Le nouveau ministre de l’industrie pharmaceutique, Ali Aoun, est en train de marquer les débuts de son tout nouveau mandat à la tête du secteur du médicament d’une empreinte particulière. Intempestive ! Ses premières sorties à Médéa et Constantine enfièvrent le débat sur Saïdal dont il critique ouvertement la gestion, appelant, hier, son manager Fatoum Akacem à changer de mode de gouvernance et à passer vite à la production d’insuline. Ses critiques suscitent des questionnements sur le bilan de son prédécesseur Lotfi Benbahmed.

PAR INES DALI
Le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ali Aoun, n’a pas mâché ses mots et s’est montré à nouveau très critique lors de la visite effectuée, hier, au site de Saidal à Constantine. C’est la deuxième fois en une semaine qu’il se rend sur une unité de production du groupe public pharmaceutique, après la visite du site de Médéa samedi 17 septembre, où il a haussé le ton sur la gestion du groupe. C’est la deuxième fois également qu’il interpelle nommément la première responsable du Saidal, en pointant, cette fois-ci, la gestion du dossier de production d’insuline. Ce sont des mots très sévères et parfois lourds sous-entendus dont le ministre a usé concernant la production de l’insuline sur le site Saidal de Constantine. Une production qui a débuté en 2006 mais qui a été arrêtée en 2012. Il a fortement déploré cette situation et s’est montré foncièrement mécontent de ce qui est advenu de ce dossier, dans une allocution prononcée devant les gestionnaires du groupe et le personnel du site, les enjoignant à revenir à sa vocation initiale qu’est la production d’insuline, sans pour autant mettre de côté les acquis récents en matière de vaccins. «Le site de Constantine, il faut le développer, il faut d’autres vaccins… Mais pour l’insuline aujourd’hui, c’est du pipeau, c’est zéro, contrairement à ce qu’on a voulu faire croire», a-t-il déclaré sur un ton qui en dit long, après avoir fait «le point sur ce sujet la veille», dimanche. Il a indiqué, par ailleurs, que le site de Saidal a été sauvé par la production du vaccin.
Il s’avère que finalement, faire miroiter la réalisation du projet de production d’insuline n’était que de la poudre aux yeux pour «gagner du temps» et laisser les importations en devises fortes en l’état, a laissé entendre Ali Aoun, tout en encourageant et en intimant la reprise en main du site de Constantine concernant l’insuline qui connait souvent des perturbations au grand dam des malades. «Le seul moyen qui nous reste, c’est de reprendre la production dans cette unité et la développer. Prévoyez donc de produire le stylo injectable qui ne nécessite apparemment pas de grands moyens», a-t-il dit, indiquant qu’il suffit de s’équiper de petites machines qui fabriquent le stylo, et de monter ensuite la cartouche dans le stylo. «C’est à votre portée et cela permettra à l’Algérie de sortir des griffes des laboratoires qui gagnent du temps depuis pratiquement 1994. Ces laboratoires ne font que des promesses, en disant à chaque fois qu’ils vont produire» l’insuline en Algérie. Mais jusqu’à aujourd’hui, il n’en est rien.
«Pour l’insuline, tout est importé aujourd’hui. C’est inacceptable en 2022, alors qu’on avait une usine qui était la fierté de l’Algérie et qu’on a arrêté en 2012, et là la question reste posée…», a encore révélé Ali Aoun qui a été à la tête de Saidal pendant plus d’une dizaine d’année.

«Revoir ce qui a été cannibalisé par le laboratoire» connu
Le ministre de l’Industrie pharmaceutique a, ainsi, affirmé toute sa «détermination» à ce que cette unité retrouve sa production initiale et faire également une extension pour y fabriquer les stylos injectables. «Donc là, je compte beaucoup sur l’équipe de Saidal et je sais que les volontés existent. Il faut laisser les initiatives se développer dans cette unité. L’outil est là, il faut revoir ce qui a été, je dirai, cannibalisé par le laboratoire que vous connaissez et reprendre la production dans les meilleurs délais», a-t-il lancé en direction de la responsable de Saïdal.
Le ministre du secteur exige «des résultats d’ici la fin de l’année, et c’est possible», a-t-il estimé. «L’avenir de cette unité n’est pas condamné. Il s’agit, rapidement, de faire un audit pour voir les insuffisances et le ministère est là pour vous aider», a-t-il déclaré en guise d’encouragement, en s’adressant aux cadres de Saidal. «Il faut faire vite, cela ne dépend que de vous», a-t-il insisté, avant de réitérer : «Je suis décidé et nous sommes décidés pour que l’insuline soit fabriquée par Saidal, et le plus vite possible.»
Les révélations du ministre de l’Industrie pharmaceutique et son ton mécontent vont dans le sens de ce qu’il a déjà dit concernant l’existence de «lobbies du médicament» en Algérie qu’il a évoqué le jour de l’installation du DG de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH). Il avait même anticipé sur d’éventuelles attaques sur ce sujet en déclarant qu’«il y aura une levée de boucliers» et a répondu en acceptant de leur faire face : «Je suis armé pour ça !»
Concernant le laboratoire «cannibale», même si le ministre ne l’a pas cité, il n’en demeure pas moins qu’il a affirmé à l’adresse des responsables de Saidal «le laboratoire que vous connaissez». Par cette déclaration, Ali Aoun fait certainement référence à un laboratoire connu dans le domaine de l’insuline et qui a eu, il y a quelques mois, des couacs avec le ministère de l’Industrie pharmaceutique qui l’avait alors appelé à respecter ses engagements.
Une guerre de communiqués avait été engagée entre le ministère et le laboratoire Novo Nordisk en mai. «Saidal s’est mise toute seule en 2006 à produire de l’insuline. Ce laboratoire s’est associé avec Saidal et a, par la suite, bloqué l’unité de production de l’insuline et s’est projeté sur une nouvelle unité à Boufarik. Pour l’instant, il n’a fait que du montage de stylos et pas d’insuline», avait alors révélé l’ex-ministre de l’Industrie pharmaceutique Lotif Benbahmed dans une interview à un site électronique. Après une série de communiqués et de contre-communiqués, le même laboratoire a encore été appelé, en juin, à respecter ses engagements et de fournir de façon régulière l’insuline.
En tout état de cause, il semble que l’Algérie qui aspire à développer la production locale du médicament, commence, entre autres, par récupérer le site de Constantine pour qu’il revienne à sa production initiale et diminuer, ainsi, la tension qui apparait parfois sur la demande de l’insuline.
Le pôle Constantine de Saïdal couvre entre 30% à 40% du chiffre d’affaires de tout le Groupe, a rappelé le ministre qui a insisté sur l’importance de la formation dans l’optimisation du rendement de ce domaine stratégique.
Au cours de sa visite à Constantine, le ministre a visité le site devant abriter l’usine de production des médicaments d’oncologie située non loin des sites de production de Saïdal à la zone industrielle Palma, d’une capacité de 100 millions (comprimés et gélules confondus) pour un investissement de 4.800.000.000 DA.
Sur place le ministre a donné des instructions pour réduire les délais de réalisation fixé à 15 mois (du 1 octobre 2022 au 31 mars 2024). Il a également inspecté les travaux de réalisation de l’annexe du Laboratoire national des produits pharmaceutiques à la circonscription administrative Ali-Mendjeli affichant un taux d’avancement dépassant les 85%.