», a-t-il expliqué, prévoyant que «cela va provoquer un tollé».
Sur un autre chapitre, il a regretté que le groupe Saidal ait connu un recul en matière de couverture du marché national. En 2008, il couvrait près de 40% des besoins du marché et avait environ 350 types de médicaments. Mais le recul de Saidal «n’est pas le fait de la gestion de sa responsable actuelle qui, elle, a hérité des problèmes antérieurs, résultats des coups qu’a reçus le groupe depuis 2008, sachant que depuis cette année-là Saidal a eu huit PDG», a-t-il indiqué. C’est ainsi qu’il a encouragé les travailleurs de Saidal à conjuguer leurs efforts pour que le groupe retrouve la place prestigieuse qu’était la sienne. Ce qui ne peut se réaliser qu’à travers «le développement et la production de nouveaux médicaments à valeur ajoutée, pour garder sa place dans un marché qui connait une forte concurrence», a-t-il conclu. <